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Denis Sureau : « Mon oncle, Juste parmi les Nations »

samedi 7 février 2015

Du 28/01/82015

 

 

 

 

 

 

À la libération du camp de Bergen-Belsen (Allemagne), en 1945. ©LEEMAGE « Les juifs de France se souviendront toujours que si les trois quarts d’entre eux ont survécu, c’est grâce à la population française et à l’Église », vient de déclarer Arno Klarsfeld. À l’heure où l’on commémore la libération des camps nazis, l’écrivain Denis Sureau nous envoie son témoignage, l’histoire de son oncle, Pierre Lallement, un catholique mort pour s’être porté au secours d’une juive. L’un des 3 760 Français déclarés Justes parmi les Nations.

Ils formaient un jeune couple chrétien et heureux. Pierre Lallement, ingénieur des Travaux publics, épouse Suzanne Sureau en août 1936. Il a 24 ans, et elle 22. Trois filles et un garçon naissent les années suivantes.

Vient la guerre, l’Occupation. La famille se réfugie dans la famille de Pierre, à Montbrison, à 37 km de Saint-Étienne. La ville est en zone libre et sa région, le Forez, devient rapidement active dans la Résistance. Pierre s’y engage.

Lors de promenades avec ses enfants, Suzanne sympathise avec une certaine Yvonne Desbois, qui a un bébé. Mais son vrai nom est Régine Buchner. C’est une juive, réfugiée de Paris avec Lazare, son mari, et leur enfant. Une partie de sa famille vient d’être déportée.

Lazare participe à la fabrication de faux papiers mais, le 25 avril 1944, il est arrêté à Lyon, avant d’être pendu le 16 mai suivant à la prison militaire Montluc, siège de la Gestapo. Les policiers allemands se lancent à la recherche de Régine. Ils ne la trouvent pas à son domicile, ni le bébé, qu’elle a confié à une nourrice. Ils menacent la propriétaire de prendre son fils en otage si elle ne les prévient pas du retour de Régine. Affolée, elle préfère plutôt avertir la famille Lallement.

"Pierre Lallement garda le silence malgré les coups et ne révéla pas le nom d’autres juifs se cachant à Montbrison sous de fausses identités."

Pierre décide aussitôt d’intercepter Régine à la descente du car en provenance de Saint-Étienne pour la cacher dans une maison inhabitée à Villiers-Saint-Benoît (Yonne) appartenant à son oncle. Mais ils n’y arriveront pas. Ils sont reconnus par deux ouvrières de l’entreprise où travaillait Pierre ; elles les dénoncent à la Gestapo. À la gare de Châteaucreux (Saint-Étienne), ils sont arrêtés.

Pierre subit la torture mais il ne lâche aucune information. Un compagnon de cellule déclara plus tard qu'« il garda le silence malgré les coups et ne révéla pas le nom d’autres juifs se cachant à Montbrison sous de fausses identités ». Il est envoyé au camp de transit et d’internement de Royalieu, à Compiègne, avant déporté dans les camps de Neuengamme puis de Bergen-Belsen. Il y meurt le 26 mars 1945, à l’âge de 32 ans.

Son comportement étonnait ses compagnons : « Ce fut un très bon camarade, d’un moral à toute épreuve, bon caractère et d’un cœur d’or, toujours prêt à partager le peu qu’il possédait et à rendre service », témoigna un déporté du camp de Neuengamme. Le docteur qui le vit mourir écrivit dans une lettre : « II était d’un caractère enjoué qui dénotait une rare force morale dans les conditions souvent hallucinantes où nous vivions. Dans l’hécatombe quotidienne de compatriotes, la mort de Pierre Lallement fut profondément ressentie par les survivants ; c’était un compagnon qui supportait avec une telle élégance intellectuelle nos misères communes et qui avait un sens si spontané de la camaraderie fraternelle… »

"Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier (Talmud)."

Trois mois avant sa mort, il avait rédigé sur une petite feuille une dernière lettre émouvante à sa femme, inspirée par une belle foi catholique, et l’avait confiée à un prêtre (voir ci-dessous).

Son épouse Suzanne accoucha d’un garçon mort-né, qui devait s’appeler Bernard. Elle dut se remettre à travailler et éleva seule ses quatre enfants jusqu’à sa mort en 2008. C’était une catholique très active, fortement attachée à la mémoire de son mari.

Quant à Régine Buchner, elle fut incarcérée au Fort de Romainville, dans la banlieue nord de Paris. Enceinte elle aussi, elle échappa à la déportation et put voir la Libération.

