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Margny-lès-Compiègne - Soixante ans après, le survivant de la Shoah raconte

samedi 6 février 2016

Du 02/02/2016

 

 

 

 

Margny-lès-Compiègne, ce mardi. Léon Malmed a livré son témoignage poignant aux élèves de deux classes de 3e pendant 1 h 30. C’est la troisième fois qu’il intervient à Compiègne. (LP/A.B.)

Leon Malmed parle d’une voix calme, presque rassurante. Dehors, ce mardi, le ciel est gris, la pluie claque sur les fenêtres du collège Claude-Debussy de Margny-lès-Compiègne. Dans la salle, l’ambiance est lourde. Les élèves de ces deux classes de 3e écoutent ce « survivant de la Shoah » dans un silence de cathédrale.

« Son histoire est tragique », dira Mathias à la fin de son intervention. Son histoire, c’est celle d’un enfant juif de 5 ans qui, le 19 juillet 1942, échappe, avec sa grande sœur Rachel, aux griffes de la police et de la Gestapo venues arrêter sa famille, à Compiègne.

« À cinq heures du matin, deux policiers français frappent à la porte et ordonnent à nos parents de les accompagner au commissariat de police », raconte Léon. Les deux enfants ne doivent leur salut qu’à leurs voisins, la famille Ribouleau, qui se propose de les garder « jusqu’au retour des parents ». De retour, il n’y aura point. Srul et Chana Malmed, 32 et 28 ans, seront exterminés à Auschwitz.

Léon et Rachel ont vécu trois ans chez les Ribouleau. Aujourd’hui encore, Léon les appelle « Papa Henri » et « Mamie Suzanne ». « Ce sont mes héros. Tant que je vivrai, je n’oublierai jamais cette famille qui a risqué sa vie pour sauver la nôtre. » Ses héros ont été décorés de la médaille des Justes parmi les nations. Un arbre à leur nom a été planté au musée Yad-Vashem, à Jérusalem.

Cette histoire, Léon Malmed l’a passée sous silence pendant soixante ans : « J’avais mis en bouteille ce passé douloureux avec l’intention de ne jamais y toucher ». Mais le temps passe. Et six décennies plus tard, celui qui a fini par réaliser une brillante carrière aux États-Unis, dans la Silicon Valley, se décide à raconter son témoignage dans un livre*. Depuis, Léon enchaîne les conférences. « Après tant d’années de silence, je témoigne avec l’espoir que mes enfants, mes petits-enfants, mes amis ou les lecteurs empêcheront de répéter les erreurs du passé. »

* « Nous avons survécu. Enfin je parle », édité par le Mémorial de l’internement et de la déportation de Compiègne, 225 pages, 22 €.

 

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Paris rejoint le réseau des Villes et Villages des Justes de France

mercredi 3 février 2016

Adhésion de Paris au réseau des Villes et Villages de Justes le 28 janvier 2016

Du 30/01/2016

 

 

 

 

A l’initiative d’Anne Hidalgo et à l’unanimité du Conseil municipal, la capitale, forte de ses 352 Justes, vient de rejoindre le réseau mis en place par le comité français de Yad vashem.

Quel chemin parcouru ! Dans la grande salle presque comble de l’Hôtel de Ville, le public est attentif, concentré et parmi les sourires, on distingue quelques yeux brillants dans l’assistance. Ce 28 janvier, 2016 des anciens enfants cachés, des Justes et leurs familles respectives se sont retrouvés pour rappeler que Paris, même aux heures noires de l’occupation qui marquèrent la France à jamais avec les rafles, fut aussi une ville où l’on sut protéger, cacher et aider une population juive aux abois. Anne Hidalgo a expliqué dans des termes très forts « qu‘on ne pouvait pas comprendre l’histoire de notre ville sans connaître celle des juifs qui y ont trouvé refuge contre les pogroms et qui l’ont enrichi de leur belle présence, de leur apport culturel et humain » Comme Nantes, Grenoble, l’ile de Sein et Vassieux en Vercors, Paris avait déjà été faite Ville Compagnon de la Libération par le Général de Gaulle.

