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Un orchestre israélien honore un Italien qui a sauvé plus de 5 000 Juifs

mercredi 10 décembre 2014

Du 09/12/2014

 

 

 

Giorgio Perlasca a délivré des « cartes de protection » en se faisant passer pour un ambassadeur espagnol en Hongrie

n peut se demander si Steven Spielberg a choisi le meilleur héros lorsqu’il a fait son film sur la Shoah. Se faisant passer pour un diplomate espagnol en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale, un importateur/exportateur italien, Giorgio Perlasca a réussi à sauver la vie de près de 5 200 Juifs qui, sans son intervention, auraient fini dans les camps d’extermination. (Pour information, Oskar Schindler, le personnage du long-métrage « La Liste de Schindler » a sauvé 1 200 personnes.)

 

Perlasca est resté discret au sujet de ce qu’il avait fait pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a gardé son histoire pour lui jusqu’à ce qu’en 1987, un groupe composé de « ses » Juifs le retrouve. Il a reçu, à juste titre, une foule de distinctions médiatiques et étatiques suite aux révélations de ce groupe.

Et même si Perlasca est décédé en 1992, il continue à être honoré.

Dans le cadre de son projet des Justes parmi les Nations, le petit orchestre symphonique de Ra’anana a commandé au compositeur Moshe Zorman une pièce qui rend hommage à Perscala, « His Finest Hour » [Son Heure de gloire]. Cette pièce sera jouée pour la première fois le 10 décembre à Ra’anana en présence du fils de Perscala, Franco, et de sa belle-fille, Luciana Amadia.

« Lorsque j’ai entendu parler des opérations extraordinaires de Perscala, je me suis dit que tout le monde devait savoir ce qu’il avait accompli. Et nous n’avons qu’une seule manière de partager cela – grâce à la musique », explique le directeur général de l’orchestre Orit Fogel-Shafran au Times of Israel.

« La musique est un langage compris de tous et par la musique nous voulons raconter cette histoire courageuse qui est à peine croyable », poursuit Fogel-Shafran.

A ce jour, l’orchestre a commandé plusieurs nouvelles pièces à plusieurs compositeurs israéliens dont le sujet principal est une personne qui a sauvé des Juifs pendant l’Holocauste. Pour le moment, sept personnes ont fait l’objet de ces pièces, dont une sur Irina Sendler qui a réussi à faire sortir 2 500 Juifs du ghetto de Varsovie. Lorsque le projet « Sendler » a été connu de tous grâce à YouTube, l’orchestre a reçu une médaille d’honneur remise par le président polonais.


Giorgio Perlasca en 1935 pendant la guerre civile espagnole (Crédit : Yad Vashem)

« Cela commence par une pièce musicale, mais des milliers d’enfants se sont impliqués grâce à cette pièce », s’enthousiasme Fogel-Shafran.

Cette nouvelle pièce écrite par Zorman inclut le poème de Primo Levi, lui-même un survivant italien de la Shoah, Si c’est un homme.

Zorman entame sa pièce en exposant la vie de ceux qui vivent paix dans des immeubles protégés. Par le biais de la musique, il se demande « si, dans ces conditions, il est possible de comprendre ceux qui vivent sous la menace constante de la mort et qui se battent contre la famine, mais continuent à lutter pour leur propre humanité ».

La seconde partie de la pièce décrit la lutte existentielle des Juifs et la menace des forces du mal. L’appel douloureux des Juifs s’entend dans « la marche militaire qui menace de tout écraser sur son chemin ».

Faisant un parallèle avec le poème de Levi, la pièce s’achève en s’adressant aux futures générations, en les implorant de continuer à raconter l’histoire de la Shoah et de la consigner pour le futur.

Une histoire parfaite pour le grand écran

L’histoire de Perlasca pourrait facilement faire l’objet d’un script hollywoodien.

Après avoir combattu dans les forces armées italiennes pendant la Guerre d’Espagne aux côtés de Francisco Franco, le nouveau dictateur fasciste lui a proposé la citoyenneté espagnole qu’il a refusée.

