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« La vie en bocal »de Jack Mayer, l’histoire d’une Juste parmi les Nations

vendredi 20 février 2015

Du 16/02/2015

 

 

 


 

Une Polonaise catholique sauve 2500 enfants juifs des nazis

 

Connaissez-vous Irena Slender  ? Je suis certain que la plus part des lecteurs de Wukali savent qui est Oskar Schindler et sûrement pas Irena Slender. Et pourtant, ce que fit cette Polonaise durant les heures les plus noires qu’a connu Varsovie, mérite aussi bien d’être connu et reconnu que l’action de l’industriel Allemand. Israël et les gardiens de la mémoire eux le savent, eux qui ont attribué la médaille des Justes parmi les Nations à Irena Slender, citoyenne d’honneur de l’état d’Israël, proposée au comité Nobel pour le prix de la paix un an avant son décès en 2008.

Connaissez-vous Irena Slender ? Voilà la question qu’une jeune adolescente de 15 ans posa en 1999 à son professeur d’histoire qui lui répondit par la négative. C’est cette question qui est le point de départ d’une aventure humaine extraordinaire qui a permis de faire revivre le nom, le courage, l’action d’ Irena Slender.

Jack Mayer dans son livre « La Vie en bocal » retrace cette histoire véridique. Son livre n’est pas exactement un roman, puisque tout ce qui se trouve est véridique, ce n’est pas un livre d’histoire, c’est une sorte de témoignage (très admiratif), une pierre dans le grand livre de l’humanité. C’est parfois un peu trop journalistique à mon goût, mais l’auteur, dans de très beaux passages, disserte parfaitement sur l’utilité de la mémoire, sur le rôle que chacun, même le plus modeste, peut avoir dans la transmission de celle-ci ; sur les circonstances qui font que certains agissent et d’autres restent passifs ; sur l’importance de ces circonstances qui font que, face à elles, nous faisons des choix, parfois sans réfléchir, qui vont donner une direction inentendue à notre vie. Sans que le concept, le mot soit employé, la sérendipité est totalement présente dans la démarche des trois jeunes filles pivots de cette histoire. Ce livre n’est pas « La liste de Schindler » de Thomas Keneally, mais il contient la même force.

Le livre est divisée en trois parties : la naissance du « projet Irena Slender », la vie de cette dernière de 1939 à 1943, la rencontre entre les filles et Irena Slender.

1999, dans le collège-lycée d’Uniontown, un des endroits les plus pauvres du Kansas, le professeur de sciences sociales appliquées, annonce que le thème du concours de National History Day est « les grands tourments dans l’histoire ». Une de ses élèves, une des plus « difficiles », trouve un petit article sur une certaine assistance sociale, Irena Slender, qui a sauvé plus de 2 500 enfants du ghetto de Varsovie et veut en savoir plus sur elle. Elle est rejointe par deux autres élèves Morgan et Sabrina. Toutes trois vont faire des recherches sur cette « inconnue » mais aussi sur le ghetto de Varsovie, sur l’Holocauste, dont elles ont des connaissances très « vagues ». Elles vont écrire une pièce d’un quart d’heure sur l’action d’Irina, dont la scène principale et celle où une mère lui confie ses enfants car elle sait que c’est la seule façon de leur permettre de vivre alors que les Allemands veulent les détruire.

Cette pièce va rencontrer un très grand succès tant au niveau de l’état du Kansas qu’au niveau national (même si elles ne remportent pas le premier prix). Très vite, elles multiplient les représentations, sont assaillies de demandes d’interviews. Le nom d’Irena Slender sort rapidement de l’oubli. En 2001, elles se rendent en Pologne où elles sont étonnées de l’accueil qui leur est réservé. Elles ne pensaient pas que trois filles protestantes du Kansas ayant travaillé sur une catholique ayant sauvé des enfants juifs puissent être aussi célèbres à des milliers de kilomètres de chez elles. Elles finissent par rencontrer Irena Slender qui les adopte tout de suite. Les liens tissés entre elles perdureront jusqu’au décès de cette dernière. Elles trouveront aussi des réponses à leurs questions.

