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Commémoration de la libération du camp d’Auschwitz

mardi 24 mars 2015

Du 27/01/2015

 

 

 

 

Pour commémorer le 70e anniversaire de la libération des camps d'Auschwitz, une programmation spéciale le 27 janvier 2015, dédiée à la mémoire de l'Holocauste, s’est décliné sur toutes les antennes de France Télévisions. En compagnie de ses invités, Marie Drucker est revenue d'abord sur cet événement majeur, des circonstances dans lesquelles s'est déroulée l'évacuation du camp à la découverte de l'univers concentrationnaire. Lors de cette émission spéciale de France 2 / CAPA, plus de 20 minutes ont été consacrés aux "Justes parmi les Nations" de France. Sur le plateau, Anne Beaumanoir nommée en 1996, et l'historien Fabrice D'Almeida. Le reportage, inclut une interview de Pierre-François Veil Président du Comité Français pour Yad Vashem.

 



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Samatan (32) - Les rendez-vous de l'histoire : «Désobéir pour sauver»

vendredi 13 mars 2015

Du 13/03/2015

 

 

«Désobéir pour sauver», c'est le titre de l'exposition proposée à la médiathèque de Samatan et dont le vernissage s'est tenu samedi 7 mars, en présence du maire, du président du Souvenir français (L'Isle-Jourdain-Lombez-Samatan), du président du comité de la Fnaca, de la directrice de la médiathèque, de la présidente du tourisme de Lombez et de nombreux anciens combattants. L'exposition est à l'initiative du Souvenir français, en partenariat avec l'ONAC, et la collaboration de la directrice et personnel de la médiathèque pour la mise en scène de ce magnifique outil pédagogique (ces derniers furent chaleureusement remerciés).

Le président de la Fnaca, Norbert Falzon, a rappelé le contenu de l'exposition : pour avoir sauvé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée par l'Allemagne nazie, des hommes et des femmes ont renoncé à l'obéissance que leur imposait leur fonction, se refusant de «livrer des Juifs à la déportation».

Le président du Souvenir français, le colonel (ER) Gérard Dufréchou, a profité de ce rassemblement pour rappeler le rôle très important de l'association qui a pour vocation de maintenir la mémoire de tous ceux qui, combattants de la liberté et du droit, sont morts pour la France ou l'ont bien servie, qu'ils soient Français ou étrangers. Sa mission : entretenir les sépultures et les monuments commémoratifs, organiser des actions de mémoire pour rendre hommage au courage et à la fidélité de tous ces hommes et ces femmes morts aux champs d'honneur.

Le maire Hervé Lefebvre, un passionné d'Histoire, a pris un réel plaisir à retracer l'historique de «Désobéir pour sauver», des gendarmes, des policiers français, «Juste pour les Nations». Un titre de Juste pour avoir osé désobéir au péril de leur vie afin de sauver des personnes juives livrées à la déportation, contrant les ordres donnés par le régime du législateur du régime de Pétain qui a su copier les lois et ordonnances nazies antijuives.

«Je profiterai de l'opportunité pour citer Marius et Marguerite Bouchard, de Lombez, qui ont reçu le titre de «Juste» pour avoir accueilli une famille de juifs Polonais».


«Juste parmi les nations»

«Au cours d'une cérémonie officielle, l'ambassadeur d'Israël remet aux «Justes parmi les Nations» ou à leurs ayants droit une médaille gravée à leur nom et un diplôme d'honneur, médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : «Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier», plus haute distinction civile de l'Etat d'Israël. Leurs noms sont inscrits sur le mur d'honneur du Jardin des «Justes parmi les Nations» de Yad Vashem, à Jérusalem. Les noms des Justes parmi les Nations de France sont également inscrits à Paris, dans l'Allée des Justes, près du Mémorial de la Shoah, rue Geoffroy-L'Asnier».

 

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Eloge du Juste

vendredi 13 mars 2015

De mars 2015

 

 

 

 

 

 

Nous célébrons cette année le 70ème anniversaire de la libération des camps nazis. Et cela se déroule dans une atmosphère délétère d’antisémitisme comme nous n’en avons jamais connu. Ces circonstances amènent à rendre hommage à une figure trop méconnue dans l’univers de l’engagement en Europe ; celle des « Justes » dont l’action discrète est demeurée méconnue en France jusqu’à l’entrée en janvier 2007 des 2700 Justes français au Panthéon.

