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Les bonnes feuilles du livre de Jean-François Copé

mardi 24 avril 2012

Copé, une histoire particulière Dans ce passage, Jean-François Copé évoque sa famille.

Comme beaucoup de familles françaises, la mienne, du côté de mon père, a vénéré le général de Gaulle. Il est quelques enfants, nés comme moi dans les années 1960, qui ont entendu de leurs parents, le soir avant de s'endormir, d'autres histoires que celle de Blanche-Neige ou du Petit Chaperon rouge... 

Mon père, qui avait 10 ans en 1940, m'a mille fois raconté "sa" guerre. Celle d'un petit garçon juif né en France d'un père médecin roumain naturalisé français dans les années 1920. Avec le même regard d'enfant, il m'a conté par le menu la tragédie de l'exode, notre pays à terre. Puis le souvenir de De Gaulle et de la Résistance naissante. Il m'a décrit le franchissement clandestin de la ligne de démarcation. Puis la fuite éperdue avec ses parents et sa petite sœur à travers la France pour échapper aux appels téléphoniques anonymes, aux humiliations antisémites et aux interpellations de la police de Vichy.  

Il m'a raconté la rafle d'Aubusson, en octobre 1943. Les camions de SS qui prennent position dans le centre-ville et encerclent le quartier, un beau matin. Des parents qui empoignent leurs deux enfants, s'engouffrent dans un immeuble et, paniqués, frappent au hasard à la porte du troisième étage. Il m'a décrit les visages impassibles de M. et Mme Léon Lefranc, tapissiers de leur état. Des Français simples et droits. Des justes. Qui, sans hésiter un instant, au péril de leur propre vie, ont ouvert leur porte pour cacher une famille française et la sauver de la mort. La famille Copé. 

Il m'a parlé des nazis qui frappent à leur tour à la porte du troisième étage. Et qui reçoivent un accueil tellement calme qu'ils n'entrent pas dans l'appartement. Et dans la pièce attenante, les cœurs de ma famille qui palpitent. Vingt minutes. Peut-être trente. A entendre les bruits de bottes et les hurlements. Bien assez pour faire basculer les destins. Aujourd'hui encore, et pour toujours, la famille Copé et la famille Léon Lefranc sont indissolublement liées. 

Quelques jours après, ma famille s'est réfugiée dans une ferme de la Creuse, à Moutier-Rozeille, chez les Bouchardy, dont mon grand-père soignait l'un des enfants. Puis est venu l'engagement dans la Résistance gaulliste et, enfin, la Libération. 

Bouleversante histoire, racontée en quelques mots. Juste pour dire très simplement qu'elle a nourri beaucoup de mes nuits d'enfant et de mes réflexions d'adolescent. Qu'elle explique mon amour de la France. Et qu'elle fonde une part essentielle de mon engagement. Il est pour moi une façon de rendre à mon pays ce que je lui dois. 

 [...] Lorsque l'on a 10 ans et que l'on rêve de servir son pays, quel modèle plus enthousiasmant que celui de Charles de Gaulle, un officier précurseur qui voit juste avant tout le monde en matière de stratégie militaire ? Que celui d'un colonel courageux qui freine l'invasion allemande à Abbeville quand la débandade menace en mai 1940 ? Que celui d'un général "à titre temporaire", condamné à mort par contumace, qui relève l'honneur de la France en appelant à continuer la guerre quand la lâcheté triomphe ? Que celui d'un homme libre menant au combat d'autres hommes libres pour sauver son pays d'une défaite morale, pire que toutes les défaites militaires ? Que celui d'un sage capable de faire respecter son pays à la table des vainqueurs et d'incarner légitimement l'intérêt de la Nation sans accaparer tous les pouvoirs ? Que celui d'un chef d'État toujours engagé pour faire avancer la France, en bravant la médiocrité, en brisant les féodalités, en ouvrant de nouvelles perspectives ? Que celui d'un fils de France, viscéralement attaché à sa culture, à son histoire, à sa langue et qui a fait de ses racines un tremplin pour accéder à l'universel ? 

[...] A la source de ma vocation politique, il y a le modèle de ces femmes et de ces hommes qui, dans l'Histoire de notre pays, ont pris le risque de s'engager. Aux côtés des grandes figures de la Résistance, de Bonaparte et de Bossuet, bien sûr, qui savait garder sa liberté pour dire sa vérité aux puissants, le général de Gaulle figure à la toute première place dans ce panthéon personnel. 

