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Pierre et Louise Rey, Justes parmi les Nations

lundi 26 juillet 2010

 

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Le public en la Mairie de Nègrepelisse. A dr. : Jacqueline Gourevitch, enfant cachée (Ph. C. Gordon/BCFYV/DR).

Cérémonie à Nègrepelisse pour deux fermiers de Lavergne ayant sauvé la petite Jacqueline Gourevitch

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Pierre Alfred et Louise Marie Rey étaient fermiers à Lavergne, lieu situé à quatre km de Nègrepelisse. De juin 1942 au printemps 1945, ils prirent sous leur chaleureuse protection la petite Jacqueline Gourevitch. Celle-ci n’avait pas plus de trois ans quand elle fut ainsi mise à l’abri de la Shoah grâce aux Rey.

Pierre Alfred et Louise Marie se réclamaient tous deux de la religion protestante. Leur famille comptait non moins de quatre enfants en 1942 :
- Alice, 21 ans,
- Arlette, 20 ans,
- Denis, 16 ans et
- Maurice, 8 ans.

Leur généreuse hospitalité, malgré les dangers multipliés par l’occupant et ses collaborateurs, les Rey l’offrirent d’abord à un neveu ayant eu le courage de s’évader d’Allemagne. Puis Jacqueline, juive persécutée, arriva à Lavergne. Aussitôt intégrée et entourée. Alice, en aînée responsable, veille à son éducation et lui apprend à lire ainsi qu’à écrire.

La région n’est pas de tout repos. Les Allemands fouillent la ferme à deux reprises. Les Rey font passer Jacqueline pour une petite cousine venue respirer le bon air des campagnes…

Au printemps 1945, les horreurs de la guerre s’éloignent et les parents de Jacqueline viennent à Lavergne pour retrouver leur enfant. Celle-ci appelait alors son sauveur : « Papa Alfred » et l’épouse de ce dernier : « Maman Louise »…"

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Les époux Rey, Justes parmi les Nations (BCFYV/DR).

Compte-rendu de la cérémonie par Albert Seifer, Délégué du Comité français pour Yad Vashem :

- "L’après-midi du 4 juillet à 15h30, nous nous retrouvions dans la mairie de Nègrepelisse pleine à craquer, pour assister à la cérémonie honorant à titre posthume Pierre Alfred et Louise Marie Rey qui cachèrent dans leur ferme de Lavergne la petite Jacqueline Gourevitch ( future Mme Lerfel ) alors âgée de 3 ans, de 1942 à 1945.
Le couple Rey, des protestants simples et généreux, avait 4 enfants : Alice 21 ans, Arlette 20 ans, Denis 16 ans et Maurice 8 ans.

Dans son discours d’accueil Mr Maurice Correcher, maire-adjoint rappela avec beaucoup d’émotion, comment sa tante Joséphine Correcher, épouse Costa cacha dans une huche à pain une fillette du Moulin de Moissac lors d’une perquisition des Allemands, et lui sauva ainsi la vie.

Puis le Dr Albert Seifer délégué régional du comité français pour Yad Vashem exposa à l’assistance ce qu’est Yad Vashem et rappela la fameuse lettre de Mgr Jules-Géraud Saliège archevêque de Toulouse sur la personne humaine qui fut lue dans toutes les églises du diocèse les dimanches 23 et 30 Août 1942.

Albert Seifer souligna l’action courageuse de Marie-Rose Geneste, au service de Mgr Théas archevêque de Montauban, laquelle parcourait 100 km par jour sur sa bicyclette bleue, exposée à Yad Vashem, pour distribuer dans toutes les églises du diocèse la lettre de Mgr Théas proche de celle de Mgr Saliège :
« Marie-Rose Geneste, Juste parmi les Nations, est très âgée et malade. J’ai eu l’honneur de la féliciter en décembre 1991 lors du « Colloque sur les camps d’internement dans le Sud-Ouest de la France » organisé à Montauban par le Recteur Philippe Joutard. »

Mr le sénateur Collin fit un très beau discours mettant l’accent sur le courage et l’humanisme de la famille Rey.

Mr Fabien Sudry, Préfet du Tarn-et-Garonne lui succéda dont le discours fut également de très bonne qualité qui rendit hommage à la valeureuse famille Rey.

Après les remerciements émus de Maurice Rey, fils des récipiendaires, Mme Jacqueline Gourevitch-Lerfel exprima sa profonde reconnaissance envers cette famille méritante."

