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Diaporama de la cérémonie de remise des médailles

mardi 5 mars 2013

Remise de la médaille des Justes parmi les Nations par Pierre OSOWIECHI, délégué de Yad Vashem ; Aux ayants droit de Marc et Marceline CHASSAING, honorés à titre posthume. Un diplôme a été remis à la Mairie de Saint-Julien-de-Coppel pour Anne Marie Philomène et Isabelle Joséphine GORY et une plaque commémorative a été apposée sur le mur de la Tourelle en leur honneur. 

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Discours d’André Lignot lors de la Remise de Médaille de ses parents

dimanche 24 février 2013

Les souvenirs de petit garçon de 7 ans sont ceux d’un monsieur à qui je pouvais poser toutes sortes de questions. Au cours des promenades à la campagne du côté de Rochetaillée et son barrage, elles avaient trait à la flore, à la faune, à la couleur du ciel, etc.  A la maison, c’était plutôt axé sur le circuit de mon train électrique, la mécanique, comment ça marche ?

J’obtenais toujours une réponse et souvent des explications complexes qui me dépassaient beaucoup mais me faisaient comprendre que monsieur LEVY était un érudit.

Lorsque je posais certaines questions à mes parents, peut-être difficiles ou embarrassantes pour eux, la réponse était invariablement « Demande à Monsieur LEVY ! ».

Nous habitions 56 rue du 11 novembre, au 5ème étage, exactement en face de la caserne RULLIERES, aujourd’hui disparue. Depuis le balcon, j’avais une vue plongeante sur la cour de la caserne avec, à partir de novembre 1942, le drapeau nazi flottant en son centre. Très intéressé par les mouvements de troupes, des véhicules étranges, je posais aussi beaucoup de questions à Mr LEVY…

A partir de ce moment-là, Mr LEVY ne venait plus que la nuit pour dîner. Il devait passer la nuit  chez nous parfois, lors des couvre-feu et descendre à la cave de l’immeuble avec nous lors des bombardements dans la banlieue industrielle de St Etienne.  Je me souviens que ma mère faisait des réflexions, entre nous, sur l’apparence de Mr LEVY, sur son appétit. Visiblement, il ne mangeait pas tous les jours à sa faim et ses vêtements étaient en piteux état. Ma mère, raccommodait ses chemises, recousait les boutons, retournait les cols : à cette époque c’était une pratique courante.

Puis, Mr LEVY est parti pour Toulouse fin 1943, où il avait trouvé un emploi dans une maison d’édition, muni de faux papiers au nom de Pierre LIGNOT.

Après la fin de la guerre, je lui avais demandé quels étaient ses sentiments lorsque, se rendant chez mes parents, de nuit, il passait à quelques mètres de la guérite à l’entrée de la caserne RULLIERES.

Ce n’était pas tellement les soldats allemands qu’il redoutait mais bien la milice et la Gestapo…Il fallait quand même avoir un certain courage…

Enfin, souvenir plus récent : lors du mariage de Mathilde  & Sébastien en l’Eglise Ste Etienne-du-Mont, en 2001, mon fils Pierre, assis à côté  de moi, me demanda quel était le nom de la partie du chœur qui enjambe l’autel. Ne sachant pas, je lui dit tout naturellement : « Demande à Monsieur LEVY ! » assis à la gauche de mon fils.

La réponse vint aussitôt : « C’est un Jubé ». Monsieur LEVY avait alors 90 ans…

 

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Remise de la médaille des Justes-Marguerite et Pierre Lignot

dimanche 24 février 2013

Le lundi 15 décembre 2012, dans l’Auditorium du  Mémorial de la Shoah de Paris, s’est déroulée, sur fond d’histoire de Saint-Etienne sous l’occupation,,  une émouvante cérémonie au cours de laquelle a été remise à titre posthume, aux ayants-droits de Marguerite et Pierre Lignot, la Médaille des Justes parmi les Nations (voir texte ci-dessous)

Monsieur Jacques Fredj, Directeur du Mémorial,  a accueilli un public recueilli et attentif, tandis que Monsieur Elad Ratson, Directeur des relations publiques de l’Ambassade d‘Israël en France remettait la marque de reconnaissance de l’Etat d’Israël aux enfants des Médaillés. Le Comité Français pour Yad Vashem était représenté  par Madame Viviane Saül et par Monsieur Alain Habif.

Madame Béatrice Lévy, donna lecture du témoignage que son père Jean-Philippe Lévy, récemment décédé,  avait adressé  il y a trois ans (alors qu’il avait 97 ans) à l’Institut Yad Vashem pour demander que Marguerite et Pierre Lignot, les amis qui lui avaient permis, au péril de leur propre vie , d’échapper à la déportation, soient reconnus Justes parmi les Nations .

