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Grâne - Deux nouveaux Justes parmi les Nations

lundi 10 novembre 2014

Du 05/11/2014

 

 

 

 

 

Lundi 27 octobre, la commune de Grâne a vécu un beau moment d’émotion avec la remise de la médaille des Justes, à titre posthume, à Lucie et Louis Lermine (qui fut maire de 1941 à 1965.) On notait le présence du Consul d’Israël, d’Arielle Krief et Pierre Osowiechi délégués de Yad Vashem, de nombreux élus, Hervé Marition député, Marie-Pierre Monier et Gilbert Bouchet sénateurs, des conseillers généraux Jean-Pierre Tabardel, Jean Serret et Pierre Pieniek, ce dernier étant également président de la Licra26 (Ligue de la lutte contre le racisme) – il était accompagné d’une délégation de militants de l’association –, de Muriel Paret maire de Grâne et ses collègues.

Bien évidemment, les familles concernées étaient là, venues certaines de loin (Londres) et très touchées par les vibrants hommages reçus ou rendus par eux-mêmes. On notait la présence encore, au milieu d’une nombreuse assistance, d’autres descendants de Justes.

Louis Hermine maire sous l’Occupation

Qui étaient donc Lucie et Louis Hermine ? De simples citoyens de Grâne ayant aidé des Juifs sous l’Occupation. En 1943, pourchassés (les parents de Marthe seront arrêtés et exterminés à Auschwitz) et munis de faux papiers délivrés par le préfet de l’Hérault, Silvio, Marthe Mozis, et les jeunes enfants Claude et Nicole trouvent refuge chez Lucie et Louis Lermine. Ce sera aussi le début d’une belle amitié. Leur périple personnel était passé par la Roumanie pour lui, l’Alsace pour elle, puis Paris (1928), Vichy (1939), Cannes (1941).

Au village, Louis maire n’a pas mentionné leur présence dans les registres, le même Louis (décoré de 14-18) Résistant, confie des tâches à Silvio. Les Mozis, présentés comme des cousins, mènent un vie normale : les enfants vont à l’école, lui est médecin, tous deux soignent indifféremment les gens (y compris un Allemand blessé). Ils sympathisent avec la famille Bouvier et leurs amitiés, ainsi que celle des Lermine et Mozis (qui rejoignent Paris en 1945), perdureront bien après la guerre. Louis est décédé en 1965, Silvio en 1974, Lucie en 1977 et Marthe en 1994.

C’est pour avoir hébergé, aidé et sauvé quatre juifs, que Louis et Lucie Lermine, mettant leur vie en danger, d’une façon héroïque et pourtant vécue dans l’instant comme une évidence (celle « de donner la vie en aidant d’autres à survive ») ont été promus Justes parmi les Nations.

F. D.

 

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Suisse - « Paul Grüninger, le juste »

samedi 8 novembre 2014

Le 18 août 1938, le gouvernement de la Confédération helvétique ordonna la fermeture des frontières pour les ressortissant(-e)s autrichien(-ne)s sans visa. Des centaines de personnes, essentiellement en provenance de Vienne, avaient fui le pays après « l’Anschluß » (l’intégration de l’Autriche dans le giron du IIIème Reich) du 12 mars précédent. Le 22 août, le Gauleiter Josef Bürckel institua un bureau central pour l’émigration juive. L’Obersturmbannführer SS Adolf Eichmann fut chargé d’organiser l’expulsion massive. En dix-huit mois, il se targua d’avoir chassé environ cent cinquante mille Juifs. La Suisse, prétendument « neutre », semblait a priori une terre d’accueil ou du moins un pays de transit.