Irena Slender avait 29 ans quand les Allemands envahirent la Pologne. Elle travaillait comme assistance sociale à Varsovie et avant la guerre avait déjà aidé dans la mesure de ses moyens les Juifs, victimes de la politique antisémitisme du gouvernement nationaliste polonais. Elle ne faisait que suivre les pas de son père un des rares médecins qui avait accepté de soigner les Juifs en 1917 et qui était décédé du typhus. Avec la complicité de son chef de service, et de deux autres collègues elle va s’évertuer à aider le plus possible les Juifs victimes des décrets humiliants des nazis. Quand plus de 500 000 personnes sont obligées de s’entasser dans le ghetto, elle arrive à avoir un laisser-passer comme membre des services sanitaires. Très vite Irena Slender arrive à créer un petit réseau d’aide et commence à faire sortir en fraude des petits orphelins qu’elle réussit à faire cacher dans le pays. Il est à noter que les congrégations religieuses lui ont apporté une aide non négligeable. Mais avec la pression des Allemands qui « vident » le ghetto, Irena Slender va démarcher les familles pour qu’elles lui confient leurs enfants. Elle les extrait par les égouts, le camion de la morgue, dans des boites pour les nourrissons sous le siège du conducteur du tramway, etc. Jusqu’aux derniers jours, elle s’activera et réussira à sauver plus de 2 500 enfants. Elle rejoint le réseau Zegota, plus grande organisation non juive en Europe à avoir aidé les Juifs contre les exactions nazies. En octobre 1943, elle est arrêtée par la Gestapo, torturée, mais elle ne parlera pas. Condamnée à mort, Zegota la fait échapper juste avant son exécution.
Zegota travaillait en collaboration avec le gouvernement polonais en exil, aussi, dès la fin de la guerre, les membres de ce mouvement furent traités de fascistes par le pouvoir communiste et leurs actions furent ignorées. Cela explique en grande partie l’oublie dans lequel est tombé non seulement Irena Slender mais aussi tous les Polonais qui ont agit pour sauver des Juifs. Il a fallu la fin du communisme en Pologne pour que progressivement l’Holocauste commence à être enseigné, et ce passé douloureux assumé dans ce pays où l’antisémitisme existe toujours en l’état latent. L’accueil que les filles reçurent en 2001 s’explique car elles arrivent à ce moment charnière où la Pologne commençait à assumer son passé et à reconnaître que certains d’entre eux ont agi pour l’humanité.

Irena Slender se décrit, comme beaucoup de Justes, comme une personne normale, sûrement pas comme une héroïne. Malgré la peur qui la hantait quotidiennement, elle n’a fait que ce qui lui semblait juste et répétait les paroles de son père qui furent sa philosophie de vie : « Si tu vois quelqu’un qui se noie, tu dois le secourir, même si tu ne sais pas nager. » Et à cette époque c’était les Juifs qui souffraient le plus. Mais surtout, elle tint à préciser : «  Je ne me considère pas comme une héroïne. Les vrais héros, c’étaient les mères et les pères qui abandonnaient leurs enfants. Je n’ai fait qu’obéir aux injonctions de mon cœur. Un héros, c’est quelqu’un qui accomplit des choses extraordinaires. C’est normal. Je n’ai fait preuve que d’un peu d’humanité ». Et comme Oskar Schindler, comme tant d’autres, après la guerre, Irena Slender fut hantée par tous les enfants qu’elle ne put sauver.

Sa démarche était totalement désintéressée. Chaque enfant était reporté sur une liste avec son nom, prénom, date de naissance, adresse et la personne qui l’hébergeait. Elle le faisait pour que, la guerre finie, les familles puissent se réunir, et au moins si les parents ne revenaient plus, que ces enfants connaissent au moins leurs origines. Pour ne mettre personne en danger (les enfants et les familles d’accueil) si les Allemands l’arrêtaient, elle déposa ces listes dans des bocaux qu’elle enterrait de nuit sous le pommier de son amie Jaga. Ces listes, récupérées après la guerre, ont disparu pour l’instant.

Ceux qui comme moi n’ont pas connu cette période de l’histoire, qui n’ont pas vu leur famille poursuivie par la barbarie nazie, nous ne pouvons que nous incliner devant la mémoire d’Irena Slender et la remercier pour son action. Tout comme nous ne pouvons que remercier ces trois adolescentes du fin fond du Kansas qui ont montré que le travail de mémoire n’est pas un concept dépassé et que c’est en faisant preuve de recherche sur le passé de l’humanité que nos démons peuvent être combattus, que notre vie peut prendre une direction inattendue.

La Vie en bocal est un livre bouleversant qui montre que même dans la pire des horreurs, l’humanité peut parfois réussir à triompher.