Plus tard, pendant la Seconde Guerre mondiale, Perlasca s’est trouvé dans une position lucrative en tant que fournisseur de vivres pour l’armée italienne combattant en Europe de l’Est. En 1943, à cause de la chute de Mussolini en Italie, Perlasca a été obligé de reconsidérer la proposition de Franco.

Il avait le choix entre rentrer chez lui et soutenir un autre régime fasciste ou de rester en Europe de l’Est. Perlasca, qui était en Hongrie à ce moment-là, a fait le choix de rester.

Mais après avoir passé du temps enfermé dans un château avec d’autres diplomates apatrides, l’Italien s’est rendu compte d’une chose : « Je n’étais ni un fasciste ni un antifasciste, mais j’étais sûrement un antinazi. »


Giorgio Perlasca en 1935 pendant la guerre civile espagnole (Crédit : Yad Vashem)

Et quel meilleur moyen de lutter contre les nazis que de sauver leur proie ?

Perlasca s’est alors rendu à l’ambassade espagnole sous le nom de Jorge et a demandé asile. Il a commencé à sauver les Juifs aux côtés du chargé d’Affaires espagnol, Angel Sanz Briz, qui avait déjà commencé à délivrer des « cartes de protections » qui permettaient aux ambassades des Etats neutres d’avoir la tutelle des personnes en possession d’une telle carte.

Le gouvernement hongrois a eu vent des manigances de Sanz Briz et il a dû fuir l’ambassade. Perlasca, quant à lui, témoin des transportations en masse des Juifs d’Europe de l’Est lorsqu’il travaillait avec l’armée italienne, a pris la décision de continuer à délivrer ces cartes de protection.

Il a rapidement « pris » la fonction d’assistant de Sanz Briz et s’est nommé lui-même ambassadeur à la place de Sanz Briz grâce à une lettre avec l’entête de l’ambassade falsifiée.

« Je ne supportais pas de voir les gens marqués comme des animaux… Je ne supportais pas de voir des enfants tués. J’ai fait ce que j’avais à faire », a expliqué Perlasca.

Autre détail intéressant, Perlasca aurait utilisé un vide juridique pour sauver les Juifs. Une loi espagnole datant de 1924 accordait la citoyenneté et la protection aux Juifs nés en Espagne. Il a alors émis de faux laissez-passer en affirmant que les Juifs hongrois étaient séfarades.

Selon MoralHeroes.org, ces laissez-passer déclaraient : « Les familles de tous les Espagnols en Hongrie requièrent leur présence en Espagne. Jusqu’à ce que nous soyons en mesure de rétablir la communication avec l’Espagne et que leur retour redevienne possible, ils resteront sous la protection du gouvernement espagnol. »

Raoul Wallenberg Ayant conscience du peu de temps qu’il avait, Perlasca s’est associé avec d’autres diplomates, dont , pour combiner leurs efforts et mettre les Juifs en sécurité. Il aurait réussi à sauver entre 3 500 et 5 000 Juifs en seulement un mois et demi, entre le 1er décembre 1944 et la mi-janvier 1945.

A la fin de la guerre, Perlasca est reparti vivre en Italie ou il a vécu une vie calme et paisible dans l’anonymat. En 1987, il a été retrouvé par un groupe de Juifs hongrois qui souhaitait le remercier. Depuis, il a reçu les honneurs des gouvernements italien, hongrois et espagnol. De son vivant, il a été reconnu comme un Juste parmi les Nations lors d’une cérémonie à Yad Vashem. Après les représentations du 10 et 11 décembre à Ra’anana, « His Finest Hour » se produira à Venise. « Vous ne savez jamais où la musique vous mène », affirme Fogel-Shafran. « C’est notre manière de remercier et de diffuser la musique. »
Giorgio Perlasca est honoré lors d’une cérémonie à Yad Vashem à Jérusalem – Septembre 1989. (Crédit : autorisation Yad Vashem)

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PUGNY-CHATENOD - Honorés pour avoir sauvé deux sœurs juives des nazis

lundi 1 décembre 2014

Du 08/12/2014

 

 

 

Eva et Rosa Lerner

C’était il y a 70 ans. De 1943 à 1944, pendant l’Occupation allemande, deux habitants du village de Pugny-Chatenod ont accueilli dans leur foyer deux petites filles juives, Eva et Rosa Lerner.

