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Deux Justes à Noëllet

mardi 13 décembre 2011

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Sous le portrait de l'abbé Xavier Terrien, Henriette Chedanne reçoit la médaille et le diplôme au nom d'Anne-Marie Pinguet dont elle est la petite-fille (DR).

 

Anne-Marie Pinguet
et l'abbé Xavier Terrien
Justes parmi les Nations

 

Ce 17 mai, la Maison de la culture et des loisirs de Noëllet était comble pour vivre et partager une belle cérémonie au cours de laquelle prit la parole, au nom de l'Ambassade d'Israël, Daniel Saada :

 

- "Le peuple juif, reconnaissant, tient à cet acte de mémoire, de justice et de foi. Le Juste, c'est la banalité dans le bien. Des personnes qui n'ont pas hésité à mettre en péril leur vie et celle de leurs proches".

Représentant du Comité Français pour Yad Vashem, président de la communauté de Maine-et-Loire, Alfred Sabbah compléta :

- "Les trois quarts des Juifs en France ont eu la vie sauve grâce au courage des Justes. Ils sont la lumière dans la nuit de la Shoah."

 

Pierrick Hamon signe ce compte-rendu :

- "Elle était nourrice, il était abbé. Anne-Marie Pinguet et Xavier Terrien ont reçu la médaille des Justes parmi les Nations à titre posthume, au cours d'une émouvante cérémonie, hier à Noëllet.
On avait quitté les enfants juifs cachés de Noëllet le 10 septembre 2005. Ce jour-là, ils étaient tous les neuf sur la photo de famille, lors de la plantation symbolique d'un pommier devant la maison à la Haute-Rigauderie. Une bâtisse où ils vécurent, de 1942 à la Libération, sous la protection d'Anne-Marie Pinguet, de l'abbé Xavier Terrien, et d'autres bienfaiteurs : maire, instituteur, secrétaire de mairie.


Hier, moins de quatre ans plus tard et quelques rides en plus, Bernard, Éva et Helena sont dans la maison de la culture et des loisirs à Noëllet. Dignes et émus de voir leurs anges gardiens élevés au rang de Justes parmi les Nations. Un titre posthume délivré par le comité français pour Yad Vashem. Posthume, car la nourrice a quitté ce monde en février 1966. L'abbé en juillet 1968.
Mais personne n'a oublié leur geste. Ils sont plus de 200, assis ou debout, à regarder le maire de Noëllet, Daniel Briellet, et la Segréenne Henriette Chedanne, petite-fille d'Anne-Marie Pinguet, recevoir médaille et diplôme (...).
Le point d'orgue arrive. La gorge nouée, la fille d'Henri Goldberg, s'empare du micro : « Je m'appelle Corinne, j'ai 46 ans, trois enfants et je vis en Israël. » Son frère Maxime et ses enfants, de Paris, sont là aussi. L'histoire de leur père à Noëllet, ils la connaissent depuis l'enfance. C'est lui qui a mis en marche le dossier pour que soit rendu hommage à ses sauveurs. Il est décédé à 78 ans le 31 janvier 2008.


Stéphanie, l'aînée des six petits-enfants, lit son témoignage. Celui du petit garçon de 12 ans en décembre 1942. "Un jour, j'ai demandé à l'abbé Terrien d'être enfant de choeur. La réponse : "Nous demanderons à tes parents quand ils reviendront et je prie chaque jour pour qu'ils reviennent bientôt."
Car les parents de ceux qui sont considérés comme "des petits parisiens en vacances prolongées" ont été arrêtés et déportés. Ces quatre frères et soeurs sont arrivés à Noëllet grâce à leur grande soeur Helena, dont une voisine parisienne connaît Anne-Marie Pinguet. La nourrice peut en héberger trois, mais manque de place pour Henri, qui est confié à l'abbé... L'abbé, l'ami de Clément Quentin. Le dernier à prendre la parole hier à la cérémonie, pour décrire "un homme sérieux, réservé et plein d'humour". Sa médaille et son diplôme vont être exposés à la mairie de Noëllet, salle du conseil.
(Ouest France, 18 mai 2009).

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Daniel Briellet, Maire de Noëllet, présentant la médaille et le diplôme de l'abbé Terrien (DR).