Félix Delmas

Une Juste: Irena SENDLER- par Herveybay




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27 janvier 2015 – 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz

vendredi 20 février 2015

Le Comité Français et Yad Vashem sont présents 

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Varsovie : l'ancien directeur du zoo, Juste parmi les nations

samedi 7 février 2015

Le Dr. Jan Zabinski (1897-1974), directeur du zoo de Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale, sauva avec l'aide de sa famille près de 300 Juifs. Il invita notamment ces derniers à se réfugier secrètement dans l'enceinte du zoo afin qu'ils puissent échapper au ghetto de la ville, le plus important ghetto juif de la Seconde Guerre mondiale.
Les hôtes de la famille Zabinski recevaient comme noms de code des noms d'animaux. Et Antonina Zabinski était charger de jouer bruyamment une chanson particulière au piano pour alerter les Juifs lors de la venue d'un visiteur imprévu.
Aujourd'hui, une organisation célébrant la mémoire des victimes juives de la Seconde Guerre mondiale et de celles et ceux ayant risqué leur vie pour sauver leurs concitoyens juifs a lancé un projet, en partenariat avec le zoo de Varsovie, afin de rénover la ville de la famille du Dr. Jan Zabinski qui dirigea le zoo de Varsovie de 1929 à 1951.
Le 30 octobre 1968, Jan et Antonina Żabiński reçurent le titre de "Justes parmi les nations" par l'État d'Israël .

Philippe

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Denis Sureau : « Mon oncle, Juste parmi les Nations »

samedi 7 février 2015

Du 28/01/82015

 

 

 

 

 

 

À la libération du camp de Bergen-Belsen (Allemagne), en 1945. ©LEEMAGE « Les juifs de France se souviendront toujours que si les trois quarts d’entre eux ont survécu, c’est grâce à la population française et à l’Église », vient de déclarer Arno Klarsfeld. À l’heure où l’on commémore la libération des camps nazis, l’écrivain Denis Sureau nous envoie son témoignage, l’histoire de son oncle, Pierre Lallement, un catholique mort pour s’être porté au secours d’une juive. L’un des 3 760 Français déclarés Justes parmi les Nations.

Ils formaient un jeune couple chrétien et heureux. Pierre Lallement, ingénieur des Travaux publics, épouse Suzanne Sureau en août 1936. Il a 24 ans, et elle 22. Trois filles et un garçon naissent les années suivantes.

Vient la guerre, l’Occupation. La famille se réfugie dans la famille de Pierre, à Montbrison, à 37 km de Saint-Étienne. La ville est en zone libre et sa région, le Forez, devient rapidement active dans la Résistance. Pierre s’y engage.

Lors de promenades avec ses enfants, Suzanne sympathise avec une certaine Yvonne Desbois, qui a un bébé. Mais son vrai nom est Régine Buchner. C’est une juive, réfugiée de Paris avec Lazare, son mari, et leur enfant. Une partie de sa famille vient d’être déportée.

Lazare participe à la fabrication de faux papiers mais, le 25 avril 1944, il est arrêté à Lyon, avant d’être pendu le 16 mai suivant à la prison militaire Montluc, siège de la Gestapo. Les policiers allemands se lancent à la recherche de Régine. Ils ne la trouvent pas à son domicile, ni le bébé, qu’elle a confié à une nourrice. Ils menacent la propriétaire de prendre son fils en otage si elle ne les prévient pas du retour de Régine. Affolée, elle préfère plutôt avertir la famille Lallement.

"Pierre Lallement garda le silence malgré les coups et ne révéla pas le nom d’autres juifs se cachant à Montbrison sous de fausses identités."

Pierre décide aussitôt d’intercepter Régine à la descente du car en provenance de Saint-Étienne pour la cacher dans une maison inhabitée à Villiers-Saint-Benoît (Yonne) appartenant à son oncle. Mais ils n’y arriveront pas. Ils sont reconnus par deux ouvrières de l’entreprise où travaillait Pierre ; elles les dénoncent à la Gestapo. À la gare de Châteaucreux (Saint-Étienne), ils sont arrêtés.

Pierre subit la torture mais il ne lâche aucune information. Un compagnon de cellule déclara plus tard qu'« il garda le silence malgré les coups et ne révéla pas le nom d’autres juifs se cachant à Montbrison sous de fausses identités ». Il est envoyé au camp de transit et d’internement de Royalieu, à Compiègne, avant déporté dans les camps de Neuengamme puis de Bergen-Belsen. Il y meurt le 26 mars 1945, à l’âge de 32 ans.