Deux sœurs sauvées des griffes de la barbarie nazie. Pour cet acte de courage et d’humanité, Adélaïde et Jean-François Mailland-Mollard viennent de recevoir, à titre posthume, la médaille et le diplôme des “Justes parmi les Nations”. La cérémonie s’est déroulée hier, dans la mairie de Pugny-Chatenod, sur les hauteurs d’Aix-les-Bains.

La cérémonie s’est tenue hier matin en présence de la famille de Jean-François et Adélaïde Mailland-Mollard, d’Eva et Rosa (au centre) accompagnées par leurs proches, des membres de la communauté israélite d’Aix-les-Bains et d’Annecy ainsi que des élus. Venues spécialement d’Israël, Eva et Rosa n’ont pas manqué d’exprimer leur profonde gratitude envers ceux qu’elles appellent affectueusement pépé et mémé. « Nous sommes réunis aujourd’hui afin de graver dans nos cœurs le souvenir de notre famille adoptive. Le comportement héroïque et la grandeur pour l’amour du genre humain de pépé et mémé nous permettent d’être ici tous ensemble avec les membres de nos familles. »

Guillaume ARMAND

 

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Berjou - Deux arbres plantés à l’école en souvenir du couple Ricordeau

dimanche 30 novembre 2014

Du 28/11/2014

 

 

 

 

Un chêne a été planté devant l'école de Berjou La commune a rendu hommage une nouvelle fois à Jeanne et Roland Ricordeau, Justes parmi les Natiosn, en plantant deux arbres à l'école.

Mardi 25 novembre, jour de la Sainte-Catherine, où, selon le dicton populaire, « tout bois prend racine », Didier Vieceli, maire de Berjou, a planté symboliquement deux arbres à l’école, qui porte le nom de Roland et Jeanne-Ricordeau depuis juin dernier, avec Michel Ricordeau et Annette Hervieux, entourés de leurs familles et de Madeleine Clauss 93 ans, leur nounou de l’époque.

Mémoire

Annette Hervieux, Michel Ricordeau et leur frère Jean-Louis, qui n’a pas pu venir, sont les enfants de Roland et Jeanne Ricordeau, reconnus Justes parmi les Nations, depuis 2010.
La matinée a débuté à la mairie, où Annette Hervieux, l’aînée des trois enfants Ricordeau, âgée de 7 ans à la libération en 1944, a raconté aux enfants de CM1 et CM2 de l’école de Berjou, leur quotidien pendant la guerre : « Nous avons vécu à Berjou de 1939 à 1945, dans le logement de l’école. Mon père était instituteur à l’école des garçons et ma mère à l’école des filles. Ils ont modifié les écoles en mélangeant garçons et filles et mon père s’occupait alors des grands et ma mère des plus petits. Mon père était aussi secrétaire de mairie. »
Roland Ricordeau était un laïque convaincu et malgré l’opposition du maire de l’époque, il avait remisé tous les crucifix dans un tiroir. Il faisait aussi partie de la Résistance.
« Mes parents ont eu la médaille des Justes à double titre, parce qu’ils sont la seule famille au monde à avoir élevé un enfant juif jusqu’à sa majorité et qu’ils ont sauvé des dizaines d’enfants juifs qui venaient du camp de Drancy », ajoute Annette Hervieux.
Salomon Pelzmann, prénommé Henry, a vécu chez le couple Ricordeau depuis ses 12 ans jusqu’à 22 ans. Il venait du camp de Drancy où il était avec son frère Alex, qui lui, a été déporté à Buchenwald, puis à Auschwitz, d’où il reviendra. Leurs parents ont disparu à Auschwitz. Roland et Jeanne Ricordeau accueilleront chez eux Alex à son retour de l’enfer du camp de concentration. Les deux frères sont maintenant décédés, mais ils ont toujours gardé des relations avec la famille Ricordeau.
Annette Hervieux a poursuivi ses souvenirs : « Pendant le bombardement de la libération, nous étions réfugiés chez notre grand-père à Sainte-Honorine-la-Guillaume et nous avons passé la dernière nuit de l’occupation en forêt. » Elle a montré aux enfants, la photo de leur logement à l’école, complètement détruit par les bombardements.