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Jacqueline Gourevitch, enfant cachée chez les Rey et prononçant son discours de remerciements lors de la cérémonie de Nègrepelisse (Mont. BCFYV/DR).

Jacqueline Gourevitch :

- "Quelle belle récompense justement méritée par cette famille qui m'a recueillie durant trois ans.
Durant cette période noire, où nous avons eu la visite de la Gestapo, j'étais choyée et je n'ai que des bons souvenirs à la ferme de Lavergne. Je me sentais en sécurité et je les appelais papa Alfred et maman Louise.
Un grand merci à tous sans oublier Denise et Arlette.
J'ai souhaité que leur nom soit inscrit sur le Mémorial Yad Vashem en Israël car leur courage restera à jamais gravé dans ma mémoire."

Fabien Sudry, Préfet du Tarn-et-Garonne :

- "Il est important d'entretenir le devoir de mémoire…
La famille Rey a fait preuve d'un grand sens des valeurs, de solidarité et de partage. Cet acte d'humanisme doit être un modèle. Il est important que les jeunes générations participent à de telles cérémonies pour retransmettre ces moments de notre histoire."

NOTE :

Notre gratitude à Albert Seifer, Délégué régional, pour ses apports à la rédaction de cette page

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Cérémonie de reconnaissance de l'Archevêque d'Albi, Castres et Lavaur sous l'occupation

lundi 26 juillet 2010

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Mgr Moussaron (BCFYV/DR).

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Cérémonie de reconnaissance
de l'Archevêque d’Albi, Castres et Lavaur
sous l'occupation

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Compte-rendu d'Albert Seifer, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem :

- "Dimanche 4 Juillet 2010 à 11h , dans la salle des Etats Albigeois de l’Hôtel de Ville eut lieu la cérémonie de remise de la médaille des Justes, à titre posthume, en présence de Philippe Bonnecarrère, maire d’Albi, de Shmuel Sivan Consul d’Israël à Marseille et du Dr Albert Seifer, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem. En l’absence de membre de la famille de Mgr Moussaron, l’honneur échut à Mgr Carré, archevêque d’Albi, de recevoir la médaille des Justes et le diplôme d’honneur décernés à son courageux prédécesseur.

Comme à son habitude, Mr Bonnecarrère fit un très beau discours, sans aucune note, rappelant le contexte dangereux de cette époque sombre de notre histoire.

Puis le Dr Albert Seifer exposa à l’assistance ce qu’est Yad Vashem, rappela les rafles du Vél d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, celles « de la zone libre » du 26 Août 1942 et raconta comment il fut caché et sauvé ainsi que 82 enfants juifs dans le couvent de N.D de Massip à Capdenac grâce à Mgr Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, Compagnon de la Libération et futur cardinal, et à son réseau.

Shmuel Sivan, consul d’Israël à Marseille exposa le rôle salvateur des Justes en France qui contribua à épargner la vie des ¾ des juifs de France. Le Dr Albert Seifer rappela de quelle façon grâce à l’intervention de sœur Marie Suzanne (Simone Bondurand, Juste parmi les nations) Mgr Moussaron plaça chaque membre de la famille Zenatti dans quatre couvents différents (trois dans le Tarn et le quatrième à Perpignan).

Puis ce fut la remise de la médaille des Justes et le diplôme d’honneur de Mgr Moussaron, à titre posthume, mais dont le portrait était bien présent sur l’estrade et reflétait la bonté, à son successeur actuel Mgr Carré dont le prochain ministère se situera à Montpellier.

Mme Dreyfus née Haas (une famille très honorable d’Albi) témoigna avec émotion et raconta comment elle fut reçue régulièrement à la table de Mgr Moussaron le dimanche, alors qu’elle était interne au collège de Réalmont."

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Père Mathieu :

- "Trois raisons ont été majeures pour l’obtention de cette médaille : en 1er, à la suite du Cardinal Saliège et de Mgr Théas, la protestation face à l’arrestation et à la déportation des Juifs qui étaient faites au mépris de tout respect de l’humain, souvent en séparant les familles. En second, son action pour que les écoles qui avaient un internat, les collèges et les lycées catholiques, les couvents et les monastères accueillent les juifs (16 lieux). Troisièmement, son arrestation par la Gestapo en 1944 et son internement à la Prison Saint-Michel de Toulouse."
(Eglise catholique dans le Tarn).
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Instantané de la Cérémonie.
De g. à dr. : P. Mathieu; Shmuel Sivan Consul d’Israël à Marseille; Mgr Carré, archevêque d’Albi; Albert Seifer, Délégué du Comité Français pour Yad Vashem (Ph. C. Gordon/BCFYV/DR).