La passion qui m'anime aujourd'hui ne serait pas la même sans la certitude que me donne son exemple, la certitude que tout engagement n'est pas vain. Qu'un homme peut agir sur le destin de son pays. Que l'action publique a un sens et peut porter du fruit. Les cyniques ricaneront sans doute. "Trop naïf", penseront-ils ? Il est de bon ton de dire que le passé est le passé et qu'il ne sert à rien de s'y référer ; que la politique, c'est la gestion des affaires courantes, point final. Peu importe, j'assume cette part de ma personnalité, cette envie de servir que j'ai au plus profond de moi.   

source: L'Express.fr - Extraits du livre de Jean François Copé

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Mère Irène de Jésus, née Gabrielle Douillard, distinguée Juste parmi les Nations

vendredi 20 avril 2012

Ziv Nevo Kuman et Mme Wolgroth Dimanche 5 février 2012 à Chavagnes-en-Paillers

Une commune de Justes

Chavagnes-en-Paillers a sauvé pendant l’Occupation des  dizaines d’enfants juifs. Cette petite commune de la Vendée connaît donc bien Yad Vashem qui a déjà distingué comme « Justes parmi les Nations » quatre de ses habitants, parmi les familles qui ont accueilli et caché des enfants juifs. A l’initiative de certains de ces enfants sauvés, une plaque commémorative  été apposée en 1999, place de la Mairie, en l’honneur « des habitants de Chavagnes-en-Paillers et de ses villages qui ont eu le courage d’accueillir et de protéger, de 1941 à 1944, des enfants en danger de mort parce que nés Juifs». Pour souligner cet hommage perpétuel à ces femmes et hommes d’humanité et de courage, la municipalité a renommé la « Place de la Mairie» en « Place des Justes ».

Aujourd’hui, Mère Irène de Jésus, religieuse de l’une des nombreuses congrégations catholiques de Chavagnes-en-Paillers, va être distinguée Juste parmi les Nations, à titre posthume. Elle a commencé sa vie de religieuse à Chavagnes-en-Paillers et c’est là qu’elle y a passé sa retraite et ses derniers jours (1984).

Son action

Gabrielle Douillard est entrée dans la Congrégation des Ursulines de Jésus à Chavagnes-en-Paillers, en 1921, sous le nom de Sœur Irène de Jésus. Elle se consacre à l’Education, et enseigne d’abord dans sa région. En 1942, elle se voit confier la direction de l’Institution Ste Marie, à la fois couvent et pensionnat, à Cannes. Elle devient Mère Irène de Jésus.  C’est là qu’en 1943, à la demande de Mgr Rémond, Evêque de Nice (lui-même, depuis, reconnu Juste parmi les Nations), elle accepte spontanément d’ouvrir le pensionnat à plusieurs jeunes filles juives, afin de les soustraire à la traque des Nazis et du Régime de Vichy. Un geste d’autant plus courageux que le bâtiment qui fait face à l’Institution, de l’autre côté de la rue, a été réquisitionné par la Gestapo.

Mère Irène de Jésus organise la protection de ces jeunes filles juives. Dès leur arrivée, elles sont fondues dans cet environnement catholique : elles reçoivent un nouveau nom, sont intégrées dans les classes et suivent tous les cours, y compris le catéchisme. Pour ne pas éveiller l’étonnement des autres pensionnaires, elles vont à la messe le dimanche. Mère Irène de Jésus parvient à leur procurer de fausses cartes d’alimentation, prévoit des caches sous l’estrade en cas d’inspection.

Dans ce pensionnat, une dizaine de jeunes Juives sont ainsi abritées. Parmi elles, Marion Rousso,  et sa mère Hélène Petruschka qui va donner des cours d’allemand auprès des pensionnaires. Par sécurité, leur faux nom ne laisse pas deviner leur lien de parenté, gardé secret entre les religieuses. Elles seront cachées là jusqu’à la fin de la guerre.

La demande de reconnaissance

Après la guerre, Marion et Hélène sont retournées à Paris. Le père de Marion, arrêté dès 1942 et déporté, n’est pas revenu des camps d’extermination. La vie « normale » a repris ses droits. Marion s’est mariée, a fondé une famille, et n’a pas parlé de Cannes à sa fille Renée. Pendant des années. Mais en janvier 2007, regardant avec émotion l’hommage que Jacques Chirac, au Panthéon, rendait aux Justes parmi les Nations, elle a souhaité, elle aussi, prouver officiellement sa reconnaissance envers Mère Irène de Jésus.

Elle a enfin libéré ses souvenirs et s’est confiée, des heures et des heures, à sa fille Renée. Et avec sa fille, elle a commencé la constitution du dossier de reconnaissance pour Yad Vashem, au presque terme de sa vie sur terre. C’est Renée qui a finalisé ce dossier, seule, pour sa mère et sa grand-mère.

Le 5 février 2012

A Chavagnes-en-Paillers, la cérémonie est préparée depuis plusieurs semaines, avec enthousiasme par la municipalité et les religieuses. De très nombreuses personnes sont attendues ; mais la neige  joue les trouble-fêtes, rend les routes difficiles et retarde, voire fait annuler, les trains… certains Angevins et Parisiens ne pourront venir.

 La famille  de Mère Irène de Jésus a émis le souhait de donner la médaille de Juste parmi les Nations à la congrégation de leur parente. Sœur Marie-Hélène Martin, qui représente cette congrégation dans la préparation de la cérémonie, a proposé, avec enthousiasme, d’accueillir, avec le concours de M. le Maire de Chavagnes-en-Paillers, cette cérémonie dans ses murs. La coordination entre la municipalité, la congrégation et la déléguée Yad Vashem fut remarquable, ainsi qu’avec les enfants de la commune, écoliers et collégiens, qui ont également souhaité participer.

 

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