« Pendant la guerre, c’est en France que l’on a été le plus fraternel. » avait déclaré à cette occasion Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Cet élan solidaire, en France, a permis de sauver la vie de milliers de Juifs pendant la seconde Guerre Mondiale. La proportion en France, aussi cruelle fut-elle, a été de 30% tandis que 90% des juifs polonais, 80% des Juifs hollandais et des Juifs Grecs furent exterminés.

La reconnaissance à leur juste mesure des « Justes parmi les Nations » qui ont spontanément et naturellement accueilli et sauvé, à leurs risques et périls, des milliers de Juifs menacés par le nazisme, sans revendiquer un quelconque brevet d’héroïsme, revêt une importance éducative essentielle pour les générations nouvelles. Les Justes ont montré que même dans des circonstances tragiques, bravant la peur et les risques, on peut de façon individuelle ou à plusieurs, sans forcément épouser une cause partisane, s’opposer au “terrible” et à l’ignoble. Les actes des Justes prouvent qu’il est possible d’apporter une aide sans avoir d’armes ni de moyens, sans rechercher aucune récompense ou compensation en contrepartie de l’aide apportée. Chacun d’entre eux était conscient qu’en apportant cette aide, sa vie, sa sécurité ou sa liberté personnelle étaient menacées, les nazis considérant l’assistance aux Juifs comme un crime.

Pourquoi parler des Justes ? En ces temps où l’évocation de la guerre n’a jamais été aussi présent dans nos esprits, qu’il s’agisse de l’Ukraine, vingt ans après la Yougoslavie, ou du djihadisme terroriste, en ces moment ou l’antisémitisme exprime une virulence rarement atteinte (attentats contre les synagogues, slogans antisémites dans certaines manifestations, profanation des cimetières, atteintes personnelles …), en cette période ou l’Europe peine à trouver sa stabilité et doit faire face à des crispations nationalistes menaçantes, le rappel de l’engagement citoyen spontané est une priorité. Et l’exercice de la mémoire est au premier plan, comme le pense Patrick Cabanel, dans son livre « Histoire des Justes en France ». (Armand Collin. Paris 2012). « La mémoire, qu’elle soit nationale ou communautaire, a une réelle perspective performative : se souvenir, c’est aussi agir », soutient-il.

Dans ce monde sans mémoire, du tout et son contraire, nous titubons de l’un à l’autre. Tel désespérant de trouver une voie. Dans cet univers du « tout est équivalent » où toutes les opinions se valent, nous errons, aveugles, dans une sorte de conformisme social, incapables de reconnaître le beau, le bien, le juste.

Malaise dans la civilisation, annonçait Freud en 1929 dans un ouvrage célèbre où il se demandait si les progrès de la culture étaient à même de résister à la pulsion de mort. Ce climat renvoie chacun à ses contradictions, à ses humeurs, à ses difficultés à trouver la mesure des choses. Chaque être est contradictoire et souvent versatile, parfois sans s’en rendre compte. Nos prises de position flottent. Ce que nous aimons souvent dans le soleil, c’est le petit coin d’ombre et, même si nous aimons la lenteur de la contemplation, la vitesse nous apparaît parfois grisante. Nous serions donc voués à une sorte d’incohérence naturelle, dans nos sensations, et nos jugements. Dans l’état un peu bipolaire dans lequel se trouve nos sociétés modernes, avec des phases de dépression, nous sommes parfois surpris par nos capacités de résilience et de sursaut comme celui du 11 janvier 2015. Certains ont cru à un mouvement durable de la citoyenneté, d’autres ont pense qu’il ne fallait pas s’illusionner.

Rares sont ceux qui ont d’emblée raison. Car la raison se construit. Elle n’est pas naturelle. Elle se travaille. Peu de gens savent tirer grandeur de leurs contradictions internes. Au lieu d’en faire une dynamique de vie, un ouverture vers l’altérité, d’en extraire une vérité, ils en expriment la fatalité. Ils accélèrent en freinant et ils dérapent, le plus souvent. Pour éviter de faire face à leur vérité, ils neutralisent leurs émotions, ou bien ils s’extrémisent dans la foi ou l’idéologie, des fois que l’illusion serait remède. Le contradictoire devient neutre, se la boucle, s’installe dans l’oxymore, ce paradoxe du clair et de l’obscure qui ne donne lieu à aucune réconciliation. Au lieu de saisir ses contradictions pour en faire des outils de pensée ou de conduite, le contradictoire les gaspillent. Comme le dit Cioran, « on passe gravement d’une contradiction à une autre, nous en éprouvons tant à la fois que nous ne savons plus à laquelle nous attacher, ni laquelle résoudre ».