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Charles Le Bourgeois :

- "C'est une justice à lui rendre que de lui remettre cette médaille, même si les récompenses sur terre ne sont pas équivalentes à celles du ciel », commente Claude Zenatti, un ancien réfugié qui explique « avoir été protégé » pendant la guerre par Mgr Moussaron. Lequel était considéré comme partisan du maréchal Pétain, du fait du respect qu’il avait du pouvoir en place. Mais sans jamais collaborer."
(La Croix, 1 juillet 2010).

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Lettre de Jean Joseph, Archevêque d’Albi, Castres et Lavaur :

- "Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis de vous dire plus tôt la peine que nous ont causées les mesures de déportation prises récemment contre les Israélites réfugiés en France.
Si dans notre département elles ont été appliquées avec autant de correction et délicatesse qu’il est possible d’en mettre en pareil cas, sur bien des points du territoire on a vu se dérouler des scènes très douloureuses. Des femmes ont été séparées de leurs maris, des enfants de leurs parents. La religion et l’humanité ne peuvent que protester contre cette violation des droits sacrés de la personne humaine et de la famille et cette méconnaissance de la loi divine de la charité.
Et que personne ne voit dans notre parole une atteinte portée au loyalisme que nous devons au Gouvernement et que nous n’avons cessé de recommander. Le Gouvernement n‘est pas en cause. Loin d’avoir pris l’initiative de ces mesures aussi contraires à la tradition française qu’à l’esprit chrétien, il les a subies comme une conséquence de la défaite. Au surplus, c’est servir son œuvre de redressement que d’affirmer, à l’heure où des catholiques même risqueraient de les oublier, les principes qui sont inscrits dans l’Évangile, que l’Église a toujours défendus et sans lesquels il n‘est pas de vraie civilisation. Prions Dieu, nos très chers frères, d’accorder bientôt à la France et au monde des jours meilleurs où les hommes, quels que soient leur race et leur pays, sauront se reconnaître et se traiter comme des frères.
(20 septembre 1942).

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Louis et Jeanne Felten Justes parmi les Nations

jeudi 22 juillet 2010

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Une du quotidien "Le Pays" (DR).

Cérémonie de reconnaissance
à Chagey

Le 8 juillet, la Médaille et le Diplôme de Justes parmi les Nations ont été remis à titre posthume à Louis et à Jeanne Felten. Leur fille, Jeannine Sainsimon-Felten les a reçus des mains de Gilbert Roos, Consul d'Israël à Strasbourg. A l'invitation du Maire, Josette Loch ainsi que du Délégué du Comité Français pour Yad Vashem, Didier Cerf, cette cérémonie eut pour cadre la salle Georges Brassens à Chagey.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Dès leur naissance, les destins d’Yvan Rueff et de Louis Felten vont se lier. Tous deux naissent à Guebwiller (Haut-Rhin). Le premier appartient à une communauté juive de vieille implantation, il est né en 1906. Le second vit le jour en 1913.

Avec la crise des années 30, le travail devient rare. Louis et Jeanne, son épouse originaire de Soultz, quittent le Haut-Rhin pour le Doubs. Les forges d’Audincourt engagent encore. Louis y trouve un emploi et le couple s’installe à Héricourt.

Motivé par leur exemple, Yvan Rueff propose à son épouse, Maria, une jeune catholique de Wasserbourg, de suivre le même itinéraire. Tous deux sont engagés chez Peugeot et habitent désormais à Héricourt.

La famille Felten s’agrandit en 1937 avec la naissance de Jeannine qui sera suivie de Raymond en 1940 (avec pour marraine Maria Rueff) et de Daniel en 1942.

Le père de famille décide de changer du tout au tout son orientation professionnelle et d’entrer dans la police. Après l’école de Plombières-les-Dijon, Louis est d’abord attaché au commissariat d’Audincourt puis à celui d’Héricourt.
Les Felten aménagent donc dans cette commune de la Haute-Saône en 1943.

