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Saint-Julien-l'Ars, village des Justes de France

mardi 19 mai 2015

Du 18/05/2015

 

 

 

Louis-Joseph Bernard a été reconnu Juste parmi les Nations par l'Institut Yad Washem le 14 novembre 2012 grâce aux recherches de Valérie, fille de Simone Guez-Furmansky, l'une des enfants juives sauvées par le passeur. Le titre de Juste est décerné au nom de l'État d'Israël aux personnes qui ont sauvé des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. En 2013, lors de la remise de médaille posthume, le maire de Saint-Julien-l'Ars, Jean-Hubert Brachet, avait fait la promesse d'apposer une « plaque honorifique ».

"Ils ont sauvé la dignité humaine"

Le 9 mai dernier, il a invité Simone Guez-Fumansky et Charley Daïan, président de l'association France Israël Limousin, à dévoiler la plaque posée sur le mur d'enceinte du cimetière au-dessus de la tombe de Louis-Joseph Bernard.
Jean-Hubert Brachet a rappelé le parcours de ce "Juste", « taiseux, modeste, célibataire, gentil, facteur sur Jardres. Né en 1898, mort en 1969, il habitait au 4, rue du Parc à Saint-Julien-l'Ars avec ses parents ». Affecté au 66 régiment d'infanterie en 1917, il a été porté disparu puis considéré comme mort et enfin retrouvé prisonnier en Westphalie, puis il est parti en Palestine jusqu'à sa démobilisation en 1920.
Il a ramené de son périple un coffret de Jérusalem, loin d'imaginer, qu'en 2012, son nom figurerait parmi les 24.000 Justes sur le mémorial de Jérusalem parce que, d'octobre 1941 à février 1942, il a fait passer toute une famille juive: Simone avait alors 16 ans, ses frères et soeurs 11 mois, 8 ans et 12 ans, et leurs parents. En 1944, il a été arrêté, battu, torturé.
« En janvier 2007, la France a rendu un vibrant hommage aux Justes parmi les Nations, a rappelé M. Daïan. Ces héros ordinaires ont enfin été reconnus. Par leurs actes, les Justes n'ont pas seulement sauvé des innocents, ils ont sauvé la dignité humaine et surtout l'honneur de la France. La mémoire est un outil indispensable à l'homme pour se construire dans le futur. On ne construit rien sur l'oubli et sur le mensonge. En dédiant ce lieu à la mémoire des Justes de votre commune, vous avez voulu montrer la profonde volonté de créer un lieu de recueillement, une source d'exemple et d'espérance dans la vie. Merci pour votre engagement à cette noble cause. »

 

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Une place « des justes parmi les nations » inaugurée à Limoges

vendredi 15 mai 2015

Du 14/05/2015

C'est tout un symbole si la place des justes parmi les nations, inaugurée mercredi en présence de 150 personnes, se situe à quelques pas du Musée de la résistance.

Durant la seconde guerre mondiale, ce sont près de 6.000 juifs qui furent sauvés à Limoges de la déportation par des Français de toutes conditions. Aujourd'hui, le Limousin compte environ 140 « justes parmi les nations », la plus haute distinction accordée par l'État d'Israël à des personnes non juives. « En dédiant cette place, la ville dévoile une source d'espérance et de vie à travers l'histoire des justes du Limousin, qui formèrent une troisième armée de l'ombre durant la seconde guerre mondiale », déclarait Charley Daïan, délégué du Comité Français pour Yad Vashem.

Cette inauguration s'inscrit également dans un contexte singulier, au moment où les actes antisémites connaissent une forte augmentation dans le pays, et les attentats de janvier dernier sont encore bien présents dans les esprits. « Alors que les témoins de cette époque s'éteignent peu à peu, notre meilleure arme contre l'obscurantisme reste à ce jour l'éducation », déclarait le maire de Limoges Émile Roger Lombertie. Au cours de la cérémonie, « la génération future » était là. Une classe de CM2, a procédé à la lecture d'un poème de Serge Rozenberg et fait résonner dans les rues de Limoges son refrain humaniste : « Des faibles ou des robustes\Sont devenus des Justes. »

 

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Justes, une belle histoire

vendredi 15 mai 2015

Du 14/05/2015

 


 

 

 

Philippe et Stéphane Guisard, de Saint-Avold, ont retrouvé Eugénie, jeune fille juive cachée par leurs arrière-grands-parents en 1944-45. Il y a quelques jours, ils ont pu embrasser la vieille dame, installée à New York depuis 70 ans.