En adhérant au réseau des villes et villages de France, créé en 2012, à la suite de Nice, Toulouse, Strasbourg, le Chambon sur Lignon , Vabre et Moissac, bientôt Lyonet Bordeaux, Paris continue donc son capital travail de mémoire. Anne Hidalgo a rappelé l’action de Serge et Béate Klarsfeld, qui en donnant un nom à chaque victime de la Shoah ont permis que la ville installe des plaques avec les noms des enfants déportés sur toutes les écoles de la capitale. Le maire du 3ème arrondissement, Pierre Aidenbaum a œuvré pour que l’on n’oublie pas les bébés, trop jeunes pour l’école mais raflés comme leurs ainés, et dont les noms figurent sur désormais aussi sur des stèles dans des jardins publics de nombreux arrondissements. Pierre-François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem insiste sur une autre initiative forte, « celle de l’allée des Justes édifiée en 2006 à côté du mémorial de la Shoah qui permet aux Parisiens de mieux connaître ce pan de leur histoire ». La technologie permet maintenant d ‘aller plus loin : une application nomade permettra très prochainement aux promeneurs de connaître en écoutant leur téléphone l’histoire de ceux qui ont été cachés et sauvés avec des exemples bien réels dans des quartiers différents de la capitale.

Qui étaient donc ces 354 Parisiens qui ont contribué à sauver l’honneur de Paris ? Pour l’historienne Annette Wieworka, ils appartenaient à toutes les catégories sociales : artisans, ouvriers, concierges, employés, enseignants ou bourgeois. Une seule catégorie ne comporte pas de Juste : celle des hauts fonctionnaires… au-delà de leurs différences sociales, ces justes appartenaient à une institution soit religieuse, politique ou à un mouvement de résistance. Preuve, selon Wieworka que la société civile, quand elle s’organise, peut résister. La sociologue Sarah Gensburger a expliqué que la notion de Juste était relativement récente dans notre pays : si le terme apparait en 1953 à l’occasion du procès Eichmann en Israël il n’y a que 310 Justes reconnus en France en 1985. Il a fallu la mobilisation massive d’anciens EI comme Georges Pulver pour populariser le concept et découvrir partout en France des gens qui selon les mots de M Veil pensent « n’avoir fait que leur devoir ».

Aujourd’hui, l’on compte 3904 Justes de France pour un total de 26 000 dans le monde Si 75% des juifs en France ont pu être sauvés, un chiffre plus important que partout en Europe, c’est à eux que nous le devons.

La soirée s’est achevée en laissant la place aux artistes : Sani Levy, une violoniste de douze ans, a joué le bouleversant thème musical de La liste de Schindler, puis le chœur des Eclaireuses Eclaireurs Israelites de France a entonné le célèbre Chant des Marais devant une salle debout. Enfin le cabaret Terezin a donné au public la chair de poule en faisant entendre pour la première fois depuis la guerre les voix des grands artistes qui ont écrit leurs œuvres au camp de Theresienstadt entre 1942 et 1944. Une soirée inoubliable.


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Camp des Milles : « Afin que le passé ne devienne pas notre futur »

samedi 30 janvier 2016

Du 27/01/2016

 

Cérémonie officielle régionale organisée à l’occasion de la Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah (Photo FCM)

 

 

 

Pour tous les participants, la cérémonie officielle régionale organisée au Wagon Souvenir des Milles à l’occasion de la Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah, était différente après une année sombre pour les valeurs de la République et le vivre ensemble.