Un chêne et un ginkgo biloba

Ensuite, les deux arbres ont été officiellement plantés, un chêne devant l’école, un ginkgo biloba, à l’arrière. Didier Vieceli a déclaré : « Nous plantons ces arbres pour perpétuer le souvenir, pour que vous, les enfants, vous vous en souveniez longtemps et à vous de le raconter à vos enfants plus tard. Pourquoi deux arbres ? Le chêne est majestueux, solennel et il est le symbole de la paix. Le ginkgo biloba est un arbre sacré de l’Orient. C’est le denier représentant de la plus vieille espèce d’arbres au monde, il existe depuis plus de deux cents millions d’années. Apparu avant les dinosaures, il est le seul survivant malgré les changements climatiques et géologiques. Il a survécu à Hiroshima où il a repoussé seul, sur une zone complètement détruite. Un ginkgo biloba peut vivre plus de 2 500 ans…  »
Laurence, la fille d’Annette Hervieux, a lu le texte qu’avait préparé sa mère : « Pour ces deux arbres que nous avons plantés, il nous importe moins de savoir combien nous vivrons, que de réaliser qu’ils survivront chez nos enfants et dans nos œuvres, pour symboliser le souvenir et la mémoire de nos parents. De tout temps, le chêne a été investi de divinité suprême et de majesté. Il est aussi l’emblème de l’hospitalité, symbole ô combien fort de ce qui nous réunit ici aujourd’hui. Que ces deux petits arbres, nous apportent la force physique et morale, pour toujours faire le Bien et le Beau. Qu’il n’y ait plus de peuples opprimés, d’hommes, de femmes et d’enfants chassés de leur vie, mais qu’il y ait toujours des Justes pour venir s’abriter sous un chêne symbole de puissance et de longévité et dire aux hommes que cet abri est symbole de paix. À vous tous ici qui avez honoré nos parents, vous survivrez aussi dans nos cœurs et nos souvenirs, grâce à ces deux arbres. »
En final, les enfants de l’école ont chanté, en anglais, « Imagine » de John Lennon, message d’espoir d’un monde en paix.

 

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Crâne - Louis Marius et Lucie Maria Lermine promus Justes parmi les Nations

samedi 29 novembre 2014

Du 30/10/2014

 

 

Lundi 27 octobre, la commune de Grâne a vécu un beau moment d'émotion avec la remise de la médaille des Justes, à titre posthume, à Lucie et Louis Lermine (qui fut maire de 1941 à 1965.) On notait le présence du Consul d'Israël (à Marseille) Rahamin Yaacov, d'Arielle Krief et Pierre Osowiechi délégués de Yad Vashem, de nombreux élus, Hervé Marition député, Marie-Pierre Monier et Gilbert Bouchet sénateurs, des conseillers généraux Jean-Pierre Tabardel, Jean Serret et Pierre Pieniek, ce dernier étant également président de la LICRA26 (il était accompagné d'une délégation de militants de l'association), de Muriel Paret maire et ses collègues... 

Bien évidemment, les familles concernées étaient là, venues certains de loin (Londres) et très touchés par les vibrants hommages reçus ou rendus par eux-mêmes à leurs aïeux. Jean-Louis et Alain Mérandat cousins et ayants droit des Lermine, Claude et Nicole Mozis, et plusieurs générations de descendants, Yvette et Monique Bouvier amies d'enfance. Présence encore au milieu d'une nombreuse assistance, d'autres descendants de Justes.

En 1943, pourchassés (les parents de Marthe seront arrêtés et exterminés à Auschwitz) et munis de faux papiers délivrés par le préfet de l’Hérault, Silvio, Marthe Mozis, et les jeunes enfants Claude et Nicole trouvent refuge chez Lucie et Louis Lermine. Ce sera aussi le début d'une belle amitié. Leur périple personnel était passé par la Roumanie pour lui, l'Alsace pour elle, puis Paris (1928), Vichy (1939), Cannes (1941).