Philippe Guisard (à gauche), professeur de français à Henri-IV Paris, et son frère Stéphane, ingénieur au Very large telescope (VLT) au Chili, ont grandi à Saint-Avold. Il y a quelques jours, ils ont retrouvé, aux Etats-Unis, Eugénie (au centre).

«Elle est restée profondément française et parle encore impeccablement la langue », rapporte Philippe Guisard, de retour de New York où il a pu enfin rencontrer Eugénie Sharp-Hoffman, la jeune fille juive de la Seconde Guerre mondiale cachée puis protégée des rafles nazies par ses arrière-grands-parents Emile et Geneviève Thouvenin. De l’histoire que lui racontait sa grand-mère Monique, alors qu’il était encore gamin, le Naborien a pu écrire une nouvelle page sur laquelle « résistant, passeur, bravoure, solidarité, danger » n’étaient pas de vains mots.

L’histoire

Février-mars 1944. Eugénie Hoffman a 16 ans, est juive et échappe de peu, avec sa famille, à une rafle des nazis à Pont-à-Mousson. Elle est recueillie avec sa mère par les époux Thouvenin, paysans, dans une ferme isolée à quinze kilomètres de la cité de Duroc. « Elles sont restées sept-huit mois, étaient considérées comme des membres de la famille, donnaient un coup de mains aux travaux agricoles. Ma grand-mère présentait Eugénie comme une cousine réfugiée », raconte Philippe avant de souligner le danger qu’encouraient ses aïeux à cacher aussi bien des réfractaires STO, des résistants parachutés depuis l’Angleterre, etc. « Mon arrière-grand-père récupérait aussi des colis d’armes avec ses camarades résistants alors que les soldats allemands venaient régulièrement se ravitailler dans sa ferme. Il mettait sa famille en danger de mort mais c’était quelqu’un de très calme, réfléchi et profondément humain. » Bien plus tard, en 1994, Emile et Geneviève Thouvenin ont été nommés Justes parmi les nations, la plus haute distinction délivrée par l’Etat d’Israël à des civils.

A l’issue de la guerre, Eugénie a retrouvé toute sa famille, dont son père, déporté au camp de Drancy. Tous sont partis vivre aux Etats-Unis. L’Américaine d’adoption a, malgré l’éloignement, toujours entretenu une correspondance avec ses sauveurs. C’est l’une de ses lettres, datée des années 80, qui a permis à Philippe et à son frère Stéphane Guisard d’entamer des recherches par internet. « Il y a moins d’un an, nous avons envoyé un mail à Elliott Sharp, musicien de renom, en lui posant simplement la question "Etes-vous le fils d’Eugénie ?" Il nous a rapidement répondu "oui". » Puis des liens ont été noués. Les échanges se sont multipliés jusqu’à une invitation aux Etats-Unis pour assister à la bar-mitsvah de deux petits-enfants d’Eugénie et l’achat de deux billets d’avion.

La rencontre

Fin avril, les deux frères Guisard sont partis « en messagers ». Dès leur arrivée en terres new yorkaises, Eugénie « a fondu en larmes, tout comme elle a été très émue lorsque nous lui avons offert l’arbre généalogique de la famille Thouvenin avec des photos de la ferme où elle a été protégée », se souvient Philippe. A la cérémonie juive, un des invités s’est ému de l’histoire : « Et si vos arrière-grands-parents s’étaient fait prendre par les Allemands ? »

« Nous ne serions pas là aujourd’hui avec vous. Nous sommes les rescapés de cette histoire ! », lui a répondu Stéphane. Une belle histoire « qui nous dépasse » et que Philippe envisage de coucher sur le papier. Comme pour mieux accompagner Eugénie, 89 ans, qui confiait « entamer le dernier chapitre » de sa vie en ayant une pensée quotidienne pour Emile et Geneviève Thouvenin, « des saints ! ».