Au nom de Denise Toros-Marter déportée à Auschwitz à 16 ans et Présidente de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz, Jean-Louis Medvedowsky a lu « le Testament d’Auschwitz » : « Puisse le Mémorial des Milles pour lequel nous nous sommes investis depuis des années, apporter aux jeunes gens qui le visiteront toute la dimension pédagogique recherchée pour faire barrage à la haine ! Puisse le flambeau de la Mémoire collective, que nous vous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, vous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ! ». Son texte rappelle à nouveau le souhait des déportés que ne soient pas oubliées les leçons de cette histoire douloureuse. Cette année, plus que jamais, ces grands témoins montrent leur inquiétude face à une histoire qui pour eux se répète car ce sont aussi des engrenages extrémistes, racistes, antisémites et xénophobes qui ont conduit aux tragédies qu’ils ont dû combattre.
Le « Chant des Marais », interprété par la chorale des élèves du Lycée Miliaire d’Aix-en- Provence, a été suivi par la lecture des noms et âges des enfants et adolescents déportés du Camp des Milles en août et septembre 1942, faite par deux volontaires de l’EPIDE (Établissement Pour l’Insertion Dans l’Emploi ), et rappelant combien l’homme fut capable du pire en envoyant à la mort des vies si jeunes qui ne demandaient qu’à s’épanouir. Les noms des Justes des Nations ayant œuvré au Camp des Milles ont aussi été énoncés par ces mêmes jeunes gens « pour se rappeler que, face au mal, il est possible de se lever au nom des valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».
Après ces lectures fortes en émotions, Serge Coen, délégué du Comité Français pour Yad Vashem représentant Michèle Teboul, présidente du CRIF Marseille Provence de déclarer : « Parce qu’une crise économique et sociale frappe le continent européen ; parce que ce qui se passe actuellement en France est l’indicateur d’une profonde crise morale ; parce que le terrorisme se déchaîne désormais sur notre sol, avec la complicité ou le soutien d’une composante de la population, il nous faut redoubler de vigilance, de lucidité, et surtout de pédagogie auprès de la jeunesse, un domaine où le Mémorial du Camp des Milles agit de manière exemplaire ». Puis Maryse Joissains-Masini, Maire d’Aix-en-Provence a mis en garde contre l’ignorance et la passivité : « Non les événements qui se sont passés pendant les années 40 ne sont pas terminés. La violence est dans notre société, la violence a encore ses lettres de noblesse pour certains. Alors ne croyons pas être à l’abri, personne n’est à l’abri. Ces événements sont prêts à se reproduire d’une autre manière, à n’importe quel moment. Il suffit qu’il y ait quelques lâches, quelques provocateurs ou quelques prédicateurs de je ne sais trop quelle théorie ou quelle idéologie  ». A son tour, Jean-Pierre Bouvet, Vice-Président du Conseil Départemental, représentant la Présidente Martine Vassal, appela à la vigilance « car il ne faut pas croire que le mal absolu, l’indicible des camps d’extermination est enfoui dans un lointain passé (…). Il peut resurgir à chaque instant et si nous choisissons de détourner le regard, il peut précipiter des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées dans l’horreur et la barbarie. (…) il est donc indispensable de continuer, sans relâche, d’accomplir un travail pédagogique de mémoire sur la Shoah ». Renaud Muselier, Vice-Président du Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, représentant le président Christian Estrosi, souligna pour sa part avec force : « Soyons capables de mener un combat à la hauteur des enjeux de notre temps. Résistons à l’engrenage, bien conscients qu’il n’a qu’une issue possible si nous ne l’enrayons pas à temps. En tant qu’élus, représentants de la République, de ses institutions comme de ses communautés, nous sommes tous porteurs de ce devoir sacré de résistance dans les paroles comme dans les actes . (…) car cette République, si elle n’est pas un bouclier contre l’abominable, si elle n’est pas ce grain de sable collectif qui permet de saboter l’engrenage, n’est alors plus qu’une coquille vide. Pour cela, la Région sera toujours aux côtés du camp des Milles ». Stéphane Bouillon, Préfet de Région et Préfet des Bouches-du-Rhône, représentant l’État et présent pour la première fois à cette cérémonie aux Milles d’avancer : « Il n’aurait jamais dû y avoir de préfets pour (les) mettre en œuvre (les mesures ignobles contre les Juifs), de forces de l’ordre pour les exécuter, de juges pour les approuver. Il n’aurait jamais dû y avoir de trains pour transporter ces malheureux et de passants pour tourner la tête, ou pire, dénoncer. Pourtant il y a eu tout cela ». Et d’affirmer : « Qu’est-ce que je dois faire pour que cela ne se reproduise pas ? C’est cela la leçon à répéter non seulement aujourd’hui dans ce mémorial, dans tous les mémoriaux. Mais aussi à répéter tous les jours dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les centres d’action sociale, dans les associations et dans les lieux de cultes ». « Il nous faut ainsi, ajoute-t-il, résister à la peur, au doute, à la résignation, parfois même au désespoir. (…) Et c’est pourquoi, il nous faut parler, expliquer, éduquer, partager. C’est pourquoi il faut visiter ce mémorial, y amener toutes les générations ».
Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles - Mémoire et Éducation a pour sa part souligné quelques raisons d’optimisme malgré le constat inquiétant de la mise en place en Europe d’engrenages extrémistes racistes et antisémites pouvant mener au pire : « Notre peuple s’est levé plus nombreux que jamais le 11 janvier 2015 et n’a pas sombré dans la chasse aux suspects ; nos autorités ont pris la mesure de la menace terroriste ; nos forces de l’ordre et nos soldats sont mobilisés plus que jamais ; la Marseillaise est redevenue un hymne international à la liberté ; nos trois couleurs signifient à nouveau Résistance et surtout, on cherche à nouveau à comprendre et à refonder nos grandes valeurs démocratiques parfois rangées et oubliées dans les placards de nos sociétés. »
En clôture de cette cérémonie, chaque déposant de gerbe était accompagné d’un adolescent en insertion afin de montrer l’importance de la transmission aux nouvelles générations de cette histoire et des valeurs républicaines dont elle illustre l’importance. Sabrina, jeune volontaire de l’EPIDE a tendu un hommage « à tous les déportés afin que le passé ne soit plus le futur d’aujourd’hui, mais que le futur de demain soit Liberté, Egalité, Fraternité pour tous ».
O.B.