Alors que sévit la persécution des juifs, et pour en préserver Yvan Rueff, le couple Felten lui offre de l’abriter. Pour les voisins et les curieux éventuels, voire les personnes malveillantes, Yvan sera présenté comme étant un cousin. S’il est ainsi sauvé, son épouse Maria est mise derrière les barbelés de Drancy. Heureusement pour elle, elle prouve qu’elle n’est pas juive et même catholique. Les autorités occupantes la remettent en liberté…

En août 1944, Yvan Rueff sort de l’ombre. Il rejoint le maquis du Lomont.

Quant à Louis Felten dont la patriotisme est sans faille et qui avertit notamment des juifs d’arrestations programmées, il se trouve mis en état d’arrestation le 11 septembre 1944. Interné à Heilbronn, il retrouvera la liberté le 1er mai 1945."

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Louis Felten, policier à Héricourt (Photo prise en 1955/Le Pays/DR).

- "Ses mérites seront reconnus qui lui vaudront la Croix de guerre, la Médaille militaire, la Croix du combattant volontaire de la résistance, la Médaille de la déportation et la Légion d'honneur. Il restera attaché au commissariat d’Héricourt jusqu’à sa retraite en 1968."

Claude Raymond :

- "Prenant tous les risques, Jeanne et Louis Felten avaient recueilli chez eux, à Héricourt, Yvan Ruell réfractaire au STO israélite, du 5 février au 28 août 1944. Ces huit mois ont sauvé la vie d'un homme traqué dont les parents belfortains ont été raflés par la police française du régime collaborationniste de Vichy pour être envoyés à Dachau.
(...) Louis Felten participe de façon active à divers coups de main, réception de parachutages, transports d'armes et de blessés, sabotages à l'explosif. Il fournit de faux papiers aux fugitifs. Mais surtout sa parfaite connaissance de la langue allemande lui permet de renseigner avec efficacité sur les activités de la Feldgendarmerie. Nombre de personnes échappent grâce à lui à une arrestation certaine."
(Le Pays).

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Cérémonie à Chitenay

jeudi 8 juillet 2010

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Mairie de Chitenay (DR).

Les Justes Sylvine Girault et Blanche Renée Grillet

Le 4 juillet 2010, les Médailles de Justes parmi les Nations ont été remises - à titre posthume - aux ayant-droits de Sylvine Giraul et de Blanche Renée Grillet. Cette cérémonie avait pour cadre la Mairie de Chitenay. Elle avait été préparée par le Maire, Didier Stetten Pigasse, ainsi que par le Délégué du Comité Français pour Yad Vashem, Didier Cerf.
Blanche Renée Grillet était représentée par son fils, Gérard. Tandis que Sylvine Girault l'était pas ses enfants Lucette Chauveau, Mireille Choquet, Bernard Girault, Madelaine Guellier et Anne-Marie Pinault.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Chaïm Fizicki avait trouvé l’asile politique en France. Il avait fui la Pologne et espérait achever dans son pays d’accueil des études de biologie. Son chemin croise celui d’une autre réfugiée polonaise avec laquelle il se marie. Pour faire face aux nécessités de la vie, lui devient tailleur tandis qu’elle devient couturière à domicile.
Le foyer (à Nancy) s’agrandit grâce à deux naissances :
- Ilicz, en 1933 et
- Claire en 1935.

Nancy devant être « germanisée » du fait de la guerre et de la défaite, la famille Fizicki prend les routes de l’exode. D’abord pour Bordeaux. Ensuite jusqu’à Libourne. Enfin, en 1941, ils arrivent à Civray dans la Vienne où ils sont arrêtés en juillet. 
Les persécutés parviennent à s’échapper. Mais hélas, un an après, soit en septembre 1942, la mère est à nouveau arrêtée. Elle est transférée à Drancy d’où elle sera déportée – sans retour - vers Auschwitz.

Une grave maladie a évité au père de subir le même sort. Son état le rendait intransportable. Il décide alors et dans l’urgence, de placer les deux enfants dans des familles à Chitenay (Loir et Cher) avec l’aide d’une parente active elle-même dans le sauvetage des enfants.
Illicz est confié à Mme Grillet et Claire à Mme Girault. L’instituteur – qui était également secrétaire de mairie – et sa femme fournissent des fausses pièces d’identités pour les petits. Tous deux sont baptisés pour ne pas éveiller de soupçons (mais ils retrouveront leur religion d’origine après la Libération).