En marge de cette confusion du penser et de l’agir, le Juste affirme sa différence. Il est celui qui précisément voit « juste ». On se trompe en voyant dans son acte une quelconque neutralité. Le juste n’est pas neutre. Il évite de neutraliser. Il refuse de relativiser. Il est le contraire du « relativiste » qui accepte l’idée que les préférences personnelles en matière de goût ne se discutent pas vraiment et s’équivalent. Au contraire, iI y a quelque chose d’absolu dans le geste du Juste. Quand sa raison dit une chose, son coeur dit la même chose. Il ne connaît pas l’injonction paradoxale. Il fait un choix qui emprunte à la lucidité et à l’humanité. Il lui est naturel de sauver l’autre. “Sans savoir nager, se jeter à l’eau pour sauver quelqu’un, c’est aller vers l’autre totalement” » écrit le philosophe Emmanuel Levinas. Cela fait partie de la vie, cela fait partie de l’humain. L’idée même de l’humain implique la fraternité « avoir l’autre dans sa peau, sans réciprocité » ajoute Levinas. La raison du juste est un modèle, un modèle d’humanité, la figure d’un engagement solitaire, mais souvent appuyée par des réseaux de solidarités humanitaires ou religieux,

Le juste ne rentre pas dans la catégorie du courage, le courage dont l’histoire nous montre parfois les trahisons intimes, et le glissement vers la lâcheté. La fierté n’offre pas de grille de lecture convenable, car on est, tour à tour, lâche et courageux. Il y a une dialectique du fou et du sage dans le courage et la lâcheté qui est largement contextuelle. Il est plus facile de risquer sa vie quand on n’a rien à perdre, pas d’enfant, pas d’avenir que quand on a des responsabilités. La catégorie du juste est au delà de la fierté, au delà des dialectiques du pur et de l’impur. Il habite dans l’univers de la dignité, du désintéressement égotique. Le moi ne l’intéresse pas. Figure solitaire le Juste est en cela singulier qu’il refuse les habituelles catégories de l’image de soi.

La question se pose : mais de quel engagement s’agit-il ? Est-ce celui d’Emile Zola lorsqu’il écrit J’accuse pour défendre Dreyfus, Zola pour qui « la vérité et la justice sont souveraines, car elles seules assurent la grandeur des nations » ? Ou bien est-ce celui de « l’honneur du peuple » dans lequel se place l’identité ? Cet honneur qu’évoque Charles Péguy, défendant Dreyfus au nom de la célébration des racines et l’exaltation du « silence des aieux », au nom de la France éternelle.

Un peu des deux sans doute. Mais cela semble indicible aux yeux du juste. L’idée de justesse ne renvoie pas seulement au droit, au respect des lois qui définissent ce qu’il est permis de faire dans une société, à la justice en tant que vertu morale. Elle ne se réfère pas non plus directement à un quelconque sentiment d’identité. Le juste est animé par un jugement plus personnel, plus intime. Une sorte d’intime conviction sur ce qu’il convient de faire dans telle ou telle situation complexe, associée à la capacité de percevoir d’un coup d’œil ce qui est juste, ce qui est faux. L’attitude juste est un alliage subtil de raison et de ressenti qui évacue quasi naturellement la dissonance et le parasitage pulsionnel. La justesse de son engagement relève en partie de la vérité mais d’une vérité plus intérieure, qui s’impose clairement, comme une sorte d’évidence, dans le souci bien pesé que le respect de soi ne va pas sans le respect de l’autre. Bref, le juste est celui qui intègre la mesure des choses sans qu’un quelconque intérêt personnel n’intervienne. Mais il s’abstient d’extrémiser. Il analyse dans l’action. il agit dans la pensée.

Rangeons dans le corpus du juste les notions d’authenticité, d’acuité, de précision, de netteté, de régularité, d’éthique. Evoquons la justesse de l’oreille et celle de l’esprit, le bien fondé, la capacité à aller à l’essentiel, le sens de la mesure et le bon sens, ainsi qu’une forme de l’élégance qui sied aux gens qui se distinguent par la justesse de leur ton. On parle de justesse de ton. On parle du chanteur qui chante juste, du bon goût du créateur, de la précision du chercheur. Il habite le champ de la vérité, une vérité singulière dont les ressorts restent secrets. Telle est la beauté du juste. D’une certaine manière le juste est en paix. Et le geste qui correspond à cet acte juste est un geste anticipateur. Il voit avant les autres. En cela le Juste est visionnaire. Il incarne une sorte de politique personnelle qui permet avec efficacité de traduire en actes la raison naturelle. Associer le geste et le juste est le plus sûr chemin de la conscience.