Le 28 avril 2003, Yad Vashem a décerné à Pierre Lallement le titre de Juste des Nations. Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’État d’Israël. Elle est attribuée à 25 271 personnes dont 3 760 en France. Une phrase du Talmud est gravée sur la médaille accompagnant la remise du diplôme : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ».

Denis Sureau

« Chaque soir, j’ai prié pour toi »

Voici la dernière lettre de Pierre Lallement à son épouse, écrite au camp de Neuengamme en décembre 1944, sur une petite feuille qu’un prêtre réussit à cacher jusqu’à son retour en France.

« Ma chérie,

Cette lettre est peut-être la dernière que tu auras de moi, qu’elle t’apporte la paix, le calme et la tranquillité dont ton cœur a besoin : ton mari est mort dans la paix de Dieu ; je me suis confessé à Compiègne et depuis, chaque jour, j’ai prié pour vous tous, pour vous être rendu si Dieu m’en juge digne, pour que me soient pardonnées mes fautes… Je n’ai pas accepté les difficultés quotidiennes et aujourd’hui j’en supporte d’autres, combien plus grandes !

Chaque soir j’ai prié pour toi et pour les enfants, chaque soir me reviennent les paroles que tu me disais quelque temps avant mon départ : “Un jour, nous vivrons ensemble et nous vivrons bien”. J’ai vécu dans cet espoir.

Élève bien les enfants, c’est une recommandation superflue, élève les chrétiennement et apprends-leur à aimer leur papa comme il les aimait quand ils étaient tout petits, qu’ils aiment bien leur pays et qu’ils vivent bien. Embrasse bien mon père et ma sœur.

Bonsoir ma chérie et à bientôt, bonsoir mes enfants, vivez heureux et bien, aimez-vous toujours les uns les autres et tous, un jour, nous nous retrouverons dans la grande famille du Seigneur pour vivre une vie meilleure et ne plus jamais être séparés.

Croyez en Dieu et vous serez sauvés. »


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La médaille posthume du "Chef Martin"

samedi 7 février 2015

Du 02/02/2015

 

 

 

 

 

Chef Martin Un gendarme a été nommé hier "Juste parmi les Nations" à titre posthume. La cérémonie a eu lieu à Blotzheim.

 

André Martin est décédé en 1998. Il avait effectué une partie de sa carrière de gendarme en Alsace et occupé son dernier poste à Saint-Louis. Pendant la seconde guerre mondiale, en 1944, le "Chef Martin" était en poste dans le sud du pays qui n'était plus une zone libre. Là bas, le gendarme avait sympathisé avait une famille juive qu'il avait ensuite protégée de la déportation jusqu'à la fin de la guerre. Huit personnes furent sauvées des griffes des nazis grâce à son courage.

Sa fille aînée a reçu hier à Blotzheim la médaille de "Juste parmi les nations" décernée à son père à titre posthume. Il s'agit de la plus haute distinction civile attribuée par l'Etat hébreu à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des Juifs persécutés par l'occupant nazi. Les noms des Justes sont inscrits sur le mur d'honneur de l'Institut Yad Vashem à Jérusalem mais aussi à Paris dans "l'Allée des Justes" tout près du mémorialde la Shoah. En France, ce titre a été décerné à 3813 personnes.

Philippe Dezempte

 

L'hommage au gendarme Martin

Reportage : Emmanuelle Gambette Christian Laemmel et Xavier Chatel 

FR3 Alsace

 

 


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Cosne sur Loire -Une médaille pour les époux Chevolot, sauveurs d'enfants pendant la guerre

mercredi 4 février 2015

Du 27/01/2015

 

 

 

Deux enfants accueillis rue Jean-Jaurès. Album photo de la famille Chevolot, noël 1943.

Une reconnaissance d’État. C’est ce que symbolise la cérémonie, à titre posthume, de remise de la médaille des Justes, aux époux Chevolot.

La Ville de Cosne a, évidemment, aussitôt dit oui. Dit oui pour intégrer le réseau des villes et villages des Jutes de France. Une occasion offerte par le Comité français pour Yad Vashem, à l'initiative de la cérémonie de remise à titre posthume de la médaille des Justes parmi les Nations aux Cosnois Odette et Jean Chevolot. Une médaille remise à ceux qui ont sauvé, au péril de leur vie, des personnes juives sous l'Occupation. Et même si c'était il y a bien longtemps, il est toujours l'heure de rendre hommage. Et reconnaissance.