Le mari de Blanche-Renée Grillet était prisonnier en Allemagne. Le couple avait un fils, Gérard. Illicz a été traité en parfaite égalité avec ce jeune Grillet. Les deux garçons aidaient aux travaux de la ferme, s’occupaient des animaux, etc.

Quant à Sylvine Girault, elle était veuve avec cinq enfants à charge ! La famille était vraiment pauvre. Madame Girault faisait des ménages et aidait à la cueillette des fruits dans les fermes. Cette femme aussi généreuse que courageuse accueillit Claire comme la sixième des enfants de sa famille nombreuse.

A la Libération, Chaïm s’était engagé dans l’armée régulière. La guerre enfin terminée, il est venu rechercher ses enfants orphelins de leur mère morte à Auschwitz."

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En fin de cérémonie : "Le Chant des Partisans" (DR).

La Nouvelle République :

- "Dimanche, en fin de matinée, l'heure était à l'émotion sur la place de la mairie, le maire Didier Stetten-Pigasse accueillait tout un cortège de personnalités et les familles mises à l'honneur, venues assister à la célébration d'un événement exceptionnel. Un moment insolite dans une ambiance où l'émotion était palpable puisque deux médailles des Justes étaient remises à deux Castanéens à titre posthume.

C'est Didier Cerf, délégué régional du comité français pour Yad Vashem qui remettra aux enfants de Blanche Grillet et Sylvine Girault la médaille des Justes parmi les Nations. Une distinction décernée par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem aux personnes non juives ayant sauvé des juifs sous l'Occupation, au péril de leur vie. Les actes de bravoure de Blanche Grillet, représentée par son fils Gérard, et de Sylvine Girault, représentée par ses enfants, Lucette Chauveau, Mireille Choquet, Bernard Girault, Madelaine Guellier, Anne-Marie Pinault ont été évoqués à travers la lecture faite par les arrière-petits-enfants. Un moment très émouvant en particulier pour Claire et Léon, les deux enfants juifs présents à la cérémonie recueillis par les deux familles françaises.

Le préfet Philippe Galli, le député Nicolas Perruchot, la sénatrice Jacqueline Gourault ont tour à tour salué le courage de ceux qui ont risqué leur vie pour en sauver d'autres. Enfin, « Le Chant des partisans » fut joué par la descendance Girault et reprise en choeur par l'ensemble des invités."
(7 juillet 2010).

 

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Henriette Beaudiot, Juste parmi les Nations

mercredi 7 juillet 2010

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Le 27 juin 2010, la Médaille et le Diplôme de Juste parmi les Nations ont été remis à titre posthume à Henriette Beaudiot. Fille de la défunte, Lucette Joseph les a reçus lors d'une cérémonie organisée par Didier Cerf, délégué du Comité Français pour Yad vashem.

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Originaire de Lorraine, Henriette Beaudiot habitait avec sa fille, Lucie, à Monts, plus précisément au lieu dit Chauveau. La mère avait alors 46 ans et Lucie 18 ans.
Toutes deux font la connaissance des époux Gerofi, des réfugiés autrichiens, lesquels évoquent le sort de Patrick et de Sonia Danemans ainsi que de leur fils Sacha (dit Alexandre). Ces derniers sont des juifs de Lettonie. Arrêtés à Bordeaux, ils avaient été envoyés au camp de La Lande, près de Monts.

Patrick Danemans y était resté interné tandis que sa femme Sonia et leur fils Sacha pouvaient résider à Tours. 
De fil en aiguille, Sonia vint se reposer chez Henriette Beaudiot à qui la mère rongée d’angoisses répétait constamment : 
"Si, un jour, il m'arrivait quelque chose, promettez-moi de garder mon petit ".

En conséquence d’une opération aux oreilles, Patrick Danemans fut libéré du camp pour être assigné avec sa famille rue Origet à Tours. Les Danemans y invitaient régulièrement Henriette Beaudiot et Lucie.
Survient la rafle du 16 juillet 1942.
Patrick et Sonia Danemans sont arrêtés rue Origet à Tours. Emmenés d’abord à l'École Normale de Saint-Symphorien (Tours), ils sont ensuite internés à Angers puis déportés sans retour vers Auschwitz.

Et Sacha ?
Lors de la rafle, le propriétaire de l’appartement de la rue Origet cache le garçon toute la nuit, puis le met dans le train pour Monts où Sacha rejoint Henriette Beaudiot.
Celle-ci va faire passer Sacha pour un neveu.
Le Docteur Mercier, maire de Monts, remet un certificat de dispense scolaire au garçon afin qu’il ne soit pas obligé de fréquenter l'école communale. Une dame viendra lui donner des cours à domicile deux à trois fois par semaine.