Entorses à la réalité

Parmi les fonctionnaires heurtés par la directive bernoise, le commandant de la police saint-galloise Paul-Ernst Grüninger, pour qui « la légalité ne signifie plus rien lorsqu’il s’agit de survie ». Heinrich Rothmund (Robert Hunger-Bühler), le chef de la division Police et Justice, eut vent d’irrégularités du côté de Diepoldsau. Il dépêcha sur place l’inspecteur Robert Frei (Max Simonischek), inventé pour les besoins du récit, axé principalement sur les tensions entre les autorités intervenantes, afin qu’il évaluât la situation et rédigeât un rapport détaillé. Paul-Ernst Grüninger (Stefan Kurt) n’hésita pas à antidater des visas et à tronquer les statistiques des entrées sur le sol suisse. Après l’avoir couvert, le conseiller d’État social-démocrate Valentin Keel (Helmut Förnbacher) se détourna de lui. Le responsable de l’entraide israélite locale Sidney Dreifuss (Anatole Taubman) avoua avoir contrevenu aux instructions officielles sur les injonctions du haut gradé. Les supérieurs hiérarchiques de celui-ci le suspendirent, le 31 mars 1939, puis, le licencièrent, le 12 mai 1939, avec perte de salaire rétroactive au 4 avril, pour avoir falsifié des documents et enfreint les devoirs liés à sa fonction. Le réalisateur zurichois et le scénariste bade-wurtembergeois Bernd Lange ont enquillé les entorses à la réalité. Dépeignant comme des lâches les membres du Parti social-démocrate mêlés à l’affaire, ils ont complètement occulté le rôle, pour le moins sujet à caution, de Saly Mayer, le président de la Fédération suisse des communautés israélites entre 1936 et 1943. Ils citent un total de trente mille juifs refoulés entre janvier 1940 et mai 1945, alors que la Commission Bergier [1] l’avait réduit à vingt-quatre mille cinq cents et que Serge Klarsfeld, insoupçonnable d’un quelconque négationnisme, estime qu’il n’y en a eu que trois mille… [2] L’intérêt d’« Akte Grüninger – Die Geschichte eines Grenzgängers » repose davantage sur ce qu’il omet que sur ce qu’il nous expose à l’écran.

Réhabilitation longtemps avortée

Le 7 janvier 1939, Heinrich Rothmund, [3] alarmé par le chiffre croissant de réfugiés dans le canton de Saint-Gall, convoqua Valentin Keel dans la capitale. Vingt-et-un jours plus tard, Paul-Ernst Grüninger soumit au politicien des données « épurées ». Le 27 mars 1939, le Conseil cantonal enclencha une enquête administration à l’encontre du commandant de la police. Le juge Walter Härtsch mena l’instruction, qui aboutit à la mise à pied de ce dernier. Après une première audience, le 1er octobre 1940, le Tribunal du district, présidé par le juge Joseph Willwoll, condamna, le 23 décembre suivant, Paul-Ernst Grüninger à une amende de trois cents francs, à la prise en charge de 893,05 FS des frais de justice s’élevant à 1 243,05 FS, mais surtout confirma le bien-fondé de la radiation, tout en ne lui imputant aucune intention de retirer un bénéfice personnel de ses actes de désobéissance, qui sauvèrent la vie à environ deux mille femmes, hommes et enfants. L’ex-ailier gauche du FC Brühl [4] n’interjeta point appel. Il occupa quelques emplois précaires, par exemple la gérance d’un magasin de manteaux de pluie, comme agent de la Bâloise Assurances (accident et responsabilité civile), en qualité de représentant en matériels d’imprimerie, en vendeur de tapis ou de nourriture pour porcs… Dans les années 50, il reprit son métier d’origine et enseigna dans des classes d’école primaire, à titre d’intérimaire. Il décéda le 22 février 1972, à l’âge de 80 ans. Le 20 avril 1971, le Mémorial Yad Vashem à Jérusalem l’ajouta à la longue liste des « justes parmi les Nations », [5] car il facilita « l’entrée illégale de 3600 juifs », un chiffre nettement surévalué qu’avancent ses thuriféraires. Entre 1968 et 1989, cinq tentatives de réhabilitation achoppèrent sur le veto du gouvernement saint-gallois. La parution, en octobre 1993, de l’essai du journaliste à l’hebdomadaire Die Wochenzeitung (Zurich) Stefan Keller, au titre à double sens, « Grüningers Fall », [6] « Le cas Grüninger » ou « La chute de Grüninger », entraîna de notoires oscillations du curseur.