Bernard et Paul avaient 3 ans

Une reconnaissance d'État, « car il y aura de moins en moins de Justes et de leurs témoins », comme le souligne Pierre Osowiechi, vice-président du comité français pour Yad Vashem. Pour Pierre Osowiechi, « c'est un hommage important, car ces personnes doivent être connues et reconnues. » Un avis que partagent Bernard Lobel et Paul Czernichow.

Bernard Lobel et Paul Czernichow, sauvés par Odette et Jean Chevolot à Cosne en 1943. Ces deux-là avaient 3 ans. Et sont devenus membres à part entière de la famille Chevolot. Bernard Chevolot, le fils de la famille, qui résidait à l'époque dans la rue Jean-Jaurès, confirme. « Pendant la guerre, nous avons accueilli deux enfants juifs. C'était en novembre 1943. J'avais 5 ans et mon frère un an. Nous avons passé un an ensemble. »

Bernard Chevolot nous confie une magnifique photo des enfants de la famille devant le sapin de Noël, mais ne se souvient pas vraiment de cette époque. Il sait cependant, pour l'avoir appris ensuite et grâce à un contact qui a duré de très longues années avec ses frères d'adoption, que ces enfants de deux familles juives réfugiées à Charost (18) ont été confiées à sa mère par leurs parents. Sa mère et la mère de Paul Czenichow, mamans de ces enfants étaient amies, elles avaient fait leurs études ensemble, au collège de Rouen. « Quand les Allemands ont envahi la zone libre », raconte Bernard Chevolot, « les familles ont adressé chacune un de leurs enfants à Cosne. »

L'employé de mairie a fermé les yeux sur les tampons douteux

C'est Elie, le frère de Solange Czernichow, médecin à Charost, qui prévient sa s'ur d'une rafle probable. Il a été arrêté ce jour-là. Si lui a été déporté à Auswich, sa s'ur a eu le temps de s'enfuir. Paul Czernichow et son cousin Bernard Lobel sont ainsi confiés aux mains sûres de Jean et Odette Chevolot, à Cosne-sur-Loire.

Aujourd'hui, Paul Czernichow, à l'initiative avec Bernard Lobel, de cette démarche envers les époux Chevolot, ignore pourquoi cette demande de reconnaissance n'a pas été faite avant et pourquoi ce sont eux qui ont pris la décision. Question de pudeur sans doute, l'amitié unissant ces familles dépassant le cheminement officiel.

« Avec le temps, il m'a semblé important de faire un acte de mémoire, un remerciement par procuration aux parents Chevolot », confie Paul Czernichow. Qui n'ignore pas que « si cela s'était su, toute la famille aurait disparu. » Il y a bien eu une dénonciation par lettre anonyme, qu'une main bienveillante a fait disparaître. L'employé de mairie lui-même a fermé les yeux sur les « tampons douteux » des fausses cartes d'alimentation fabriquées par Odette Chevolot. Ce n'est qu'à la Libération que les enfants ont retrouvé leurs familles respectives.

Christine Balle

 



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Soues - Un Souessois reconnu «Juste»

mercredi 4 février 2015

Du 19/01/2015

 

 

 

 

Henri Knopf tient le portrait de son sauveur Dominiqe Lapierre

La médaille des Justes parmi les nations a été remise à titre posthume à Dominique Lapierre qui a protégé Henri Knopf, jeune homme juif, durant la Seconde Guerre mondiale. Un hommage plein d'émotion.