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Comment entretenir la mémoire des "Justes de France" ?

mercredi 27 janvier 2016

Adhésion de Paris au réseau des Villes et Villages de Justes le 28 janvier 2016

Du 27/01/2016

RTL vous en parle déjà par Rémi Sulmont
RTL vous en parle déjà par Rémi Sulmont
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Seuls 114 sur 3.907 Justes de France sont encore vivants. Paris va honorer jeudi 28 janvier ces hommes et de ces femmes qui ont sauvé des juifs pendant la guerre.

 

Jeudi 28 janvier, plusieurs centaines de descendants de "Justes parmi les Nations" vont se retrouver pour une cérémonie à l'Hôtel de ville de Paris. Parmi eux, il y aura les descendants d'Irène et Hilaire Samain. En novembre 1943, en se rendant chez un tailleur à Paris, Irène surprend une conversation entre les patrons de la boutique et un homme. Ils lui avaient promis de le loger, mais finalement ils renoncent. Irène Samain a compris. À cet inconnu désemparé, quelques instants plus tard, dans la rue, elle donne son adresse : "Venez nous voir demain, avec votre épouse, nous cherchons une domestique".

Maurice Mendelbaum et son épouse Denise hésitent et tremblent pendant 24 heures. Est-ce un piège ? On promet alors beaucoup d'argent à ceux qui dénoncent les juifs. Les Mendelbaum prient, puis finalement vont au rendez-vous qui va leur sauver la vie. C'est dans l'appartement parisien de la famille Samain, au 74, rue des Saints-Pères, qu'ils vont passer quasiment tout le restant de la guerre. "On était treize enfants, raconte leur fils André Samain. Ça grouillait, la porte d'entrée était tout le temps ouverte que personne ne s'est douté". Aux voisins, on raconte que ce sont des "cousins flamands". Il faut bien, en effet, justifier l'accent du couple émigré de Pologne.

Irène et Hilaire Samain ont été élevés au rang de "Justes parmi les Nations" à titre posthume en 1994. À vrai dire, leurs petits-enfants et arrières petits-enfants aujourd'hui, sont plus fiers qu'eux. "Ils avaient parfaitement mesuré les risques, mais aider leur a semblé tout naturel", explique leur fille Marie, âgée de 93 ans.  

Paris adhère au réseau "Villes et Villages des Justes de France"

C'est pour entretenir la mémoire de ces Justes que le comité du Yad Vashem incite les communes de France à dédier des lieux de mémoires à ces Justes. Quatre-vingt-trois communes de France l'ont déjà fait et sont entrées dans le réseau "Villes et Villages des Justes de France". Paris va officiellement adhérer jeudi. "On a dit longtemps que la France n'était que résistance ou que la France avait abandonné ses enfants juifs, explique le président du comité pour Yad Vashem, Pierre-François Veil. De très nombreuses personnes ont sauvé l'âme de la France. Nous pouvons appréhender désormais cette réalité complexe".

Plusieurs dizaines de milliers ont survécu grâce aux Justes. Ce que notent les historiens, c'est que les trois-quarts des juifs de France ont survécu. Ce qui n'est le cas dans aucun autre pays de l'Europe occupée. "Les bilans des pays diffèrent en raison notamment des mesures imposées par les nazis", précise l'historienne Annnette Wieviorka. On ne peut donc pas dire que les juifs de France survivants ont tous été sauvés par des Justes. Mais (puisqu'il est de plus en plus difficile de constituer les preuves des sauvetages 70 ans après), un grand nombre de Justes ne seront jamais reconnus devant l'Histoire, comme Irène et Hilaire Samain l'ont été.

 

 

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Le titre honorifique de Juste parmi les Nations échappe au frère de Goering

mardi 26 janvier 2016

Du 25/01/2016

 

 

 

Albert Goering

Albert, le frère de Hermann Goering, le commandant de la Luftwaffe d’Hitler, aurait sauvé des centaines de personnes du régime nazi.