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Cérémonie pour 7 nouveaux Justes à Paris

jeudi 8 décembre 2011

Diplome d'honneur pour la reconnaissance d'un Juste

(DR).



Ce 25 juin, la Mairie du 12e arrondissement de Paris a servi de cadre prestigieux à la reconnaissance comme Justes parmi les Nations de :
- Gaston Girousse,
- Auguste et Marie Jeager,
- Jean-Marie Lapeyre et ses filles, Nathalie et Marie,
- Trieulet Antoinette.

Leurs dossiers à l'Institut Yad Vashem de Jérusalem précise les motifs profonds pour lesquels tous se sont vus attribuer Médailles et Diplômes de Justes.

Gaston Girousse, dossier 11400 :

- "La famille NETTER compte dans ses membres le célèbre professeur Arnold NETTER (1855-1936). Les NETTER sont d’origine juive alsacienne. Ils sont venus à Paris en 1870 pour ne pas devenir Allemands.

Le témoignage en faveur du Juste, M. Gaston GIROUSSE, a été mis en forme en 1979, par Léon NETTER (1897-1989). Il est authentifié par son fils, Alain-Pierre NETTER.

Maître Léon NETTER est avocat à la cour de Paris. Grâce à ses qualités professionnelles, il fait partie des 14 avocats autorisés à rester inscrits au Barreau après l'occupation (mais il en sera exclu le 12 février 42). Il est notamment l’avocat de diverses compagnies d’électricité présidées par M. GIROUSSE.

Le 21 août 41, Me NETTER est interné à Drancy. M. GIROUSSE met à disposition de Mme NETTER une somme qui pourrait assurer la sortie du camp de son époux. Le 25 octobre 41, un médecin chef français établit une liste de sortie pour raison médicale. Très affaibli, Léon NETTER sort ainsi de Drancy.

M. GIROUSSE lui établit une carte d’agent de l’électricité, lui conférant la qualité d’ingénieur électricien. Le 5 janvier 42, une voiture de l’Union Electrique lui fait franchir un poste allemand afin de réparer une panne de secteur (!) située sur la ligne de démarcation. Tout est organisé pour qu’il puisse franchir cette ligne. Une autre voiture de la société d’Electricité le prend ensuite en charge pour le conduire en zone libre (à Loches, en Indre-et-Loire).

Avec sa femme et sa belle-sœur, Me NETTER franchira la frontière suisse au village de Douvaine.

M. GIROUSSE, en signant de fausses cartes d’agents de l’Electricité et de faux ordres de mission a permis à des Juifs mais aussi à des communistes et à des résistants de passer en zone libre (environ 3 à 400 personnes).
Au nombre des résistants, MM. BAUMGARTNER et LENIEZ feront l’éloge de M. GIROUSSE dans une lettre datée de 1948.

De plus, M. GIROUSSE a également procuré de la nourriture à Louis CAHEN, un camarade de Polytechnique caché dans un grenier. Il a aussi aidé la famille DURKHEIM.

En résumé, M. Gaston GIROUSSE incarne l’intelligence, le courage et la droiture dans une France officiellement pétainiste donc antisémite et liberticide."

Auguste et Marie Jaeger, dossier 11349 :

- "Le couple JAEGER dirigeait depuis 1935 l'orphelinat protestant du Bon Secours, situé à Paris 20è. Ils y recevaient non seulement des orphelins mais encore des enfants dont les parents ne pouvaient plus assurer leur éducation.

En 39, tous les enfants (sauf un qui n’avait aucune famille) furent envoyés à l'abri loin des risques de bombardement sur Paris.

En novembre 42, une jeune femme demande au couple de garder, pour quelques jours seulement, un petit garçon d’environ 8 ans. Puis, ensuite, elle revient avec d’autres enfants qu’elle reprend au bout de quelques jours. 
En fait, il s’agit d’enfants juifs qu’elle attend à la sortie de leur école lorsqu’elle est informée que les parents ont été arrêtés. Elle les amène donc à l’orphelinat pour quelques jours, le temps de leur faire établir des faux papiers et de leur trouver un refuge. Cette femme – qui ne révéla jamais son nom – fut arrêtée ensuite et probablement déportée.