Spécificité idéologique

Le 30 novembre 1993, l’exécutif cantonal estima que Paul-Ernst Grüninger se serait conformé à des valeurs éthiques qu’ont désormais intégrées les législations suisse et internationales. Le 13 juin 1994, le Conseil fédéral réhabilita politiquement le déchu. Le 27 novembre 1995, le Tribunal du district décida de réexaminer la procédure pénale. Le 30, il annula le verdict du 23 décembre 1940. Le 5 mai 1998, le Grand Conseil saint-gallois approuva l’octroi d’un million trois cent mille francs pour la Fondation Paul Grüninger, qui sera enregistrée le 1er décembre 1998. Ne nous leurrons pas ! La majorité des dirigeants et de la population suisses a toujours considéré le respect de « l’ordre » et la soumission à l’autorité comme des vertus cardinales. Quiconque ose écharper ces notions s’expose immanquablement à l’estampille « Nestbeschmutzer » (« souilleur de nid »). Le journaliste et documentariste Roman Brodmann (18 juin 1920 – 1er février 1990), pour qui l’ironie grinçante, régulièrement jaillie de son stylo, a constitué une « arme » redoutable, de même que Jean Ziegler ont essuyé moult horions diffamatoires. La très tardive « reconnaissance » du normalien comme bienfaiteur renvoie à cette spécificité idéologique, au désir impérieux de corriger enfin l’image désastreuse reflétant le rôle, peu glorieux, du pays pendant la Seconde guerre mondiale, et non à des doutes résultant d’une étude sérieuse de « l’affaire ». Ses recherches tous azimuts ont conduit le journaliste israélien Shraga Élam, installé à Zurich depuis trois décennies et demi, à des interrogations que d’aucun(-e)s qualifieraient de « blasphématoires », tant elles érodent le « mythe » jusqu’à la moelle : « Paul Grüninger – Héros ou policier corrompu et agent nazi ? »... Une brochure en allemand de cinquante-cinq pages, [7] intégralement disponible sur le web, synthétise ses étonnantes trouvailles et les réflexions que celles-ci lui inspirèrent.

« Propagande »

Lorsque, le 23 janvier 1998, dans le cadre des 33èmes Journées cinématographiques de Soleure, j’eus visionné le documentaire de Richard Dindo, « Grüningers Fall », en partie basé sur l’ouvrage de Stefan Keller, je n’imaginais pas que seize années plus tard mes certitudes subiraient un tel ébranlement. À l’époque, j’en étais resté à la forte impression ressentie après la lecture de « La Suisse, l’or et les morts » de Jean Ziegler. [8] En le reprenant en mains, j’ai souligné, en confrontant ses thèses, singulièrement unilatérales, à d’autres sources, x erreurs [9] et omissions. [10] Pour Shraga Élam, l’occultation volontaire des motivations de Herrn Grüninger et du contexte contrevient à un des seuls principes qui vaillent : la vérité. « L’écriture de l’histoire s’imprègne inévitablement de connaissances partielles, mais aussi de préjugés, d’émotions et de composantes non factuelles ». Il range le film d’Alain Gsponer dans la catégorie « Propagande » et s’insurge contre les recensions complaisantes dans les médias. Or, ce « symbole de l’honnête homme », que son courage civique et son amour du prochain rendraient admirable, aurait surtout servi les desseins des nationaux-socialistes au pouvoir outre-Rhin, contrariés par le bouclage des frontières. À la fin des années trente, les nazis envisageaient de se débarrasser des juifs en les contraignant à l’exil. [11] Alors que Berne et des cadres de la Fédération des communautés israélites s’opposèrent à l’entrée de migrants supplémentaires, Paul-Ernst Grüninger favorisa leur venue. Sidney Dreifuss, [12] dépeint comme généreux et noble, ne vit pas ce flux d’un bon œil. Il ne dissimula guère une certaine aversion à l’encontre des ashkénazes (provenant de l’est européen). Le 18 décembre 1938, lors d’une réunion du Comité directeur du S.I.G., [13] il tempêta contre la maréchaussée trop laxiste et l’intrusion « d’éléments indésirables ».