Un futur documentaire de la BBC devrait mettre en lumière l’histoire remarquable d’Albert Goering – le frère du ministre nazi et chef de l’armée de l’air, Hermann Goering – qui aurait sauvé des centaines de Juifs et de dissidents politiques pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, en dépit des preuves démontrant les efforts d’Albert pour permettre aux Juifs et à d’autres personnes d’échapper aux nazis, il ne correspond pas aux critères pour obtenir la nomination du titre de Justes parmi les Nations, la plus haute distinction décernée par le Mémorial de l’Holocauste Yad Vashem à Jérusalem, l’institut officiel de l’Holocauste.

« Il y a des indications qu’Albert Goering avait une attitude positive envers les Juifs et qu’il a aidé certaines personnes, mais il n’y pas de preuve suffisante, à savoir, des sources primaires, démontrant qu’il a pris des risques extraordinaires pour sauver des Juifs du danger de la déportation et de la mort », a déclaré Yad Vashem au Times of Israel lundi.

Les rapports de la Gestapo, les enregistrements des interrogatoires de l’armée américaine et les témoignages des survivants suggèrent que le jeune Albert Goering a risqué sa vie pour sauver les victimes du régime nazi en obtenant un permis de sortie pour les Juifs et le transfert de leurs actifs hors d’Allemagne.

Par exemple, il aurait obtenu la libération de son ancien patron juif, Oskar Pilzer, et aurait aidé Pilzer et sa famille à s’enfuir d’Allemagne. Il existe des preuves qu’Albert Goering a également utilisé ses connexions familiales pour sortir des prisonniers juifs des camps de concentration et empêcher la Gestapo d’enquêter sur ses activités.

Le journaliste de la BBC, Gavin Esler, a détaillé la remarquable histoire d’Albert Goering dans une émission qui sera diffusée à Radio 4 mercredi, date de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Dans un article retraçant son intérêt pour l’histoire de la famille Goering publié par le Daily Mail, dimanche, Esler a rapporté une anecdote remarquable – que le père d’Albert Goering était Juif, la conséquence d’une relation adultère entre sa mère, Fanny, et Hermann von Epenstein, un médecin et un homme d’affaires.

Le mari de Fanny, Heinrich était dans le service diplomatique allemand et a servi comme consul à Haïti et en tant que gouverneur général du protectorat allemand dans le Sud-Ouest africain allemand – qui est devenu la Namibie aujourd’hui. Epenstein a agi en tant que ‘gardien’ de la famille pendant que Heinrich exerçait ses fonctions à l’étranger.

Kesler a écrit que la seule fille d’Albert, Elizabeth Goering Klasa, a affirmé que son père a dit à sa mère qu’il n’était pas le fils de Heinrich mais d’Epenstein, faisant de Hermann son demi-frère.

La révélation rajoute une touche d’héroïsme aux actes d’Albert pendant la guerre puisqu’en vertu de la doctrine génocidaire antisémite des nazis, avoir seulement un grand-parent juif était suffisant pour condamner une personne au titre qu’elle était ‘suffisamment’ juive.

Expliquant pourquoi il n’était pas prêt à honorer Albert Goering, Yad Vashem a déclaré au Times of Israel que « le titre de Juste parmi les Nations est décerné par une commission spéciale, composée de survivants de l’Holocauste, de chercheurs et d’historiens, et qui est présidée par un juge de la Cour suprême à la retraite, qui opère selon un ensemble bien défini de critères et de règles ».

« Chaque histoire de sauvetage est soigneusement examinée pour voir si elle répond aux critères, le plus fondamental étant que la personne doit avoir risqué sa vie pour sauver des Juifs de la déportation et du meurtre. Les histoires doivent être étayées par des témoignages de survivants ou des documents d’archives de l’époque. Seule une telle documentation, à savoir, des sources primaires, peut fournir une base pour une telle reconnaissance.

« Jusqu’à présent, Yad Vashem n’a reçu aucune documentation qui pourrait permettre au cas [d’Albert Goering] d’être présenté à la commission ».

Yad Vashem a noté que « les livres ou les articles sont du travail d’analyse et d’interprétation et ne peuvent donc pas être utilisés dans le but de faire reconnaître le titre de Justes ».

Après la guerre, Albert Goering a passé deux ans en prison tandis que les autorités alliées étudiaient son histoire.

Son frère aîné, qui a dirigé l’armée de l’air de l’Allemagne pendant la guerre, a été le deuxième nazi de plus haut rang à être jugé à Nuremberg, s’est suicidé en 1946, dans la nuit où il devait être pendu.