Marie JAEGER prenait soin des enfants et elle leur confectionnait souvent des vêtements.
Son fils, André, a pu procurer à certains des cartes d’identité. En outre, par son poste au Ministère de l’Agriculture, il réussit à obtenir de « vraies fausses cartes d’alimentation » pour les nourrir en complément de la nourriture rapportée de Touraine par sa femme, Hélène.

Entre novembre 42 et juin 45, Auguste et Marie JAEGER accueillirent ainsi une quarantaine de petits juifs (d’après le Pasteur Vergara). A la libération, une quinzaine d’enfants se trouvaient encore à l'abri des murs de l'orphelinat.

Depuis cette époque si sombre, un fils d’André et Hélène JAEGER, José-Marie, a réussi à retrouver l’un des enfants accueilli par sa famille. Il s’agit de Robert FRANCK.
Celui-ci se rappelle s’être rendu dans l’orphelinat et y être resté une quinzaine de jours. Il a appris par la suite que c’était par l’intermédiaire d’une organisation clandestine, « l’entraide temporaire ».

Il est le seul survivant de sa famille. Il a lancé un avis de rechercher pour tenter de retrouver la trace d’autres enfants ayant séjourné à l’orphelinat. Sans succès jusqu’à présent."

Jean-Marie Lapeyre et ses deux filles, Nathalie et Marie (dossier 11301) :

- "M. et Mme HAFON, originaires de Turquie, ont émigré en France respectivement en 1905 et en 1920. Ils ont habité 95 rue des Boulets (11è) et ont eu deux enfants :
- Sarah (née 32) 
- et Roland (né en 38).
Le père était vendeur.

Fin 1943, les parents ont décidé de mettre leurs enfants à l’abri dans une famille du sud-ouest de la France, famille honorablement connue par l'un de leurs amis.
Accompagnés d’une parente non juive, les gosses sont arrivés chez M. LAPEYRE, veuf, et ses deux filles, Nathalie et Germaine, célibataires.
M. LAPEYRE et une de ses filles tenaient une épicerie de la localité. A noter que les hôtes habitaient près de la Kommandatur à St Sever...

Sarah et Roland HAFON ont été très bien traités. Ils allaient à l’école et à la messe, passant pour des enfants adoptés. Aucune pension n’a jamais été demandée et la famille LAPEYRE a inlassablement témoigné attention et affection aux deux enfants juifs qu’ils ont sauvés.

A la fin de la guerre, M. HAFON père est venu chercher ses enfants mais depuis, les deux familles sont restées en relation (comme en témoigne par exemple une lettre du 3/1/89).

Antoinette Trieulet, dossier 11312 :

- "Aron LUKSENBERG et son épouse Chalda vivaient à Lodz, en Pologne. Dans les années 20, le climat devenant trop malsain pour les Juifs, ils décident de se rendre en Palestine. Ils s’y installent et y font de l’élevage de bovins.
Mais leur exploitation périclite et ils émigrent de nouveau. Cette fois-ci direction la France. 
Avec leur 4 filles :
- Rivka (née en 1917), 
- Adja (née en 1919), 
- Zlata (en 1926) et 
- Balfouria (en 1926),
ils habitent à Paris, avenue d’Italie. Le père ouvre un magasin de maroquinerie.

En 1942, la famille quitte Paris pour Pau, où se trouvent déjà Rivka et son mari. En 1943, Ajda se marie en 1943 avec David SVARTMAN.

La situation devenant préoccupante, Aron LUKSENBERG envisage de quitter Pau pour Grenoble. Entre-temps, il a fait la connaissance d’Antoinette TRIEULET, femme du maire, qui possède une grande ferme à Gaillon (Pyrénées). Elle a trois filles et un fils et elle exploite ses terres, venant vendre fruits et légumes à Pau.

Elle héberge Rivka, Ajda enceinte et leurs maris pendant 9 mois à partir de 1944, assurant leur subsistance, sans aucune compensation financière.
Antoinette TRIEULET a également hébergé Daniel JACOBS et ses parents ainsi que 7 autres familles juives, dont la trace est perdue.

Entre les LUKSENBERG et la famille TRIEULET les liens ont perduré après la guerre."

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Le Pasteur Funé, son épouse et leur fille, Justes parmi les Nations

lundi 5 décembre 2011

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 Ph. : Le Collet de Dèze (DR).