Un peu plus d'une semaine après les événements qui ont secoué la France, cette cérémonie avait un écho particulier, comme l'a souligné notamment la députée Jeanine Dubié. Son histoire, poignante, nous montre que la France est avant tout un pays de liberté et de fraternité. Fuyant les rafles de juillet 1942 à Paris, la famille Knopf, originaire d'Autriche et d'Allemagne, franchit la ligne de démarcation et se réfugie à Cauterets. C'est dans la station thermale qu'elle fait la connaissance du docteur Lardé qui a pour ami Dominique Lapierre, habitué des cures à Cauterets depuis qu'il a été gazé lors de la Grande Guerre. Le docteur Lardé demande à Dominique Lapierre, propriétaire, éleveur et entraîneur de chevaux, de prendre sous sa protection Henri Knopf, déjà apprenti jockey à Maison-Lafitte. «Il a appelé mon père pour lui demander s'il pouvait prendre un apprenti jockey. Personne ne se doutait que c'était pour cacher un jeune homme juif», raconte Madeleine Pailhès, née Lapierre, la seule fille encore vivante des 5 enfants de Dominique Lapierre. Il ne dévoile à personne, même à sa famille, que son protégé était juif. «Ma grand-mère est morte en 1988 sans le savoir. À l'époque, on ne se posait pas la question : c'était lui qui avait décidé, donc c'était forcément bien», témoigne Marie Pailhès, sa petite-fille. Fin 1944, Dominique Lapierre décède. C'est lorsque Madeleine Pailhès et Henri Knopf, de retour à Soues en 1995, se retrouvent que ce dernier lui révèle l'incroyable secret. «Ils ne s'étaient pas revus depuis fin 1944, ce fut une grande émotion», poursuit Marie. Ainsi, il y a trois ans, Marie décide d'entamer «pour sa mère, pour ses oncles et tantes et pour toute la famille» les démarches pour que son grand-père obtienne «la plus haute distinction civile de l'État d'Israël» à titre posthume. «Il n'y a aucun orgueil là-dedans. C'est pour montrer au monde entier qu'il y a des personnes qui peuvent sauver des vies, au péril de la leur, dans la simplicité. C'est un devoir de reconnaissance et c'est aussi beaucoup d'émotion et de fierté pour la famille». Henri Knopf, dont les frères aînés ont survécu miraculeusement à l'enfer d'Auschwitz, a rendu un hommage vibrant à son sauveur. «Je le voyais charger dans le coffre de sa voiture de la nourriture pour ravitailler les maquisards à l'insu de sa famille.» Henri Knopf, ancien résistant américano-français, dit avoir «eu la chance d'avoir deux pères : le premier m'a donné la vie, le deuxième m'a appris à l'apprécier, à travailler et à garder la tête haute. Je veux être dans le même cimetière (Ndlr : celui de Soues) où repose cet homme d'exception». «Soues, en hébreu, veut dire cheval», a souligné Albert Seifer, délégué régional du comité français pour Yad Vashem (voir ci-contre), incroyable coïncidence sémantique qui a réuni deux destins et a sauvé une vie.

Cyrille Marqué

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Castelnaudary-Médaille des Justes posthume à Simone Lorimier-Maurel

vendredi 30 janvier 2015

Du 17/01/2015

 

 

 

 

Jean-Louis Lorimier recevant la médaille des Justes, accompagné du maire, du directeur de l'institut Maïmonide, de Montpellier, et du consul général d'Israël./ Photo DDM L. K.

La médaille des Justes parmi les Nations a été remise à Jean-Louis Lorimier représentant sa maman Simone Lorimier-Maurel, directrice du préventorium Le Nid béarnais à Jurançon pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui a caché un enfant juif, Armand Rafalovitch, dans son établissement. Une grande émotion lors de cette cérémonie submergeant Jean-Louis Lorimier qui n'a pu dire un mot.

Armand Rafalovitch, lui aussi très ému, se mélangeant dans les papiers de son discours, retrace son parcours. La famille Rafalovitch d'origine juive quitte la Pologne dans les années 1920 et s'installe à Amsterdam aux Pays-Bas. Pendant la Deuxième Guerre mondiale ils décident d'habiter dans le sud de la France à Toulouse.

Armand Rafalovitch raconte : «J'avais 4 ans. On a choisi la France car mon père était un ancien combattant de la guerre 14-18. Il existait à Toulouse une association qui aidait à cacher les enfants juifs. En 1944, à l'âge de 6 ans, on m'a envoyé dans le préventorium le Nid béarnais à Jurançon dirigé par Mme Simone Lorimier-Maurel. Elle a tout fait pour que personne ne sache que j'étais caché là. Personne n'a rien dit». Il y est resté jusqu'à la Libération. Adulte, il n'a eu de cesse de retrouver la personne qui, au péril de sa vie, l'avait sauvé. «Ils sont rares les enfants cachés qui ont retrouvé les personnes qui les ont sauvés. Je voudrais souligner que c'est la France qui a sauvé le plus de juifs adultes et enfants pendant cette Deuxième Guerre. Il est bon de le rappeler après l'attentat terroriste de ces jours-ci.» Il affirme avec force : «Nous sommes tous Charlie, flics et juifs.»

Le maire souligne la présence de la classe de 1re du lycée Andréossy : «ces jeunes, sentinelles de notre démocratie.» Michaël Iancu directeur de l'institut Maïmonide, de Montpellier, insiste. «Les trois quarts des juifs en France eurent la vie sauve grâce à des Français de tout milieu… En France 3 550 personnes ont été identifiés comme «Justes parmi les nations», dont 170 dans le Languedoc-Roussillon.» Le consul général d'Israël Rahamim Yaacov conclut : «Leurs actions sont et resteront le symbole de la défense des valeurs de justice et de paix.»

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