Il a été rapporté que le jeune Goering, accablé par son nom de famille et son héritage tristement célèbre, est devenu dépressif et alcoolique après la guerre. Il est mort en 1966.

 

 

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Quinze élèves du CFA d’Auzebosc participent au projet « Auschwitz en héritage»

mardi 26 janvier 2016

Du 22/01/2016

 

 

 

Les jeunes du CFA ont été accueillis dans la ferme des Justes à Hattenville par leur fils Léopold Ermel

Auzebosc. Quinze élèves du CFA, actuellement en Terminale Bac Pro, participent pour la première fois au projet pédagogique « Auschwitz en héritage », proposé par la région Normandie et le Mémorial de la Shoah.

Difficile de ne pas trouver la ferme de Léopold Ermel, dans le village d’Hattenville, non loin de Fauville-en-Caux. À côté de la grille d’entrée, trône une immense plaque de marbre noir, surmontée d’un drapeau français et d’un drapeau israélien. Sur la plaque, on peut lire « Qui sauve une vie sauve l’univers » - « Le peuple juif reconnaissant » et deux noms : Léopold Ermel et Marie Anquetil. Celui qui reçoit les jeunes s’appelle aussi Léopold Ermel. Il est le fils des Justes.

Cette distinction suprême est accordée par le peuple juif à tous les non juifs qui, au péril de leur vie, ont protégé, sauvé ou recueilli chez eux ou dans des institutions laïques ou bien religieuses des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. C’est en 2010 que Léopold Ermel fils a reçu, des mains de l’ambassadeur d’Israël, cette prestigieuse distinction, au nom de ses parents.

Max-Henri

 

 En 1942, l’abbé Anquetil, frère de Marie Anquetil, l’épouse de Léopold Ermel, propose à sa sœur de recueillir un jeune homme dont les parents viennent d’être fusillés. Max Kettler est juif ; ses jours sont comptés. Le couple d’agriculteurs, installé à Hattenville, accepte. Max sera valet de cour, comme on disait à l’époque pour désigner les ouvriers agricoles. Mais Kettler ne fait guère cauchois. Les gens risquent de jaser et les Allemands sont tout proches : 200 d’entre eux sont en cantonnement à Fauville.

Pour couper court à toute dénonciation, Max Kettler devient, comme par magie, Henri Cartier, avec l’aide de M. Allais, le maire du village à l’époque, et de Mme Coquais, institutrice et aussi secrétaire de mairie : ils ont les cartes d’identité vierges et les tampons qu’il faut. Max, avec ses « vrais faux papiers », travaillera au grand jour chez les Ermel.

Léopold fils, né en 1948, n’a évidemment aucun souvenir de cette période. Seulement une photo jaunie montrant Max en train de couper du bois avec son patron. À la Libération, Max épousera Jacqueline, une jeune fille du coin. Puis ils s’installeront à Rouen. Max y deviendra représentant de commerce de la célèbre maison de confiserie Barnier. Il ne manquera jamais de revenir voir ses bienfaiteurs le dimanche et on le verra souvent chasser avec Léopold père dans la plaine.

Ce sont les jeunes du CFA qui ont choisi les Justes comme thème pour participer au projet pédagogique « Auschwitz en héritage ». L’aide de Laurent Garreau, leur professeur d’histoire, et de Michaël Simon, leur professeur de français, ne sera pas de trop. Le projet pédagogique est particulièrement ambitieux. Il a commencé en décembre dernier. Les jeunes ont alors rencontré Ginette Kolinka, une ancienne déportée de 91 ans, au Mémorial de Caen. Puis, ils devront rédiger un rapport sur les Justes, choix de leur étude. Le 25 mars prochain, ils s’envoleront vers Auschwitz pour découvrir l’horreur des camps de la mort. Une restitution globale sera faite à leurs camarades du campus agricole d’Auzebosc et le 25 mai, c’est au Mémorial de Caen que nos historiens en herbe présenteront leur dossier. Cinq autres établissements seront également en lice. De quoi faire monter la pression !

Mais l’essentiel n’est pas là. Pour Stéphane Michel, le directeur du CFA, « ce projet permet à nos jeunes, qui ne sont pas des littéraires, de s’ouvrir sur d’autres univers. Sans parler du devoir de mémoire, de plus en plus indispensable dans notre époque si troublée. Je suis très fier d’eux ! »


 

 

 

 

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