 


Trois enfants de la famille Draï :
Paul, Nelly et Pierre
furent cachés au Collet de Dèze

 

Le 12 juillet 2009, trois nouveaux Justes parmi les Nations ont enrichi la liste toujours plus longue de celles et de ceux qui, en France, prirent le risque de perdre leur vie pour sauver celles de gosses poursuivis dans le cadre de la Shoah.

 

Constitué par Yad Vashem, le dossier prouvant l'authenticité de cette histoire, peut se résumer comme suit :

- "A la base de cette reconnaissance, se détache la figure du témoin principal : Pierre Draï.

Il est né à Paris en 1940, cadet d’une fratrie de cinq frères et d’une sœur. Son père, Isaac, exerçait la profession de boucher tandis que sa mère, Zahri, était couturière. Venant d'Oran en Algérie, tous deux avaient rejoint la métropole à la recherche de travail stable. Ils s'étaient fixés dans le 18e arrondissement au 150 du boulevard Ney.

Un jour de septembre 1943, Zahri apprend qu’elle a été dénoncée comme juive. Isaac, qui travaillait dans une boucherie cachère et qui était donc très exposé, part aussitôt se réfugier chez des amis en province. Il sera néanmoins déporté sans retour le 3 février 1944.

Zahri, elle, pensait à tort, que son statut de mère de famille nombreuse la placerait à l'abri de la haine raciale. Mais bien vite, confirmation lui parvient de ce que la Gestapo et la Gendarmerie vont venir l'appréhender de même que les enfants. Les trois frères aînés de Pierre sont alors en classe, dans une école située près de l’église protestante du Tabernacle, dans le 18e arrondissement.

 

La mère demande à M. Eugène Charlet, Pasteur de cette église, de garder les trois petits le temps pour elle d’aller retirer les trois grands de leur école. Mais les Allemands y sont déjà qui l’arrêtent avec les trois aînés. Après Drancy, le convoi n° 59 les emportera vers Auschwitz le 2 septembre 1943.

Ne la voyant pas revenir, le Pasteur comprend qu’il s’est passé un malheur. Il cache les trois petits dans l’église protestante. Puis il les confie André Funé, également Pasteur, et à sa femme, Alice. Le couple a une fille de 14 ans, Jeanne. Les enfants Draï sont emmenés dans une colonie de l’Aube, Le Nid Fleuri, où d’autres enfants juifs, mais aussi arméniens et catholiques sont protégés, autant que possible, de la guerre.

Malgré toutes les privations, les époux Funé ont finalement sauvé les petits persécutés. Jeanne s’occupe plus particulièrement de Paul et de Nelly. Elle leur apprend à lire et à écrire. Elle les console autant que faire se peut. Et lorsque Paul tombe gravement malade, le couple Fune se bat pour le garder en vie."
A titre posthume, le Pasteur Funé et son épouse Alice sont dorénavant Justes parmi les Nations. Encore vivante, leur fille, Jeanne a reçu également le Diplôme et la Médaille qu'elle mérita pleinement.

Le Comité Français pour Yad Vashem avait délégué Edith Moskovic et Robert Mizrahi pour cette cérémonie au Collet de Dèze.

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Le Pasteur Funé et son épouse Alice (Arch. fam./BCFYV/DR).

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Andrée Pasquier ainsi que Camille et Noëlle Wiedrich, Justes parmi les Nations

dimanche 10 octobre 2010

Entourée par Gabriel, Maurice et Hélène Kupferstein, Hélène Pasquier, Juste parmi les Nations. Photo antérieure à octobre 2010 (BCFYV : DR)

 


Cérémonie de reconnaissance 
de trois Justes
à la Mairie du 11e Ar. de Paris
ce 7 octobre 2010


A prendre connaissance des synthèses des dossiers Yad Vashem pour les Justes Andrée Pasquier mais aussi Camille et Noëlle Wiedrich ainsi que des discours prononcés au nom des enfants sauvés, les lecteurs comprendront toute l'ampleur de la cérémonie abritée par la Mairie du 11e jeudi dernier.
Le Maire Patrick Bloche avait préparé cet événement avec deux Délégués du Comité Français pour Yad Vashem, Viviane Saül et Paul Ejchenrand.

 


Andrée Pasquier


Synthèse du dossier Yad Vashem, sauvetage des Kupferstein :


- "Jacob et Bajla Kupferstein, d’origine Polonaise, arrivent en France dans les années 1920. Ils habitent rue Duris, Paris 20e puis rue du Fg du Temple, Paris 10e. Jacob travaille comme ouvrier tailleur.