Son comportement étonnait ses compagnons : « Ce fut un très bon camarade, d’un moral à toute épreuve, bon caractère et d’un cœur d’or, toujours prêt à partager le peu qu’il possédait et à rendre service », témoigna un déporté du camp de Neuengamme. Le docteur qui le vit mourir écrivit dans une lettre : « II était d’un caractère enjoué qui dénotait une rare force morale dans les conditions souvent hallucinantes où nous vivions. Dans l’hécatombe quotidienne de compatriotes, la mort de Pierre Lallement fut profondément ressentie par les survivants ; c’était un compagnon qui supportait avec une telle élégance intellectuelle nos misères communes et qui avait un sens si spontané de la camaraderie fraternelle… »

"Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier (Talmud)."

Trois mois avant sa mort, il avait rédigé sur une petite feuille une dernière lettre émouvante à sa femme, inspirée par une belle foi catholique, et l’avait confiée à un prêtre (voir ci-dessous).

Son épouse Suzanne accoucha d’un garçon mort-né, qui devait s’appeler Bernard. Elle dut se remettre à travailler et éleva seule ses quatre enfants jusqu’à sa mort en 2008. C’était une catholique très active, fortement attachée à la mémoire de son mari.

Quant à Régine Buchner, elle fut incarcérée au Fort de Romainville, dans la banlieue nord de Paris. Enceinte elle aussi, elle échappa à la déportation et put voir la Libération.

Le 28 avril 2003, Yad Vashem a décerné à Pierre Lallement le titre de Juste des Nations. Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’État d’Israël. Elle est attribuée à 25 271 personnes dont 3 760 en France. Une phrase du Talmud est gravée sur la médaille accompagnant la remise du diplôme : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ».

Denis Sureau

« Chaque soir, j’ai prié pour toi »

Voici la dernière lettre de Pierre Lallement à son épouse, écrite au camp de Neuengamme en décembre 1944, sur une petite feuille qu’un prêtre réussit à cacher jusqu’à son retour en France.

« Ma chérie,

Cette lettre est peut-être la dernière que tu auras de moi, qu’elle t’apporte la paix, le calme et la tranquillité dont ton cœur a besoin : ton mari est mort dans la paix de Dieu ; je me suis confessé à Compiègne et depuis, chaque jour, j’ai prié pour vous tous, pour vous être rendu si Dieu m’en juge digne, pour que me soient pardonnées mes fautes… Je n’ai pas accepté les difficultés quotidiennes et aujourd’hui j’en supporte d’autres, combien plus grandes !

Chaque soir j’ai prié pour toi et pour les enfants, chaque soir me reviennent les paroles que tu me disais quelque temps avant mon départ : “Un jour, nous vivrons ensemble et nous vivrons bien”. J’ai vécu dans cet espoir.

Élève bien les enfants, c’est une recommandation superflue, élève les chrétiennement et apprends-leur à aimer leur papa comme il les aimait quand ils étaient tout petits, qu’ils aiment bien leur pays et qu’ils vivent bien. Embrasse bien mon père et ma sœur.

Bonsoir ma chérie et à bientôt, bonsoir mes enfants, vivez heureux et bien, aimez-vous toujours les uns les autres et tous, un jour, nous nous retrouverons dans la grande famille du Seigneur pour vivre une vie meilleure et ne plus jamais être séparés.

Croyez en Dieu et vous serez sauvés. »


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La médaille posthume du "Chef Martin"

samedi 7 février 2015

Du 02/02/2015

 

 

 

 

 

Chef Martin Un gendarme a été nommé hier "Juste parmi les Nations" à titre posthume. La cérémonie a eu lieu à Blotzheim.

 

André Martin est décédé en 1998. Il avait effectué une partie de sa carrière de gendarme en Alsace et occupé son dernier poste à Saint-Louis. Pendant la seconde guerre mondiale, en 1944, le "Chef Martin" était en poste dans le sud du pays qui n'était plus une zone libre. Là bas, le gendarme avait sympathisé avait une famille juive qu'il avait ensuite protégée de la déportation jusqu'à la fin de la guerre. Huit personnes furent sauvées des griffes des nazis grâce à son courage.

Sa fille aînée a reçu hier à Blotzheim la médaille de "Juste parmi les nations" décernée à son père à titre posthume. Il s'agit de la plus haute distinction civile attribuée par l'Etat hébreu à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l'occupant nazi. Les noms des Justes sont inscrits sur le mur d'honneur de l'Institut Yad Vashem à Jérusalem mais aussi à Paris dans "l'Allée des Justes" tout près du mémorialde la Shoah. En France, ce titre a été décerné à 3813 personnes.