Odile BOUTSERIN

 

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Un jardin des Justes et une rue Julien-David à Lussac-les-Châteaux

mardi 12 mai 2015

Du 11/05/2015

 

 

 

 

La rue des écoles devient rue Julien-David.

Le Jardin des Justes parmi les Nations et la rue portant le nom de Julien David sont inaugurés à Lussac-les-Châteaux ce matin, en hommage au garde champêtre de la commune qui aida, avec Louis-Joseph Bernard (facteur à Saint-Julien l'Ars), une famille juive à franchir la ligne de démarcation en 1941. Plusieurs de ses membres seront présents ce matin à la cérémonie.

Les deux hommes, décédés en 1959 et 1969, ont été reconnus Justes parmi les Nations en 2012, grâce aux démarches et recherches entreprises par les membres de la famille Guez-Furmansky et le conseiller municipal Jean-Claude Corneille, féru d'histoire locale. Cette distinction avait donné lieu, en septembre 2013, à une cérémonie en mairie de Lussac, en présence de la ministre déléguée aux affaires juridiques de l'ambassade d'Israël.
La commune a depuis choisi de rebaptiser la rue des écoles en mémoire de son courageux garde champêtre et de baptiser le jardin voisin, à l'intersection de la Nationale, en hommage aux Justes parmi les Nations. Julien David et Louis-Joseph Bernard n'ont pas été les seuls à prendre des risques: « Nous avons retrouvé une filière de plusieurs amis à Lussac qui étaient solidaires pour aider des clandestins dont de nombreux juifs, indique Jean-Claude Corneille: une veuve de la Grande guerre a hébergé quatre personnes, un retraité fournissait les légumes de son lopin de terre, le garagiste, qui avait le permis, les conduisait. » Le fruit de ces recherches est présenté dans une exposition visible au foyer-logement de la Noiseraie (ouvert au public en semaine) jusqu'au 6 juin.

 

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Palaiseau - ils ont échappé à la rafle du Vél d’Hiv

samedi 9 mai 2015

Du 08/05/2015

 

 

 

 


C’ÉTAIT UN REPAS entre amis. Il était en face d’elle à table. « Je me suis dit, mais c’est quoi cet imbécile ! raconte, amusée, Isabelle Zdroui, 83 ans, en souvenir de cette soirée de 1951 où elle rencontra pour la première fois son futur mari, André. Toutes les filles riaient à ses bêtises.

Finalement, il m’a gentiment raccompagnée jusqu’à chez moi, gare de Lyon (Paris), parcourant plusieurs kilomètres à pied. »

Depuis Isabelle et André Zdroui, habitants de Palaiseau depuis 1966, ne se sont jamais quittés, apprenant au fil du temps que l’histoire avait déjà réuni leurs deux familles venues de Pologne et de Russie quelques années plus tôt.

Un demi-siècle après leur mariage, ils découvrent que leurs pères ont été déportés dans le même convoi

« Nos deux pères sont décédés à Auschwitz (Pologne). On a voulu en savoir davantagesur eux », témoigne Isabelle, qui s’est lancée activement dans les recherches depuis 1999. C’est notamment grâce à son enquête dans les archives des bibliothèques qu’une exposition sur les déportés de Villebon vient de s’ouvrir dans la ville voisine.

Une exposition à Villebon sur les juifs déportés de la commune

LEUR HISTOIRE était passée à l’oubli. Grâce au travail de recherches d’Isabelle Zdroui sur les déportés de la vallée de Chevreuse, Villebon-sur-Yvette a découvert il y a peu que sept de ses habitants avaient été arrêtés au cours des rafles de 1942 et 1943 avant de mourir au camp de concentration d’Auschwitz (Pologne).

Une histoire découverte tardivement au niveau local

« En juillet 2013, je participais à Palaiseau à la commémoration de la Rafle du Vél d’Hiv. C’est au cours de cette cérémonie que j’ai rencontré Monsieur et Madame Zdroui, qui m’ont parlé pour la première fois des familles juives de Villebon déportées, ainsi que des familles de Villebon élevées au rang de Justes parmi les nations », explique Dominique Fontenaille, maire (DVD) de Villebon.