Sacha va échapper à la Shoah. Ce ne sera hélas pas le sort des Gerofi. Logés eux aussi chez Henriette Beaudiot, ils sont arrêtés à leur tour. Et déportés sans retour vers Auschwitz en octobre 1942.

A la Libération, l’orphelin Alexandre (Sacha) Dannemans va rester chez Henriette Beaudiot et reprendra ses études."

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Henriette Beaudiot (Arch. fam. / BCFYV / DR).

Témoignage au Collège de Monts :

- "Mon arrière grand-mère était Mme Beaudiot Henriette, âgée de 46 ans au moment de cette histoire et ma grand-mère, Mme Joseph Lucie, alors âgée de 18 ans.
(…) Sacha arriva chez mes grands-mères qui habitaient juste à côté de la gare avec sa valise, pensant que ses parents étaient au coin de la lande.
Hélas!...

Mon arrière grand-mère le garda chez elle en le faisant passer pour un neveu de l'est, elle-même étant originaire de la Lorraine. Un certificat du Docteur Mercier, maire de Monts, permit à Alexandre de ne pas fréquenter l'école communale (peur de l'accent ?).
Quant à ses parents, arrêtés à Tours, rue Origet, ils furent emmenés à l'école normale de Saint Symphorien (Tours), déportés à Angers, puis à Auschwitz. Patrick fut tué à la sortie du camp parce qu'il ne marchait pas assez vite et Sonia est morte dans la chambre à gaz.

Monsieur et Madame Gerofi, alors qu'ils logeaient chez mes grands-mères depuis trois mois, ont été arrêtés, puis déportés au mois d'octobre 1942, également à Auschwitz. Des scellés avaient été posés sur la chambre qu'ils occupaient."

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Cérémonie au Mazet-Saint-Voy

dimanche 4 juillet 2010

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Remise du Diplôme et de la Médaille aux enfants et aux petits enfants des Justes (Ph. hephil.roux / BCFYV / DR).

Fabienne Mercier :

- {Ce 20 juin 2010} A la mairie du Mazet-Saint-Voy, lorsque la voix de Jean Ferrat retentit et que les mots de sa chanson Nuits et brouillards cognent dans les esprits, l'émotion est palpable. Il est bien difficile pour les participants, juifs ou non, croyants ou non-croyants, jeunes ou vieux, ne pas laisser les larmes embuer leur regard. De même à l'issue de la cérémonie lorsque le chant des déportés, le Chant des marais, est repris en chœur.

La foule des grands jours est au rendez-vous. On vient saluer la mémoire d'habitants du Mazet-Saint-Voy, un couple marqué par sa foi protestante, qui vivait à Mazelgirard. 
Pendant la guerre, ils ont procuré un logement à la famille Weill originaire des Vosges et l'ont entouré de leur sollicitude.

Evodie Jonac et Daniel Duron reçoivent, à titre posthume, le diplôme et la médaille des Justes. 
Ce sont leurs enfants et petits-enfants, Paul, Marc, Marguerite, André, Dina et Dany, qui sont honorés.

Des discours, on retiendra cet extrait de celui de Bernard Cotte, le premier magistrat : « A notre époque où l'on tend, dans nos communes, à bâtir des légendes, il est bon de rappeler que la mémoire collective, celle du peuple du plateau se souvient de tous ces gens accueillis, du rire de leurs enfants. L'exemple d'Evodie et Daniel est très représentatif des événements de cette période. Ils ont fait au nom de leur foi profonde ce que d'autres ont réalisé au nom de leur simple humanité. » Il ajoute : « La mémoire que nous célébrons aujourd'hui est une mémoire exigeante. Elle nous rappelle que l'exemple de nos parents ne nous invite pas à une molle acceptation des événements du monde. Nous devons exercer un examen critique sur les scènes de violences qui nous parviennent. Nous devons protéger les faibles, ceux qui sont persécutés, les accueillir et les soutenir. »

De l'intervention de Dany Duron, fils d'Evodie et Daniel, on gardera à l'esprit la conclusion. « En tant que croyant, lorsque j'ai monté ce dossier pour que mes parents obtiennent ce titre de Justes, je n'ai pu m'empêcher de m'interroger. « Comment serons-nous trouvés justes devant Dieu ? »
(Le Progrès, 21 juin 2010).