Philippe Dezempte

 

L'hommage au gendarme Martin

Reportage : Emmanuelle Gambette Christian Laemmel et Xavier Chatel 

FR3 Alsace

 

 


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Cosne sur Loire -Une médaille pour les époux Chevolot, sauveurs d'enfants pendant la guerre

mercredi 4 février 2015

Du 27/01/2015

 

 

 

Deux enfants accueillis rue Jean-Jaurès. Album photo de la famille Chevolot, noël 1943.

Une reconnaissance d’État. C’est ce que symbolise la cérémonie, à titre posthume, de remise de la médaille des Justes, aux époux Chevolot.

La Ville de Cosne a, évidemment, aussitôt dit oui. Dit oui pour intégrer le réseau des villes et villages des Jutes de France. Une occasion offerte par le Comité français pour Yad Vashem, à l'initiative de la cérémonie de remise à titre posthume de la médaille des Justes parmi les Nations aux Cosnois Odette et Jean Chevolot. Une médaille remise à ceux qui ont sauvé, au péril de leur vie, des personnes juives sous l'Occupation. Et même si c'était il y a bien longtemps, il est toujours l'heure de rendre hommage. Et reconnaissance.

Bernard et Paul avaient 3 ans

Une reconnaissance d'État, « car il y aura de moins en moins de Justes et de leurs témoins », comme le souligne Pierre Osowiechi, vice-président du comité français pour Yad Vashem. Pour Pierre Osowiechi, « c'est un hommage important, car ces personnes doivent être connues et reconnues. » Un avis que partagent Bernard Lobel et Paul Czernichow.

Bernard Lobel et Paul Czernichow, sauvés par Odette et Jean Chevolot à Cosne en 1943. Ces deux-là avaient 3 ans. Et sont devenus membres à part entière de la famille Chevolot. Bernard Chevolot, le fils de la famille, qui résidait à l'époque dans la rue Jean-Jaurès, confirme. « Pendant la guerre, nous avons accueilli deux enfants juifs. C'était en novembre 1943. J'avais 5 ans et mon frère un an. Nous avons passé un an ensemble. »

Bernard Chevolot nous confie une magnifique photo des enfants de la famille devant le sapin de Noël, mais ne se souvient pas vraiment de cette époque. Il sait cependant, pour l'avoir appris ensuite et grâce à un contact qui a duré de très longues années avec ses frères d'adoption, que ces enfants de deux familles juives réfugiées à Charost (18) ont été confiées à sa mère par leurs parents. Sa mère et la mère de Paul Czenichow, mamans de ces enfants étaient amies, elles avaient fait leurs études ensemble, au collège de Rouen. « Quand les Allemands ont envahi la zone libre », raconte Bernard Chevolot, « les familles ont adressé chacune un de leurs enfants à Cosne. »

L'employé de mairie a fermé les yeux sur les tampons douteux

C'est Elie, le frère de Solange Czernichow, médecin à Charost, qui prévient sa s'ur d'une rafle probable. Il a été arrêté ce jour-là. Si lui a été déporté à Auswich, sa s'ur a eu le temps de s'enfuir. Paul Czernichow et son cousin Bernard Lobel sont ainsi confiés aux mains sûres de Jean et Odette Chevolot, à Cosne-sur-Loire.

Aujourd'hui, Paul Czernichow, à l'initiative avec Bernard Lobel, de cette démarche envers les époux Chevolot, ignore pourquoi cette demande de reconnaissance n'a pas été faite avant et pourquoi ce sont eux qui ont pris la décision. Question de pudeur sans doute, l'amitié unissant ces familles dépassant le cheminement officiel.

« Avec le temps, il m'a semblé important de faire un acte de mémoire, un remerciement par procuration aux parents Chevolot », confie Paul Czernichow. Qui n'ignore pas que « si cela s'était su, toute la famille aurait disparu. » Il y a bien eu une dénonciation par lettre anonyme, qu'une main bienveillante a fait disparaître. L'employé de mairie lui-même a fermé les yeux sur les « tampons douteux » des fausses cartes d'alimentation fabriquées par Odette Chevolot. Ce n'est qu'à la Libération que les enfants ont retrouvé leurs familles respectives.

Christine Balle

 



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