Pourquoi évoquer un tel assemblage ? Peut-être parce qu’il fonde les éléments d’un traité de savoir vivre en politique, bien utile aujourd’hui ? C’est dans la pratique du juste et du geste que se trouve la cohérence ou le « bon sens » qui nous rend en mesure de résister au monde renversant dans lequel nous vivons.

Yan de Kerorguen


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Un Juste parmi les Nations bulgare honoré à titre posthume

mercredi 25 février 2015

Du 24/02/2015

 

 

 

Une stèle à la mémoire de Dimitar Peshev à Jaffa

 

 

Les responsables du musée de la Shoah de Yad Vashem honoreront la mémoire jeudi 26 février de l’ancien responsable politique bulgare Dimitar Peshev pour son rôle dans le sauvetage des Juifs bulgares pendant la guerre. Une cérémonie sera organisée en présence de l’ambassadeur de Bulgarie en Israël, Dimitar Mikhaïlov, du président de l’institut Yad Vashem, Avner Shalev et de la directrice du Département des justes parmi les Nations, Irena Steinfeldt. Ils remettront à sa nièce Neli Pesheva la médaille de Juste parmi les Nations. Le musée israélien avait déjà prévu de remettre la prestigieuse récompense à Dimitar Peshev le 10 janvier 1973 soit quelques semaines après sa mort.  L’érection du rideau de fer communiste et l’éclatement dela  guerre froide n’avaient pas permis la tenue de la cérémonie.

E.A

 

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Une famille de Néret (Indre) décorée au titre de Justes parmi les Nations

samedi 21 février 2015

Du 18/02/2015

 

 

 

 

Josiane Luizy a reçu la médaille des mains d'Elad Ratson. - (Photo NR, Patrick Gaïda) Néret. Eugène et Alexandrine Langlois, et leur fille, Suzanne, ont recueilli le petit Léon, en août 1942. Ils ont été distingués, hier, pour leur courage.

 Léon Rucker a aujourd'hui 77 ans. Il vit au Canada, avec son épouse, ses trois enfants, et ses six petits-enfants. Pourtant, hier, à Néret, il était en famille. Son autre famille. Celle qui lui a sauvé la vie, en août 1942, alors qu'il n'avait que 4 ans. « Suzanne Langlois est venue me chercher chez mes parents, à Nice. Ils m'ont accueilli ici, chez eux, comme un de leurs six enfants. Je suis resté là, deux ans, loin de mes parents, mais en sécurité et entouré d'amour… »

" Pour eux faire cela était normal "

C'est lui, plus de soixante et onze ans après ces faits tragiques, qui s'est battu pour que les Langlois soient décorés, à titre posthume, de la médaille de Justes parmi les nations. François Guguenheim, vice-président du comité français pour Yad Vashem, était présent, aux côtés d'Elad Ratson, directeur des relations publiques à l'ambassade d'Israël à Paris, et d'Alain Espinasse, préfet de l'Indre, pour remettre la plus haute distinction israélienne à Josiane Luizy, nièce de Suzanne Langlois, décédée en 1996. « Mes grands-parents et ma tante ne parlaient que très peu de ces épisodes, explique Josiane. Pour eux, ce qu'ils ont fait était tout simplement normal. Ils n'en tiraient aucune fierté. C'était des gens simples… » Léon Rucker, lui, se rappelle « aller aux champignons, avec Alexandrine, et du courage d'Eugène, au travail ».
L'émotion, palpable, a atteint son comble quand au fil des discours et des hymnes nationaux de France et d'Israël, chacun a eu une pensée pour les Juifs tués récemment dans les attentats de janvier, en France, et dans celui du Danemark. « Il appartient aujourd'hui à chacun d'entre nous de contribuer au renforcement des fondements de notre République et de ne pas rester indifférent aux menaces, a précisé Alain Espinasse. Être uni, c'est aussi tendre la main, cette main que la famille Langlois a tendue à la famille Rucker en accueillant alors le jeune Léon. Par leur action désintéressée lors d'une des périodes les plus sombres de l'histoire de notre pays, tous les Justes sont en permanence un exemple et nous redonnent espoir et confiance en l'humanité. »