Mercredi soir, l’élu a inauguré une exposition retraçant ces événements tragiques de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire locale méconnue est mise en valeur jusqu’au vendredi 15 mai en salle du conseil municipal. Le public peut y découvrir, grâce à la collaboration d’Isabelle Zdroui et de l’archiviste communale Catherine Binard, des documents d’époque qui montrent notamment l’évolution des mesures répressives envers les juifs durant l’Occupation dans la région. « Tous les juifs de Seine-et-Oise doivent se présenter avant le 20 août 1941 », définit ainsi la loi du 2 juin 1941, censée recenser tous les juifs de France. La moitié d’entre eux, dont certains habitants de Villebon, ont répondu à cette convocation, pensant que ce n’était qu’une formalité administrative. Au final, ils seront arrêtés avant d’être envoyés dans les camps d’internement du Loiret (Pithiviers et Beaune-la-Rolande).

La ville de Villebon a également tenu à rendre hommage aux deux Justes parmi les nations de la commune, Lucienne Reuter et Julie Thelliez, dont les parcours sont détaillés (lire ci-contre) dans l’exposition.

« Nous nous sommes rendu compte que nos deux pères étaient dans le même convoi, le 5 juin 1942, qui allait à Auschwitz depuis Compiègne (Oise). Et c’est le même officier allemand qui a signé les certificats de disparition que nos mamans ont reçusaprès », montre André (son prénom officiel est Adolphe), preuves à l’appui. Le moindre élément du passé est gardé précieusement dans une pochette. L’un tient une place à part dans le cœur d’André, une lettre que son père a jetée d’un convoi entre Drancy et Compiègne, le 24 avril 1942, récupérée par un anonyme qui la lui a transmise plus tard. « Mon cher fils. Je suis très content que tu sois parti à la campagne… Il faut avoir de la patience. Nous nous reverrons bientôt », écrit alors ce réfugié russe, arrivé en France en 1921.

A l’été 1942, André et Isabelle ne sont pas à la campagne. Mais à Paris, à quelques kilomètres l’un de l’autre, dans le XIe et XIIe arrondissement. Les deux enfants de 10 et 11 ans échappent miraculeusement à la rafle du Vél d’Hiv le 16 juillet 1942. « A 6 heures du matin, la concierge est montée dans les escaliers, accompagnée de policiers, en répétant à haute voix Ils ne sont pas là, ils ne sont pas là. Nous sommes passées avec ma mère et ma sœur par la fenêtre de la cuisine pour nous échapper. Mais nous ne pouvions pas descendre. Nous avons attendu. De l’autre côté de la cour, un policier nous a observées. Mais il n’a rien dit… ».

Traqués jour et nuit par la police allemande, Isabelle et André ont finalement échappé à la déportation. Non sans mal, sans douleurs vives. Séparés des mois de leurs mamans respectives, cachés dans des familles d’accueil parfois malveillantes, vivant même parfois dans la rue pour André, ils ont subi l’enfer jusqu’au 8 mai 1945. Avant d’entamer une lente et longue reconstruction.

 

Julie Thelliez, blanchisseuse à Villebon, a sauvé six juifs.

Julie et Lucienne, deuxJustes parmi les nations honorées

L’une était blanchisseuse, l’autre employée de mairie. Julie Thelliez et Lucienne Reuter, habitantes de Villebon-sur-Yvette, ont en commun d’avoir sauvé durant la Seconde Guerre mondiale la vie de plusieurs juifs. Pour cette action, elles ont été honorées par Yad Vashem, en 1995 et 2002, au titre de Justes parmi les nations.

Mère d’une petite fille, Julie Thelliez a 46 ans en 1942 lorsqu’elle entre dans l’épicerie du village. Un homme et cinq membres de sa famille sont en fuite dans la vallée de Chevreuse depuis la rafle du Vel’ d’Hiv, ils cherchent un meublé à louer. La blanchisseuse se propose de les héberger dans un cabanon en bois contigü à sa maison. « Ces locataires clandestins allaient chercher l’eau chez les Thelliez et chaque nuit montaient la garde à tour de rôle par crainte d’être dénoncés », apprend-on dans l’exposition de Villebon. Ils y vécurent jusqu’à la Libération.