Ils auront trois enfants : Maurice, né le 6 décembre 1927; Gabriel, le 28 avril 1929 et Hélène le 19 avril 1932.


Pendant les vacances les trois enfants sont placés en nourrice dans le Loir et Cher à Fontaine les Coteaux près de Montoire, chez Georgette Pasquier qu’ils appellent « Grand-mère ». Elle a de nombreux enfants dont Andrée 22 ans, mariée à Pierre Roland, ils sont domiciliés à Château-Renault (Indre et Loire).


Survient et se prolonge l’occupation. Pierre est réfractaire au S.T.O (Service du travail obligatoire) et se cache dans une ferme voisine pour ne pas partir en Allemagne.


Après la grande rafle du « Vel d’Hiv » en juillet 1942, les parents Kupferstein cherchent une cachette hors de la capitale. C’est alors qu’un de leurs amis M. Gaston Gloton, loue une villa à St-Cloud (Hts de Seine) où ils se réfugient pendant quelques temps.


Leur cadette, Hélène, est confiée à Andrée et à Pierre. La fillette est inscrite à l’école communale de Château-Renault sous le nom de « Gloton ». En mai 1943, Gabriel rejoint sa sœur, et pour se faire un peu d’argent de poche il travaille comme cordonnier jusqu’en octobre 1943. Maurice, lui, est confié à la famille Montebran dans une ferme à la Cornillère Congrier dans la Mayenne. Mais il finit par lui aussi rejoindre son frère et sa sœur.


Les parents sont restés à St-Cloud jusqu’à la Libération en août 1944, puis leur mère est venue rechercher ses enfants mis si efficacement et si chaleureusement à l’abri des nazis et de leurs collaborateurs."

 

Photo prise sous l'occupation : Andrée Pasquier avec les frères et soeur Kupferstein (BCFYV / DR).

 

Discours de Gabriel Kupferstein :

- "Chère Dédée, 
C’est comme ça que l’on t’a toujours appelée...

Si nous sommes réunis ce jour, c’est que grâce à toi et à ton mari Pierrot que nous avons pu survivre en ces temps difficiles où tu n’as écouté que ton cœur et ton courage. 
Il est certainement plus dur de gérer des ados de 15 et 16 ans, que des enfants en bas âge, mais, tu l’as fait et nous t’en sommes très reconnaissants.

Dans notre cœur il y a bien longtemps que nous t’avions accordé cette médaille amplement méritée, mais par paresse, négligence, nous n’avons rien fait ni demandé.
Il a fallu que Charlotte, ma petite fille s’insurge et décide de constituer le dossier à notre place, ce qu’elle a fait tout en continuant ses études. Je lui en suis très reconnaissant. 
Merci Charlotte.
Elle nous a obligés à nous remuer : « Bravo » !

Nous avons vieilli c’est sûr, (grossi aussi). Mais nous sommes toujours tes petits.
Merci Dédée. 
Egalement merci à vous tous d’être présents et d’avoir fait le déplacement."

 

Synthèse du sauvetage des soeurs Psankiewicz :

 

Louise et Rachel Psankiewicz (BCFYV / DR).

 


- "Abram et Chana Gitla (née Zyto) Psankiewicz, tous deux originaires de Pologne, se sont connus et mariés à Paris. Ils habitent rue Duris, dans le 20e. Abram exerce la profession d’ébéniste tandis que Chana est ménagère. En 1932, naît Louise, suivie de Rachel en 1934.


Lors de la déclaration de la guerre, Abram s’engage comme volontaire dans l’armée française pour combattre l’Allemagne nazie. Il sera démobilisé en septembre 1940. 
Le 14 mai 1941, sous la responsabilité des autorités nazies et du régime de Vichy, il est convoqué par « le Billet Vert » à Beaune-la-Rolande (Loiret). Il sera interné dans ce Camp jusqu’à sa déportation, le 27 juin 1942, par le convoi n° 5.
16 juillet 1942 survient la « Rafle du Vel d’Hiv ». Chana et ses deux filles sont arrêtées et placées dans le centre de rassemblement la « Bellevilloise » à Paris 20e. Les deux sœurs, Louise et Rachel, réussissent à s’enfuir par une issue de secours et s’enfuient chez leurs grands-parents paternels. Chana, elle, est mise derrière les barbelés de Drancy puis déportée le 29 juillet 1942 par le convoi n° 12.