Christophe Gervais



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« La vie en bocal »de Jack Mayer, l’histoire d’une Juste parmi les Nations

vendredi 20 février 2015

Du 16/02/2015

 

 

 


 

Une Polonaise catholique sauve 2500 enfants juifs des nazis

 

Connaissez-vous Irena Slender  ? Je suis certain que la plus part des lecteurs de Wukali savent qui est Oskar Schindler et sûrement pas Irena Slender. Et pourtant, ce que fit cette Polonaise durant les heures les plus noires qu’a connu Varsovie, mérite aussi bien d’être connu et reconnu que l’action de l’industriel Allemand. Israël et les gardiens de la mémoire eux le savent, eux qui ont attribué la médaille des Justes parmi les Nations à Irena Slender, citoyenne d’honneur de l’état d’Israël, proposée au comité Nobel pour le prix de la paix un an avant son décès en 2008.

Connaissez-vous Irena Slender ? Voilà la question qu’une jeune adolescente de 15 ans posa en 1999 à son professeur d’histoire qui lui répondit par la négative. C’est cette question qui est le point de départ d’une aventure humaine extraordinaire qui a permis de faire revivre le nom, le courage, l’action d’ Irena Slender.

Jack Mayer dans son livre « La Vie en bocal » retrace cette histoire véridique. Son livre n’est pas exactement un roman, puisque tout ce qui se trouve est véridique, ce n’est pas un livre d’histoire, c’est une sorte de témoignage (très admiratif), une pierre dans le grand livre de l’humanité. C’est parfois un peu trop journalistique à mon goût, mais l’auteur, dans de très beaux passages, disserte parfaitement sur l’utilité de la mémoire, sur le rôle que chacun, même le plus modeste, peut avoir dans la transmission de celle-ci ; sur les circonstances qui font que certains agissent et d’autres restent passifs ; sur l’importance de ces circonstances qui font que, face à elles, nous faisons des choix, parfois sans réfléchir, qui vont donner une direction inentendue à notre vie. Sans que le concept, le mot soit employé, la sérendipité est totalement présente dans la démarche des trois jeunes filles pivots de cette histoire. Ce livre n’est pas « La liste de Schindler » de Thomas Keneally, mais il contient la même force.

Le livre est divisée en trois parties : la naissance du « projet Irena Slender », la vie de cette dernière de 1939 à 1943, la rencontre entre les filles et Irena Slender.

1999, dans le collège-lycée d’Uniontown, un des endroits les plus pauvres du Kansas, le professeur de sciences sociales appliquées, annonce que le thème du concours de National History Day est « les grands tourments dans l’histoire ». Une de ses élèves, une des plus « difficiles », trouve un petit article sur une certaine assistance sociale, Irena Slender, qui a sauvé plus de 2 500 enfants du ghetto de Varsovie et veut en savoir plus sur elle. Elle est rejointe par deux autres élèves Morgan et Sabrina. Toutes trois vont faire des recherches sur cette « inconnue » mais aussi sur le ghetto de Varsovie, sur l’Holocauste, dont elles ont des connaissances très « vagues ». Elles vont écrire une pièce d’un quart d’heure sur l’action d’Irina, dont la scène principale et celle où une mère lui confie ses enfants car elle sait que c’est la seule façon de leur permettre de vivre alors que les Allemands veulent les détruire.

Cette pièce va rencontrer un très grand succès tant au niveau de l’état du Kansas qu’au niveau national (même si elles ne remportent pas le premier prix). Très vite, elles multiplient les représentations, sont assaillies de demandes d’interviews. Le nom d’Irena Slender sort rapidement de l’oubli. En 2001, elles se rendent en Pologne où elles sont étonnées de l’accueil qui leur est réservé. Elles ne pensaient pas que trois filles protestantes du Kansas ayant travaillé sur une catholique ayant sauvé des enfants juifs puissent être aussi célèbres à des milliers de kilomètres de chez elles. Elles finissent par rencontrer Irena Slender qui les adopte tout de suite. Les liens tissés entre elles perdureront jusqu’au décès de cette dernière. Elles trouveront aussi des réponses à leurs questions.