Efforts de sauvetage sabotés

Le 25 août 1933, le directoire de la Jewish Agency avait signé avec le ministère des Finances « l’accord Haavara » (« passage », « transfert ») selon lequel les juifs allemands qui désiraient s’implanter en Palestine pouvaient y emporter une partie de leurs biens, et un minimum de mille livres sterling. La Grande-Bretagne, qui exerçait alors son « mandat » sur le territoire, avait fixé cette exigence pour la domiciliation en tant que « capitaliste », appellation conférée à ces immigrants. Si ceux-ci ne récupérèrent qu’une portion congrue de leur patrimoine, du moins s’enracinèrent-ils sur ces « terres promises ». La conférence d’Évian (du 6 au 15 juillet 1938), initiée par le président US Franklin Delano Roosevelt pour tenter d’améliorer les conditions de départ des juifs allemands et autrichiens, se solda par un échec. L’avocat américain George Rublee et le boss de la Reichsbank Hjilmar Schacht échafaudèrent, entre le 14 et le 17 décembre 1938 à Londres, un plan quinquennal en vue de l’émigration des israélites de nationalité germanique aptes à travailler et des « apatrides ». Après le congédiement du second, George Rublee poursuivit les discussions avec Helmuth Wohlthat, secrétaire d’État au Commerce International. Le Comité intergouvernemental pour les réfugiés examina, les 12 et 13 février 1939, son mémorandum. Le projet n’aboutit à aucune mesure concrète, en raison non seulement des réticences américaines et britanniques, mais surtout de celles de la Jewish Agency. À en croire le chercheur israélien Shabtai Beit-Zvi, celle-ci sabota systématiquement les efforts de sauvetage. Il pense qu’il eût été possible de dénicher un point de chute pour l’ensemble des juifs… Les sionistes, planqués loin des contrées où se déchaînera bientôt la brutalité exterminatrice du IIIème Reich, se cabrèrent avec véhémence contre les alternatives à la « colonisation » au Proche-Orient, une menace risquant de compromettre l’édification de l’État hébreu, au mépris le plus cynique du sort de leurs frères et sœurs…

Inclinations ultra-droitières

 

C’est à l’aune des réalités, si incommodes pour les partisan(-e)s de simplifications manichéennes, qu’il convient d’analyser l’attitude de Paul-Ernst Grüninger. Stefan Keller a avoué avoir été payé pour monter le dossier en épingle. Il a sciemment négligé les textes incriminants, taxant les indices négatifs de « non fiables », de « rumeurs colportées par la police fouille-merde ». Il concéda l’existence de zones d’ombre, mais pour les minimiser. Comme chacun(-e) d’entre nous, son « héros » a une personnalité contrastée, voire complexe, et se dépatouille avec ses contradictions ! Fermez le ban ! Son travail méticuleux, y compris pour éliminer les vilaines scories susceptibles d’écorner la stature et la statue de « l’humaniste », lui a valu, en 1997, le titre de Docteur en Histoire décerné par l’université de Bâle. Prosit ! Pour son procès, le blackboulé choisit comme avocat Willi Hartmann, un militant du Schweizerischer Vaterländischer Verband, la Fédération patriotique suisse, d’extrême-droite, anticommuniste et judéophobe. Hermann Landau, qui cornaquait le bureau d’entraide de Montreux, prétendit que Saly Mayer avait dénoncé monsieur Grüninger. [14] Rien n’indique que celui-ci, délesté, contre son gré, de ses obligations professionnelles, eût manifesté une quelconque solidarité envers les infortuné(-e)s. Il frayait avec des nazis, qu’il traitait comme des « amis », le capitaine Karl Süss, chef de la douane de Lindau et employé du service d’espionnage allemands pour la Suisse, Joseph Schreieder, à la tête du commissariat gestapiste de Lindau, et Mario Karrer, leader local de la Nationale Front. Il collabora aussi avec les Allemands contre les combattants de la révolution espagnole fuyant le régime franquiste. Il aurait émargé sur le listing des adhérents du Mouvement national de la Suisse, interdit le 19 novembre 1940. Werner Stocker, le secrétaire du Parti social-démocrate, très engagé dans l’entraide aux réfugiés, l’accusa de se laisser soudoyer pour sa bienveillance…