A quelques centaines de mètres de là, Lucienne Reuter, dont le mari avait été fait prisonnier de guerre, élève seule à 26 ans ses deux enfants. Après l’été 1942, elle accepte d’héberger deux juives, Jacqueline et sa cousine Rosette, âgée de 11 ans. Mettant en danger sa famille jusqu’à la Libération, elle aida aussi d’autres juifs à obtenir des cartes d’alimentation grâce à son poste à la mairie de Paris.

 

3 853 Justes parmi les nations en France.

« Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ». Cette phrase du Talmund est gravée sur la médaille qui est remise aux Justes parmi les nations. Au 1er janvier 2015, 25 685 Justes parmi les nations ont été déclarés par la fondation Yad Vashem dans le monde, dont 3 853 en France. Yad Vashem est le lieu du Mémorial de l’Holocauste, à Jérusalem, destiné à entretenir la mémoire des millions de victimes de la Shoah. Il a été établi en 1953 par la Loi du mémorial votée par le parlement israélien. En mars 2005, un nouveau bâtiment a été inauguré pour les Justes parmi les nations pour avoir sauvé des Juifs pendant la guerre, au risque de leur vie.

Cédric Saint-Denis

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Odette et Moussa, ces Justes qui sauvèrent 527 enfants juifs

samedi 9 mai 2015

Du 08/05/2015

 

 

 

 

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Moussa Abadi et Odette Rosenstock ont sauvé 527 enfants grâce au réseau Marcel. Fred Coleman, reporter américain en retraite, raconte l'histoire de ce couple français dans « Le réseau Marcel » (éditions l'Acropole).

Moussa Abadi, homme de théâtre, et sa compagne Odette Rosenstock, médecin, ont créé, en pleine guerre, le réseau Marcel, une organisation oecuménique dont le but était de cacher des enfants juifs. L'évêque de Nice, Monseigneur Paul Rémond qui fut reconnu « Juste parmi les Nations », à titre posthume, leur fournissait de faux papiers, un local et leur ouvrait les portes des institutions catholiques départementales. Les pasteurs protestants Evrard et Gagnier, eux aussi « Justes parmi les Nations », les dirigeaient vers des familles protestantes prêtes à héberger des enfants. Quelques bonnes volontés clandestines ont aidé ce réseau. Un peu comme dans le village du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire et sa « colline aux mille enfants », à Nice on a sauvé  d'une mort certaine des centaines d'enfants juifs. Plusieurs rues, églises, temples et établissements scolaires gardent le souvenir de l'acte de résistance exemplaire de ce couple héroïque.  

C'est sur les conseils d'un ami américain que Fred Coleman s'est lancé dans la rédaction de son livre. Quand il était journaliste à Moscou, il a été très proche d'Andreï Sakharov et des dissidents soviétiques. Il fut frappé par leur lutte contre le régime répressif, par « leur courage, leur intelligence et leur sens moral ». Pour Fred Coleman, l'aventure des Abadi fait écho à cela: « Deux individus qui n'ont rien et qui luttent contre un régime répressif. Et  ils ont réussi à sauver 527 enfants. » Fred Coleman a rencontré d'anciens enfants cachés du réseau Marcel, des amis de Mgr Rémond, les familles des pasteurs Evrard et Gagnier, sans oublier, Jeannette Wolgust, devenue la meilleure amie des Abadi après la guerre.. Pendant l'occupation Odette et Moussa sont démunis. L'auteur explique : « Partager une cigarette est un luxe. (…) Face à la menace nazie de plus en plus forte, ils s'engagent. (…) cherchent des institutions catholiques, des familles protestantes pour cacher les enfants. ». En 1943, quand les Allemands occupent le département, Mgr Rémond leur a fourni de faux papiers au nom de Sylvie et Marcel Delattre.

Pendant 50 ans, les époux Abadi gardent le silence  de même que Monseigneur Rémond. Quand Jean-Marie Le Pen a qualifié le génocide des juifs de « point de détail de l'Histoire » ils décidèrent de témoigner. L'historienne Annette Wieviorka réalise une interview filmée de sept heures du couple Abadi. Les amis de Odette et Moussa ignoraient tout de cet acte de sauvetage exemplaire. 

Jean-Jacques Biton

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