Irena Slender avait 29 ans quand les Allemands envahirent la Pologne. Elle travaillait comme assistance sociale à Varsovie et avant la guerre avait déjà aidé dans la mesure de ses moyens les Juifs, victimes de la politique antisémitisme du gouvernement nationaliste polonais. Elle ne faisait que suivre les pas de son père un des rares médecins qui avait accepté de soigner les Juifs en 1917 et qui était décédé du typhus. Avec la complicité de son chef de service, et de deux autres collègues elle va s’évertuer à aider le plus possible les Juifs victimes des décrets humiliants des nazis. Quand plus de 500 000 personnes sont obligées de s’entasser dans le ghetto, elle arrive à avoir un laisser-passer comme membre des services sanitaires. Très vite Irena Slender arrive à créer un petit réseau d’aide et commence à faire sortir en fraude des petits orphelins qu’elle réussit à faire cacher dans le pays. Il est à noter que les congrégations religieuses lui ont apporté une aide non négligeable. Mais avec la pression des Allemands qui « vident » le ghetto, Irena Slender va démarcher les familles pour qu’elles lui confient leurs enfants. Elle les extrait par les égouts, le camion de la morgue, dans des boites pour les nourrissons sous le siège du conducteur du tramway, etc. Jusqu’aux derniers jours, elle s’activera et réussira à sauver plus de 2 500 enfants. Elle rejoint le réseau Zegota, plus grande organisation non juive en Europe à avoir aidé les Juifs contre les exactions nazies. En octobre 1943, elle est arrêtée par la Gestapo, torturée, mais elle ne parlera pas. Condamnée à mort, Zegota la fait échapper juste avant son exécution.
Zegota travaillait en collaboration avec le gouvernement polonais en exil, aussi, dès la fin de la guerre, les membres de ce mouvement furent traités de fascistes par le pouvoir communiste et leurs actions furent ignorées. Cela explique en grande partie l’oublie dans lequel est tombé non seulement Irena Slender mais aussi tous les Polonais qui ont agit pour sauver des Juifs. Il a fallu la fin du communisme en Pologne pour que progressivement l’Holocauste commence à être enseigné, et ce passé douloureux assumé dans ce pays où l’antisémitisme existe toujours en l’état latent. L’accueil que les filles reçurent en 2001 s’explique car elles arrivent à ce moment charnière où la Pologne commençait à assumer son passé et à reconnaître que certains d’entre eux ont agi pour l’humanité.

Irena Slender se décrit, comme beaucoup de Justes, comme une personne normale, sûrement pas comme une héroïne. Malgré la peur qui la hantait quotidiennement, elle n’a fait que ce qui lui semblait juste et répétait les paroles de son père qui furent sa philosophie de vie : « Si tu vois quelqu’un qui se noie, tu dois le secourir, même si tu ne sais pas nager. » Et à cette époque c’était les Juifs qui souffraient le plus. Mais surtout, elle tint à préciser : «  Je ne me considère pas comme une héroïne. Les vrais héros, c’étaient les mères et les pères qui abandonnaient leurs enfants. Je n’ai fait qu’obéir aux injonctions de mon cœur. Un héros, c’est quelqu’un qui accomplit des choses extraordinaires. C’est normal. Je n’ai fait preuve que d’un peu d’humanité ». Et comme Oskar Schindler, comme tant d’autres, après la guerre, Irena Slender fut hantée par tous les enfants qu’elle ne put sauver.

Sa démarche était totalement désintéressée. Chaque enfant était reporté sur une liste avec son nom, prénom, date de naissance, adresse et la personne qui l’hébergeait. Elle le faisait pour que, la guerre finie, les familles puissent se réunir, et au moins si les parents ne revenaient plus, que ces enfants connaissent au moins leurs origines. Pour ne mettre personne en danger (les enfants et les familles d’accueil) si les Allemands l’arrêtaient, elle déposa ces listes dans des bocaux qu’elle enterrait de nuit sous le pommier de son amie Jaga. Ces listes, récupérées après la guerre, ont disparu pour l’instant.

Ceux qui comme moi n’ont pas connu cette période de l’histoire, qui n’ont pas vu leur famille poursuivie par la barbarie nazie, nous ne pouvons que nous incliner devant la mémoire d’Irena Slender et la remercier pour son action. Tout comme nous ne pouvons que remercier ces trois adolescentes du fin fond du Kansas qui ont montré que le travail de mémoire n’est pas un concept dépassé et que c’est en faisant preuve de recherche sur le passé de l’humanité que nos démons peuvent être combattus, que notre vie peut prendre une direction inattendue.

La Vie en bocal est un livre bouleversant qui montre que même dans la pire des horreurs, l’humanité peut parfois réussir à triompher.

Félix Delmas

Une Juste: Irena SENDLER- par Herveybay




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