Un « juste », cet homme adulé, qui, quarante-deux ans après son trépas, passe pour ce qu’il n’était pas ? D’authentiques courageux, nullement mus par de minables calculs combinards, tels que le vice-consul à Bregenz Ernest Prodolliet (Patrick Rapold dans le film d’Alain Gsponer), la juive orthodoxe Recha Sternbuch-Rottenberg et le susmentionné Werner Stocker, qui sauvèrent des centaines de personnes, n’eurent jamais droit à de semblables honneurs, ni de leur vivant, ni à titre posthume…

René HAMM

 

[1] Portée sur les fonds baptismaux, le 19 décembre 1996, par le Conseil fédéral et conduite par l’historien lausannois Jean-François Bergier (décédé le 29 octobre 2009), elle publia vingt-cinq monographies sur les rapports qu’avait entretenus la Confédération avec les protagonistes de la seconde guerre mondiale, en particulier l’Allemagne nazie, ainsi que sur « l’étendue de l’affaire des fonds en déshérence », en clair, la spoliation des citoyen(-ne)s de confession israélite.

[2] Dans Der Sonntag du 10 février 2013

[3] À l’occasion de la conférence annuelle réunissant les chefs des polices cantonales des étrangers, les 25 et 26 septembre 1942, dans les salons feutrés du Palace Hôtel à Montreux, il insista « sur les dangers d’une israélisation du pays », que jusqu’ici le peuple a su contenir. Pour lui, les juifs sont des « étrangers ». Il se prononça en faveur d’un « règlement militaire » de cette « situation critique »…

[4] Depuis le 20 mai 2006, le stade de ce club porte son nom. Le 6 mai 2012, fut inaugurée, sur le pont enjambant un bras mort du Rhin, reliant Diepoldsau et Hohenems, une plaque en son honneur. L’idée germa chez les Verts saint-gallois et leurs homologues du Vorarlberg

[5] Littéralement « généreux des nations du monde », expression tirée du Talmud, le fondement de la « Halakha », la loi juive. Au 1er janvier 2014, il y eut 25 271 justes émanant de 49 pays

[6] Rotpunktverlag à Zurich, 264 pages. La cinquième édition, en janvier 2014, coûte 16 euros. La version française : « Délit d’humanité » aux Éditions d’En Bas à Lausanne, janvier 1994, 18 euros. Entre octobre 1992 et janvier 1993, il publia dans la Wochenzeitung une série en onze épisodes dont la mouture étoffée donna lieu au livre

[7] Décembre 2003 chez Pro Libertate à Berne

[8] Au Seuil, mars 1997, 324 pages, 120 F. Le format poche dans la collection « Points », sorti en octobre 2008, coûte 9,50 euros

[9] Par exemple la condamnation du capitaine « à l’automne 1940 », alors qu’elle fut prononcée le 23 décembre 1940, un descriptif tronqué, enjolivé, des missions effectuées par la Fédération suisse des communautés israélites ou « des dizaines de milliers de juifs persécutés qui ont demandé en vain le droit d’asile… »…

[10] Dont un aspect aussi scabreux que non anodin : la coupable coresponsabilité du Congrès juif mondial et des organisations confessionnelles dans le massacre à l’échelle « industrielle » de six millions de coreligionnaires. Le 20 janvier 1942, dans la villa Marlier à Wannsee, un quartier huppé au sud-ouest de Berlin, Reinhard Heydrich, Adolf Eichmann, Roland Freisler et douze autres dignitaires proches du Führer, arrêtèrent les « modalités techniques, administratives et économiques » de la « solution finale » visant onze millions de juifs. Dans le documentaire « Nachrichten aus dem Untergrund » d’Andreas Hoessli, à l’affiche, les 22 et 23 janvier 1998, des 33èmes Journées soleuroises, Gerhart Riegner (12 septembre 1911 – 3 décembre 2001), à la tête du bureau genevois du C.J.M., conclut son poignant témoignage par ces mots terribles : « On ne m’a pas cru ! ». Il collecta des informations quant aux massacres de masse en préparation. Le 8 août 1942, il expédia au rabbin Stephen Wise à New-York et au parlementaire britannique Samuel Sydney Silverman un télégramme des plus alarmants. Il le câbla aussi à la légation britannique à Berne, au consulat américain à Genève et au Comité international de la Croix-Rouge, lequel confirma la validité du renseignement. Aucun des destinataires n’y discerna matière à mobilisation…