Au village, Louis maire n'a pas mentionné leur présence dans les registres, le même Louis (décoré de 14/18) résistant, confie des tâches à Silvio. Les Mozis, présentés comme des cousins, mènent un vie normale, les enfants vont à l'école, lui est médecin, tous deux soignent indifféremment les gens (y compris un allemand blessé) . Ils sympathisent également avec la Famille Bouvier et leur amitié, ainsi que celle d'emblée des Lermine et Mozis (qui rejoignent Paris en 1945), perdureront bien après la guerre. Louis est décédé en 1965, Silvio en 1974, Lucie en 1977 et Marthe en 1994.

Pour avoir hébergé, aidé et sauvé quatre juifs, Louis et Lucie Lermine, mettant leur vie en danger, d'une façon héroïque et pourtant vécu dans l'instant comme une évidence, celle « de donner la vie en aidant d'autres à survive », ont été promus Justes parmi les Nations, dont « le livre ne se refermera jamais, nombreux sont ceux qui resteront des héros anonymes considérant qu'ils n'ont fait que leur devoir d'Homme ».

 

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Le Havre - Au Havre, deux héros de la Seconde Guerre mondiale reconnus comme Justes

samedi 22 novembre 2014

Du 20/11/2014

 

 

 

 

 

Madeleine et Henri Bitard, avec leur fille Gisèle, tout juste âgée d'un an. (©D.R.). Le devoir de mémoire s'exerce au Havre. Jeudi 20 novembre 2014, deux héros de la Seconde Guerre mondiale recevront, à titre posthume, la médaille des Justes. Leur fille témoigne.

Le devoir de mémoire s’exerce, à nouveau, au Havre, jeudi 20 novembre 2014. À 16h, dans les salons de l’Hôtel de Ville, Henri et Madeleine Bitard recevront, à titre posthume, la médaille des Justes parmi les nations. Cette décoration sera remise à leur fille, Gisèle Fima-Bitard, Havraise depuis 1964. À quel titre cet hommage est-il rendu, aujourd’hui ? Le couple, alors installé à Avranches (Manche), a sauvé de la barbarie nazie, deux jeunes Juives, Anne-Marie et Rose-Marie Mainemer, qu’il a recueillies, pendant 40 jours, en 1943, avant de leur trouver un abri plus sûr.

L’histoire des sœurs Mainemer

Henri et Madeleine Bitard, ce sont finalement des gens comme les autres. Monsieur est directeur d’une usine à gaz à Avranches, Madame élève ses enfants. Mais un jour, « sans en avoir conscience », ils agissent en héros.
Leur fille, Gisèle Fima-Bitard, n’a pas de souvenirs de la présence des sœurs Mainemer, auprès des siens. Au moment des faits, elle n’était âgée que de trois ans. « Mais, évidemment, mes parents m’ont beaucoup parlé de cette histoire, par la suite ». L’histoire ? Elle est la suivante. Originaires de Pologne, le couple Mainemer et leurs deux filles, Anne-Marie et Rose-Marie, s’étaient installés à Avranches où ils étaient commerçants et parfaitement intégrés à la cité. Dès 1941, l’application des lois raciales du régime de Vichy et le statut des Juifs imposent des restrictions à leur vie quotidienne, et, notamment, entravent leur liberté de commercer et les forcent au port de « l’étoile jaune ». Refusant cette humiliation, tout comme son père, Anne-Marie passe quand même avec succès son bac, le 26 juin 1942. C’est en revenant de cet examen que père et fille seront reconnus et dénoncés à la Feldgendarmerie.
Le couple Mainemer sera déporté à Auschwitz. Leurs deux filles subsistent, seules, pendant un an, avec l’aide de voisins compatissants. Mais une nouvelle rafle s’annonce.

Elles avaient anticipé le scénario. Depuis l’arrestation de leurs parents, elles avaient imaginé un plan de sauvetage en cas de la venue des Allemands à leur domicile », raconte Gisèle Firma-Bitard.

Pas d’héroïsme, mais un geste normal

Les sœurs arrivent à prendre la fuite et trouvent refuge chez un ami, M. Morel, un salarié d’Henri Bitard. Sans solution pour abriter les deux jeunes juives, l’ouvrier s’en remet à son directeur. Henri et Madeleine Bitard prennent la décision qui semble la plus logique à leurs yeux : ce sont eux qui cacheront les filles Mainemer.