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Les deux Justes : Evodie et Daniel Duron (Mont. BCFYV / DR).

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "Gaston Weill et Adrienne Geismar sont nés dans le Haut-Rhin. Ils se marient en 1931.
Gaston Weill est négociant en textiles à Mulhouse.
Quatre enfants naissent au sein de ce foyer, Jean, Francis, Gilbert et Jacqueline.

Gaston Weill, mobilisé en 1939, est libéré de ses obligations militaires après la naissance de la petite Jacqueline en février 1940.
D’avril 1940 au 12 juin 1940, Mulhouse étant sur la ligne de front, Adrienne Weill et ses enfants fuient au Val d’Ajol dans les Vosges.
Puis, le 14 juin 1940, laissant Jacqueline chez sa nourrice, la famille quitte les Vosges et se réfugie en Haute-Loire dans une auberge du hameau du Mas-de-Tence.
Enfin, en octobre 1940, les époux Weill trouvent un logement rue de St Agrève à TENCE.
En 1941 la nourrice, passant la ligne de démarcation, conduit Jacqueline auprès de ses parents.

En 1943, la traque des Juifs s’intensifie, les époux Weill ne se sentent plus en sécurité.
Lors d’une première alerte, la famille Weill passe la nuit hors de son appartement, chez des connaissances de Tence.
La décision est prise de chercher un logement de substitution afin de s’éloigner de Tence, tout comme le font d’autres familles juives demeurant dans ce bourg.
Confiant leurs enfants à une réfugiée allemande, M. et Mme Weill partent, à pied, à la recherche d’un nouveau refuge. Deux jours de recherches n’ont rien donné, ils rentrent désespérés.

Louise Astor, cheftaine de scouts protestants, mise au courant par le Pasteur Leenhardt (nommé Juste parmi les Nations en 1991), interroge les enfants Weill, eux-mêmes scouts. Elle propose l’aide de sa famille. Celle-ci les met en contact avec les propriétaires de la ferme voisine, le couple Duron.

Daniel et Évodie Duron qui ont six enfants de 6 à 17 ans, Daniel Elie, Dina, André, Marguerite, Marc, Paul, acceptent sans hésiter de loger cette famille juive dans une aile de leur ferme. C’est l’ancien appartement des parents d’Évodie Duron, M. et Mme Jonac décédés.

Les gens de la Gestapo sont aperçus dans le bourg. Ils sont à la recherche d’une famille juive et logent à l’hôtel de la Lionchère contigu au lieu de résidence de la famille Weill. Celle-ci quitte discrètement Tence et rejoint Mazelgirard, hameau de la commune du Mazet-St-Voy.

Les enfants Weill, dont les parents ont de faux papiers au nom de Vial, et les enfants Duron, fréquentent l’unique classe du hameau. Ils partagent leurs jeux, leur goûter et même les travaux des champs.
M. et Mme Duron entourent de leur affection ces réfugiés, mettent à disposition un coin de leur potager, apportent à leurs protégés légumes, beurre, œufs et même du pain lorsqu’ils le cuisent.
Cela évite aux Weill de retirer des tickets d’alimentation auprès de la mairie de Tence.

Ces Protestants furent guidés par le seul désir de venir en aide à ces personnes persécutées.
Les familles Weill et Duron sont toujours restées amies."

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Vue du public (Ph. hephil.roux / BCFYV / DR).

Cette histoire authentique de courage désintéressé en pays proche du Chambon sur Lignon, haut lieu s'il est du sauvetage de juifs persécutés, se déroula en 1943-1944. La famille Weill n'eut pas ainsi son nom ajouté à la trop longue liste des juifs de France déportés vers les camps de la mort.
Cependant d'aucuns ne reculent pas devant les anachronismes les moins justifiables. Ni devant les tentatives de récupération.
Cette cérémonie du Mazet-Saint-Voy a vu l'intrusion de manifestants pro-Palestiniens se trompant d'époques, de personne et de lieux. Revenant plus de soixante années en arrière, sur un judéocide sans égal dans l'histoire de l'humanité, ces manifestants ont voulu se mêler de l'héroïsme de Protestants ayant enrayé les mécanismes de la Shoah. Quand le nazisme et son collaborateur, l'Etat dit Français, régnaient par la terreur... 
Leurs confusions mentales, leur irrespect, sont volontaires donc sans excuses !

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