[11] Le « Manuel d’histoire critique » publié en septembre 2014 (179 pages, 11,95 euros) par Le Monde diplomatique, évoque très subrepticement, page 79, une « expulsion » vers Madagascar, un « regroupement » en Pologne, une « réserve » en Sibérie. Une déportation au Kénya ou en Ouganda fut également envisagée. Évidemment, les intrigues et blocages fatals des instances israélites sont complètement passés sous silence. Pourtant, dans son éditorial, Serge Halimi annonce : « Aucun dogme, aucun interdit, pas de tabous »

[12] Le père de Ruth Dreifuss, conseillère fédérale (Département de l’Intérieur) entre le 1er avril 1993 et le 31 décembre 2002. Le 9 décembre 1999, elle devint la première femme à occuper le poste de présidente de la Confédération, qui revient, pour douze mois, à un des sept membres du collège gouvernemental

[13] Schweizerischer Israelitischer Gemeindebund

[14] Dans un courrier au magazine du Tages-Anzeiger en date du 1er décembre 1984


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Tours - Une esplanade des Justes au pied du château

samedi 8 novembre 2014

Du 05/11/2014

 

 

 

 

Au pied du château de Tours, l'esplanade des Justes sera inaugurée jeudi. L’ambassadeur d’Israël en France inaugurera jeudi l’esplanade des Justes parmi les Nations, au pied du château de Tours.

Cela fait plusieurs années déjà que l'idée trottait dans la tête de François Guguenheim, ancien président de la communauté juive de Tours et actuel vice-président du Comité français pour Yad Vashem (*) : donner le nom des Justes parmi les Nations à une place de la ville. Du nom de ces Français, qui, pendant la guerre, ont risqué leur vie pour cacher des juifs.

C'est en décembre 2013 que la municipalité de Jean Germain proposait l'esplanade qui se trouve au pied du château, une esplanade qui ne portait pas de nom. « Dans la mesure où je voulais que l'endroit soit suffisamment central pour qu'il ait un rôle pédagogique, j'ai tout de suite accepté », s'enthousiasme François Guguenheim.
Restait alors à régler un autre problème : le rapatriement de la stèle érigée dans la cour de la synagogue. Une stèle signée du maître-verrier tourangeau Jean-François Wiart qui porte déjà le nom des quarante Tourangeaux nommés parmi les Justes de la Nation. « Le président de la communauté juive, Paul Lévy, a accepté de déplacer cette stèle au pied du château, ce qui donnera un vrai sens à notre démarche », conclut le représentant de Yad Vashem.
L'inauguration du site aura jeudi matin à 11 h, en présence de Yossi Gal, ambassadeur d'Israël en France, de François Guguenheim, de Serge Babary, maire de Tours, et du préfet Jean-François Delage. « Nous saluons la démarche de la ville de Tours, insiste François Guguenheim, elle va pouvoir adhérer au réseau des villes et villages des Justes parmi les Nations. »
Outre les discours qui marqueront l'évènement, une chorale de Saint-Cyr-sur-Loire viendra notamment entonner « Le Chant des partisans », tandis qu'une collégienne d'Esvres, qui a visité le camp d'Auschwitz, lira un poème. « Pour marquer la dimension pédagogique de cet évènement, précise François Guguenheim, nous avons invité tous les collèges et lycées du département. »

(*) Mémorial construit à Jérusalem en mémoire des victimes juives de la Shoah.

J.BZ

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Toulouse - Pierre Thomas : «être un juste, c'est une fierté»

samedi 8 novembre 2014

Du 05/11/2014

 

 

 

 

Pierre Thomas a caché des résistants et des Juifs dans l'hôtel particulier familial./ Photo DDM Nathalie Saint Affre Pierre Thomas est un médecin toulousain à la retraite. Il est un «Juste parmi les nations» pour avoir sauvé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Un hommage lui est consacré, ainsi qu'à d'autres médecins «Justes», ce jeudi à Paris.