Après la disparition de leurs parents, Rachel est cachée d’un endroit à l’autre. Son aînée, Louise, devient la bonne de M. et de Mme Proust.
En 1944, grâce à l’une de ses cousines, Josépha Kupferstein, qui lui procure de faux-papiers, sous le nom de « Rolande Sannier », Rachel est emmenée à Château-Renault (Indre et Loire) près de Tours. Hélas la fillette se retrouve chez une nourrice violente et cruelle, n’hésitant pas à la maltraiter tout en la menaçant de dénonciation ! 
Louise avertit Madame Proust qui prévient à son tour Andrée Pasquier. Celle-ci, apprenant la détresse dans laquelle Rachel est plongée, la retire à son bourreau et la place chez une de ses sœurs et son beau-frère, M. et Mme Saillard. Ce couple va redonner espoir et goût de la vie à l’enfant maltraitée physiquement et psychologiquement.


Si Maurice, Gabriel, Hélène Kupferstein ainsi que leurs cousines Rachel et Louise Psankiewicz ont eu la vie sauve, c’est grâce à Andrée Pasquier, cette femme admirable au grand cœur qui malgré les dangers, n’a jamais hésité à prendre tous les risques. Ils lui vouent une reconnaissance éternelle et jamais ne l’oublieront.


Sa nomination comme « JUSTE PARMI LES NATIONS » est amplement méritée."

 

 

Remise de la Légion d'honneur à Andrée Pasquier par Rachel Jedinak-Psankiewicz (DR).

 


Discours de Rachel Jedinak 
:


- "Chère Andrée,


La médaille des Justes et celle de la Légion d’Honneur qui vont te récompenser aujourd’hui sont bien méritées.


En effet, je t’ai connu à Château - Renault en 1944. Tu étais une très jeune femme, souriante et pleine d’humour. Tu gardais à cette époque, mes cousins et cousine, Maurice, Gabriel et Hélène KUPFERSTEIN pour leur éviter d’être déportés. Pour toi cela était naturel.


Après la déportation de mes parents, ayant vécu dans un centre pour enfants juifs puis cachée dans différents foyers, j’ai été emmenée par ma cousine Josépha, l’aînée de la fratrie, sous un faux nom à Château-Renault. J’ai été placée en nourrice chez une personne âgée dont j’ai occulté le nom. Celle-ci m’a terrorisée par des gifles et des menaces. J’avais 9 ans, je souffrais et j’avais des difficultés à communiquer.


Ma sœur Louise, arrivée dans ce bourg après moi, était bonne à tout faire chez de braves gens, Mr et Mme Proust qui, ayant constaté mon état physique et mental, t’ont prévenue. Tu es venue me chercher immédiatement chez cette mégère et tu m’as confiée à ta sœur et ton beau-frère, Mr et Mme Saillard, ceci un mois avant la Libération. Chez eux, j’ai repris courage et volonté de vivre.


Je te remercie de tout cœur de ta générosité et de ta volonté de nous avoir aidés et protégés dans ces moments difficiles pour nous.


Aussi, avec la Médaille des Justes qui t’est remise ce jour, c’est avec joie que je vais te décorer de la médaille de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur."

 


Camille et Noëlle Wiedrich

 

Camille Wiedrich, Juste parmi les Nations (BCFYV / DR).

 


Synthèse du dossier Yad Vashem :


- "Les parents de Jean Gorodiche étaient des immigrés russes arrivés en France dans les années 1880. Leur fils naquit à Paris en 1903. Il épousa Gabrielle, née Brunschwig. Ce couple donnera la vie à deux enfants : Nicolas, né en juillet 1938 et Norge, en mai 1940.


Jean exerce la profession de chirurgien chef à l’Hôpital d’Arles (Bouches du Rhône) et à la Clinique Jeanne d’Arc. 
Surviennent les lois « anti-juives ». Devenu un « asocial », le chirurgien renommé ne peut plus exercer son métier. 
Ses propos contre le gouvernement de Vichy et vis-à-vis des envahisseurs allemands lui valent d’être arrêté en décembre 1941 par le gendre même de Pétain : Desvallières. Le docteur Gorodiche est envoyé en Corse où il se retrouve assigné en résidence forcée. Il s’enfuit à Cannes et décide de s’engager dans les Forces Françaises Libres. Est fait prisonnier en Espagne mais réussit à s’évader. Rejoint le Général de Gaulle, entre en résistance sous le nom de Commandant «Granville».