Elles resteront 40 jours à la maison avant que mon père ne leur trouve un refuge plus sécurisé, en l’occurrence le couvent des Petites sœurs de la Charité, à Caen (Calvados). »

D’autres péripéties attendront, par la suite, les deux sœurs, mais elles réussiront à survivre à la barbarie nazie. À la fin de la guerre, après un bref retour à Avranches, où elles viendront à la rencontre de leurs sauveurs, elles s’exileront aux États-Unis.

Bien plus tard, je leur ai adressé une lettre. L’une des deux sœurs qui enseignait le français aux États-Unis, m’a répondu par un texte empreint d’émotions. C’était en 1989. Mais rattrapées par nos vies respectives, nous nous sommes finalement perdues de vue », raconte l’enseignante du Havre, aujourd’hui retraitée.

Jeudi 20 novembre 2014, plusieurs membres de sa famille assisteront à la remise de la médaille des Justes au Havre.

Certains n’ont appris l’histoire de mes parents qu’une fois l’invitation en mains. Ils en étaient fort surpris. » Madeleine et Henri Bitard n’ont jamais fait cas, en effet, de leur acte de bravoure. « Si ma mère était encore de ce monde, elle aurait été très gênée de recevoir cette décoration », confirme sa fille.

Cérémonie à l’Hôtel-de-Ville

Mais le comité français pour Yad Vashem a fait en sorte que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli et il décernera, au Havre, la médaille des Justes parmi les Nations, à Madeleine et Henri Bitard. Cette médaille est décernée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem aux personnes non juives qui ont sauvé des Juifs sous l’Occupation, au péril de leur vie.

Malgré plusieurs tentatives du Comité français pour Yad Vashem, il aura fallu attendre de nombreuses années avant que Gisèle Fima-Bitard accepte cette reconnaissance de Justes parmi les Nations », indique la Ville.

Gisèle Fima-Bitard a reçu une médaille et un diplôme honorant ses parents, Henri et Madeleine Bitard. La cérémonie présidée par le maire, Édouard Philippe, accueille deux représentants du Comité français pour Yad Vashem, Zvi Tal, le ministre plénipotentiaire de l’ambassade d’Israël en France, et le maire d’Avranches, David Nicolas. « J’espère que je ne vais pas être submergée par les émotions », craint, à quelques heures de cet événement, Gisèle Fima-Bitard.


Karine Lebrun 

 



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L’hommage à ses aïeuls

mardi 18 novembre 2014

Du 17/11/2014

 

 

 

 

Jules Annet et Achille Lemaitre Jeudi prochain, Max Lemaitre rendra un hommage à ses deux grands-pères, tous deux blessés pendant la Première Guerre mondiale, ayant eu la chance d’être secourus rapidement et transportés dans un hôpital loin du front.

Deux destins

Achille Lemaitre était un soldat de 2e classe du 110e régiment d’infanterie basé à Dunkerque. Pendant cette période noire de 1915 à 1917, il a accompli un périple de 10 000 km à travers la campagne française : des champs de bataille des Éparges, de Verdun, de la Somme à ceux du Tardenois et du Chemin des Dames. Témoin direct de son époque, gravement blessé au combat, il a consigné ses impressions et ses minutieuses observations d’une France meurtrie mais vivante, sur deux petits carnets, retrouvés seulement quelques années après sa mort.

Jules Annet a été mobilisé le 2 août 1914. Il appartenait au 74e régiment d’infanterie, basé à la caserne Pélissier à Rouen. Le 29 août 1914, il est grièvement blessé près de Guise (Aisne). Il a alors la chance d’être transporté dans une voiture de la Croix-Rouge. Il fut transporté à l’hôpital de Lorient. Sa blessure lui occasionna un raccourcissement de sept centimètres de la jambe droite. En 1943, entrepositaire à Cany-Barville, il prit soin, avec sa femme et sa fille cadette, d’une enfant juive de trois ans dont la mère était décédée et le père interné à Auschwitz.

En 2012, à la mairie de Cany-Barville, eut lieu une cérémonie empreinte d’une grande émotion au cours de laquelle Jules, Marie-Léontine et Marie-Thérèse Annet ont été nommés, à titre posthume, Justes parmi les Nations. Leurs noms ont été gravés sur le mur d’honneur des Justes de Yad Vashem à Jérusalem.


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