Pierre Thomas avait 22 ans quand le régime de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain, a été mis en place en France. Cet étudiant en médecine vivait alors au 22 de la rue Croix-Baragnon à Toulouse, chez ses grands-parents. Il a fait des recoins de cet hôtel particulier un refuge pour toutes les personnes recherchées par la police et la milice de la collaboration. Pour cette résistance contre la délation et les déportations, il a été nommé «Juste parmi les nations» par l'état d'Israël en août 2010. à ce titre, il sera jeudi à Paris. Rencontre avec un homme de 96 ans qui a «mis le voile sur cette période» dont il n'aime pas beaucoup parler.

Comment entrez-vous en résistance en 1940 ?

L'état français était dans la collaboration avec le nazisme et ça, je ne l'approuvais pas. Nous, on savait ce qui se passait en Allemagne, ce qu'était le nazisme, mais beaucoup ne voulaient pas savoir. Beaucoup de Français étaient pétainistes. Des amis étudiants, Jean Gaches et Georges Oved, ont commencé à écrire le journal «Vive la liberté». Ils ont été condamnés à 10 ans de travaux forcés pour atteinte à la sûreté de l'état. Je les ai aidés à sortir de prison.

Comment avez-vous participé à la Résistance ?

J'ai fait des fausses pièces d'identité. C'était relativement facile. J'accueillais aussi, dans la maison où je vis toujours, des jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire, des Juifs poursuivis et traqués. Ils logeaient dans des mansardes, dans la cave, partout en fait. Il y a eu Alfred Leder, arrêté rue des Filatiers, qui s'est échappé et est venu directement chez moi. Puis, Boris Frenkel des Francs-tireurs et Partisans que j'ai hébergé en 1943. Il a tué un colonel allemand rue Bayard, en représailles de l'exécution de Marcel Langer. Un mois plus tard, il a tué un chef de la Milice, Louis Mas. J'ai alors été convoqué au commissariat. Grâce à la complicité d'un commissaire de police proche de la Résistance, j'ai été relâché. Le lendemain, les policiers ont perquisitionné la maison de mes grands-parents, mais ils n'y ont rien trouvé.

Comment toutes ces personnes savaient qu'ils pouvaient trouver refuge chez vous ?

ça se faisait par le bouche-à-oreille. On se rencontrait dans la rue ou ailleurs. Chacun se débrouillait de son côté. Mais on avait constamment peur d'être dénoncés. On n'était jamais tranquilles.

Que pensez-vous de votre titre de «Juste parmi les nations» ?

être un «Juste», c'est une fierté. C'est la plus haute décoration décernée par Israël à des étrangers qui ont aidé des Juifs. Mais, parfois, je me demande si Israël n'a pas mieux à faire. J'ai été au Liban pendant la guerre en 1981 pour Médecins sans frontières. Et j'ai vu le sort des réfugiés palestiniens dans les camps. Mais je ne veux pas politiser tout ça.

Alexandre Guérin

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Lyon - Trois soeurs de Voiron "Justes parmi les nations" au mémorial de Montluc

lundi 3 novembre 2014

Du 02/11/2014

 

© Sylvie Cozzolino, F3RAA Etant toutes les trois décédées, c'est Pierre Ailloud (à gauche) petit- fils de Marie Charreton qui a reçu la médaille de Yad Vashem. Ici avec Camille Wagner (à droite) enfant caché par Marie.

 

 

 

 

Ce matin, plus de 70 ans après, une famille de l'Isère, va recevoir officiellement à titre posthume la médaille des Justes parmi les Nations. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Marie Charreton et ses deux sœurs, aujourd'hui décédées, ont caché chez elles une famille juive originaire de Dijon.

La démarche, c'est Camille Wagner, aujourd'hui âgé de 77 ans, qui en est à l'origine. Il souhaitait que le Comité Yad Vashem leur rende l'hommage qu'elle méritaient. Et c'est donc ce matin au mémorial de Montluc (Lyon) que Marie Charreton et ses sœurs,  anciennes institutrices et directrice d’école, sont honorées.