La situation devenant très dangereuse à Arles pour Gabrielle, ses parents et ses deux enfants, tous partent se réfugier dans un chalet avec l’aide de quelques amis dont Louise Berthelot. 
Avril 1943, l’étau se resserre encore. Gabrielle contacte Mme Martin, Directrice de l’Hôpital d’Arles, qui, avec l’aide de Mme Francia Foretier, infirmière de la clinique Jeanne d’Arc, dirige les enfants chez Camille et Noëlle Wiedrich.


En 1939, le couple Wiedrich, tenait une imprimerie sous l’enseigne « Numerus » à Strasbourg. Très patriotes et refusant de travailler sous le joug allemand, ils quittèrent Strasbourg pour s’installer dans les environs d’Arles, au « Mas des Muses » (Bouches du Rhône).
C'est là que Francia Foretier leur demande d'héberger les enfants quelques temps. Sans hésiter, conscients des risques, ils acceptent. Camille et Noëlle deviennent « Grand-Maman et Grand-Papa ». Et ce, de 1943 à 1945...

Après la Libération, Camille et Noëlle retournent en Alsace, puis au moment de leur retraite, se retirent à Vence (Alpes-Maritimes) jusqu’à leur disparition : Noëlle en 1968, Camille en 1973.

La famille Gorodiche n’a jamais oublié Camille et Noëlle, forts de leur grande générosité ainsi que de leur courage, et grâce auquels les enfants cachés ont eu la vie sauve. 
En 2005, à l’initiative de la famille Gorodiche et avec l’aide de la municipalité d’Arles, une plaque commémorative est posée sur la façade de l’immeuble de l’ancienne imprimerie « NUMERUS » en signe d’hommage et de reconnaissance."

 

Noëlle Wiedrich, Juste parmi les Nations (BCFYV / DR).

 

Discours de Nicolas Gorodiche :

- "Nous voici, ma sœur Norge et moi, heureux de vivre dans ce beau pays de France, entourés de nos 6 enfants et de nos 20 petits enfants. Tous ne sont pas ici présents, certains d’entre eux vivent hors de France, mais tous connaîtront notre histoire.
Car en cette journée de printemps 1943, notre survie était loin d’être assurée : réfugiés dans un petit village du briançonnais avec notre mère et ses parents, la recherche des familles juives s’intensifiait. Notre père était en Angleterre avec les 3 frères de maman pour poursuivre la lutte contre les nazis. Nous avons du partir précipitamment pour éviter d’être pris avec les conséquences que chacun sait, aidés par quelques amis, dont Lisette Langlois-Berthelot, aujourd’hui Madame Devinat.

Maman devait trouver d’urgence une solution pour nous. Elle a pu prendre contact avec un couple d’alsacien qui avaient rejoint la zone dite libre au début de la guerre et s’étaient installés en Arles, la ville où nous habitions et où mon père était chirurgien. Il avait d’ailleurs opéré Camille Wiedrich peu après son arrivée en Arles.
Lorsque des amis ont exposé aux Wiedrich notre situation, c’est sans hésitation que Noëlle et Camille ont accepté de nous cacher pour quelque temps, tout en étant parfaitement conscients des risques encourus. Pour tout le monde, nous étions leurs petits enfants, et ma sœur a troqué son nom de Norge, trop facilement identifiable, pour celui de Rose. Elle avait 3 ans, j’en avais 5, et nous sommes restés ainsi 2 ans.

Non seulement nos grands-parents adoptifs nous ont cachés, protégés, éduqués, mais au-delà de cela, ils nous ont donné leur amour sans réserve pendants ces 2 années où nos parents n’étaient pas avec nous, dans ce milieu hostile où soldats allemands et Gestapo étaient tout près, et où tout pouvait basculer tragiquement.

Et puis, au printemps 1945, une jeep s’est arrêtée devant le perron du mas où nous vivions : un grand gaillard en battle-dress avec ses galons de commandant en est descendu et s’est précipité pour nous prendre dans ses bras. Et ma sœur lui a dit avec un accent alsacien à couper au couteau : « Ponjour baba » !

Norge et moi, mais aussi tous nos descendants, remercions Yad Vashem et tous ses membres qui ont suivi et soutenu notre histoire pour que soit rendu aujourd’hui cet hommage à Noëlle et Camille Wiedrich. Sans eux, nous ne serions sans doute pas là.
Nos grands parents de guerre le sont restés jusqu’au bout, et nous sommes très heureux et honorés qu’Hélène Paquet et sa famille soient ici en ce jour pour recevoir cette médaille des justes en leur nom."

 

Petite-fille des Justes, Hélène Paquet reçoit leur Diplôme et leur Médaille des mains de Laurent Mestre, Attaché à l'Ambassade d'Israël à Paris (DR).

 

Discours de Patrick Bloche, Maire du 11e :

- "C’est un motif de très grande fierté et d’intense émotion que d’accueillir, ce soir, en Mairie du 11e arrondissement, cette cérémonie de remise de la Médaille des Justes parmi les nations.
Ce soir, de nouveau, c’est l’histoire de notre pays que nous regardons en face.
Entre 1940 et 1944, 76 000 juifs de nationalités française ou étrangère, dont 11 000 enfants, furent déportés depuis la France. Le bilan de cette extermination programmée, de cet anéantissement voulu des juifs, de tous les juifs est effroyable : seuls 2 000 juifs parmi les déportés de France survivront à l’enfer des camps.
A quelques pas d’ici, le gymnase Japy fut l’un des lieux où l’on rassembla des enfants, des femmes et des hommes, avant une déportation dont, pour la plupart, ils ne revinrent jamais. Deux plaques sont aujourd’hui apposées sur la façade de l’édifice. Elles invitent les passants à se recueillir et à se souvenir d’une horreur, perpétuée avec la complicité de la police de Vichy, qui aboutit à déporter et à assassiner des personnes par le seul fait qu’elles étaient juives.

L’hommage rendu ce soir à Madame Andrée PASQUIER, née ROLAND, et à titre posthume à Camille WIEDRICH et à son épouse Anne, née GANTER dite Noëlle, est un hommage rendu à travers le temps. Il rappelle que le temps ne doit rien effacer : aussi bien les atrocités que les actes de bravoure. 
Et il convient de toujours se rappeler, qu’en marge du zèle collaborationniste et de la froide léthargie des foules, il y eut des valeureux qui résistèrent. Et pour cela, les honorer est un devoir. Ces femmes et ces hommes, jeunes ou plus âgés, eurent le courage de s’opposer, alors même que l’esprit du moment les incitait à faire tout le contraire. Ils forment ces discrets bataillons de personnes qui, pour reprendre ces mots de Joseph KESSEL, « auraient pu se tenir bien tranquilles », mais qui firent un choix très différent : celui d’écouter leur conscience.
Ils firent alors des gestes qui relevaient, pour eux, de l’évidence : ils cachèrent, hébergèrent, recueillirent ou encore nourrirent et vêtirent ceux que la barbarie nazie, guidée par une haine aveugle, voulait tous exterminer.
Ces gestes simples mais qui faisaient courir les plus grands dangers sont des actes exemplaires de résistance dont nous devons nous souvenir. Aussi la médaille remise ce soir est-elle l’expression d’une volonté : inscrire à l’encre indélébile les noms de celles et de ceux qui, par leurs actions, rachetèrent notre humanité tout entière.
(...)
Au cœur d’une époque où beaucoup doutèrent des valeurs qu’ils avaient reçues en héritage, l’évidence des gestes que firent les Justes ne cesse de nous émouvoir.
(...)
La lecture des sauvetages accomplis par Camille et Noëlle WIEDRICH puis ceux accomplis par Andrée PASQUIER soulignent le point commun qu’il y eut dans tous ces gestes de résistance.
Pour Camille et Noëlle WIEDRICH et pour vous Andrée PASQUIER il n’y eut pas de calcul, de longues hésitations pour savoir ce qu’il convenait de faire. Vous connaissiez cette évidence du respect des droits et de la dignité de chacun.
C’est notre responsabilité collective de faire que, plus jamais, cette évidence ne s’efface."

 

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