Camille, l'ancien commerçant dijonnais, était un enfant pendant la guerre. Le 14 juin 1940 à l’approche des troupes allemandes, les Wagner quittent Dijon en voiture et partent d’abord vers Pau et ensuite à Toulouse. Finalement ils s’installent à Villeurbanne dans la banlieue de Lyon où ils vont vivre pendant deux ans.

Trois ans d'errance pour la famille

Léon, le père, est arrêté par la police mais réussit à s’évader après quelques jours, la famille se réfugie alors chez des amis, juifs eux aussi. Au printemps 1943, les Wagner arrivent à Coublevie par Voiron dans l’Isère chez Madame Charreton. Les sœurs Charreton les accueillent, en sachant le danger qu'elles courent.

Camille explique : "Nous avons prévenu Madame Charreton que nous étions israélites et cette dame est devenue ma mémé. L'une de ses soeurs m'a fait rentrer à l'école Saint-Joseph, à Voiron, en me disant : tu ne dis à personne que tu es juif". Ginette, la fille, est elle inscrite au Collège de jeunes filles de Voiron. Elle y est interne, mais pendant les vacances elle rejoint sa famille chez Madame Charreton.

Pour Camille, le fils, des années d'insouciance

Là, Camille Wagner se fait, dans l'insouciance la plus totale, des dizaines d'amis. S'il se souvient de s'être caché une après-midi en ne voyant que les bottes d'un officier allemand venu poser des questions à Marie Charreton, pour lui, la guerre ce sont au final plutôt des "bons souvenirs".

« Mémé Charreton » et ses deux sœurs ont hébergé la famille Wagner jusqu’à la Libération. Elles les aidaient à se cacher derrière du matériel agricole ou dans le bois à côté de la maison quand les Allemands faisaient des rafles dans le village. Après la Libération la famille Wagner a gardé des relations avec Marie Charreton et ses soeurs.

Le 16 octobre 2013, l’Institut Yad Vashem Jérusalem a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Madame Marie Charreton, Louise Drevon et Joséphine Drevon. La cérémonie officielle se déroule ce matin à 11h au Mémorial de Montluc.

C.Conxicoeur/S.Loeb/S.Cozzolino

 

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Les Justes et tous les résistants sans arme de Dieulefit ont désormais leur mémorial

samedi 1 novembre 2014

Du 31/10/2014

 

 

 

 

 

 

 

Le Mémorial à la résistance civile de Dieulefit dans la Drôme Nathalie Rodrigues © Radio France

Le village de Dieulefit, qui compte neuf Justes parmi les Nations et qui a accueilli de nombreux réfugiés pendant la Seconde Guerre Mondiale, a inauguré ce vendredi un Mémorial à la résistance civile.

Ce Mémorial à la résistance civile est installé dans le parc de la Baume, au coeur du village. Il se compose d'un muret de 3 mètres de haut, construit en demi-cercle, comme un cocon, un refuge. En son centre se trouve une colonne en marbre italien, surmontée de deux visages d'enfants qui symbolisent l'avenir, l'espoir et portent le souvenir de tous les habitants du pays de Dieulefit. Sur la colonne, on peut également lire la phrase: "Dieulefit, où nul n'est étranger", formule du poète résistant Pierre Emmanuel.

L'oeuvre est signée Ivan Theimer. L'artiste a dû lui même quitter son pays, la Tchécoslovaquie, en 1968, devant les chars russes. Il a trouvé refuge dans un village voisin de Dieulefit, le Poet Laval.

Avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale, Dieulefit a accueilli de nombreux réfugiés: des Italiens, des Espagnols, qui fuyaient le fascisme, le franquisme; des Mosellans, des Alsaciens qui quittaient leur région face à l'avancée nazie. Des artistes trouvent également refuge dans le canton, et des Juifs bien sûr. En moyenne annuelle, la population du canton a protégé 1400 réfugiés de 1940 et 1944. Pas un seul n'a été torturé, arrêté, ou déporté.

Nathalie Rodrigues

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