Elle raconta comment à la déclaration de guerre, Jean-Philippe Lévy, né le 14 juin 1912,  Docteur en Droit, chargé de cours à la Faculté de Droit de Lyon,  mobilisé en 1939, puis démobilisé en 1940, avait été affecté à l’intendance militaire de Saint-Etienne en tant qu’officier de réserve, tandis que Pierre Lignot, officier d’active, avait reçu la même affectation. En raison des clauses de l’armistice, tous deux étaient un peu plus tard passés sous statut civil.

Lorsque le 4 octobre 1940, le premier statut des juifs, retira à Jean-Philippe Lévy le droit d’exercer le métier d’agent de l’état, il fit ses adieux à son collègue Pierre Lignot et lui confia la raison de son départ. Ce dernier, révolté par cet injustice, l’invita chez lui le dimanche suivant, jour où naquit entre les deux hommes, une profonde amitié.

Pendant les quelques temps qui suivirent la destitution de ses droits,  Jean-Philippe Lévy resta à Saint-Etienne, vivant chichement de  petits emplois  et percevant les droits d’auteur de ses précédentes publications, par le biais de Pierre Lignot qui lui servait de prête-nom. Mais à partir de novembre 1942,  date de l’invasion de la zone libre, les arrestations et les rafles se multipliant, le proscrit dut souvent avoir recours à l’accueil de ses amis dont la porte était toujours ouverte.  André Lignot leur fils, qui était alors âgé de six ans,  a brossé en quelques phrases pleines de sensibilité, l’atmosphère de cet attachement réciproque. (voir ci-joint le discours qu’il a prononcé lors de la cérémonie qui vient d’honorer ses parents).

Quand en octobre 1943, Jean-Philippe Lévy partit pour Toulouse où il avait obtenu un poste à la maison d’édition des Juris-Classeurs, il n’était pas pour autant à l’abri des poursuites.  Pierre Lignot lui proposa alors d’utiliser une copie de sa propre carte d’identité. A Jean-Philippe Lévy qui avait scrupule à accepter une telle proposition, du fait des risques qu’elle comportait, il rétorqua : « Je m’en fous ! faites-le ».

 

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La médaille posthume des Justes pour Yvonne et Sidoine Clément, ancien maire

dimanche 24 février 2013

de droite à gauche, Mr Dagnaud, Mr Ratson, Mme Arondel et Mme Saül déléguée de Yad Vashem

Le jeudi 13 décembre 2012, à la Mairie du dix-neuvième arrondissemnt de Paris,  s’est déroulée, sur fond d’histoire de Piolenc pendant l’occupation,  une émouvante cérémonie au cours de laquelle a été remise à titre posthume, aux ayants-droits d’Yvonne et Sidoine CLEMENT,   la Médaille des Justes parmi les Nations, pour avoir aidé la famille KAHN à échapper au péril nazi et notamment pour avoir hébergé  leur plus jeune fils, Bertrand, qu’ils firent passer pour leur neveu. 

Sous la Présidence de Monsieur François DAGNAUD, premier adjoint, représentant de Monsieur Roger MADEC empêché,  a accueilli un public recueilli et attentif, tandis que Monsieur Elad RATSON, Directeur des relations publiques de l’Ambassade d‘Israël en France remettait la marque de reconnaissance de l’Etat d’Israël aux neveux des Médaillés, Madame Jeanine ARONDEL et Monsieur Jacques BOYER ; Le Comité Français pour Yad Vashem était représenté  par Madame Viviane Saül et par Monsieur Paul Ejchenrand,

Bertrand KAHN avait six ans à la déclaration de guerre. C’est lui qui a demandé que soient reconnus comme Justes parmi les Nations, Yvonne et Sidoine CLEMENT qui, à la déclaration de guerre habitaient PIOLENC , petit village du Vaucluse, situé à quelques kilomètres d’Orange où Sidoine dirigeait une usine d’accumulateurs  dont Pierre KAHN,  son père, industriel parisien, était fournisseur. Les deux hommes, au-delà de leurs relations d’affaires, avaient noué des liens d’amitié.

Il a raconté comment dès la défaite il avait quitté Paris pour Toulouse avec sa famille que le premier statut des Juifs allait bientôt déposséder de ses droits et de ses biens. C’est à cette époque que remontent les premiers souvenirs qu’il garde d’Yvonne et Sidoine CLEMENT venus à plusieurs reprises  rendre visite à ses parents pris au piège des lois de Vichy, pour les aider à régler des questions matérielles dont ils ne tirèrent jamais aucun avantage personnel. 

A  l’invasion de la zone sud, à l’automne 1942, les KAHN quittèrent Toulouse pour rejoindre à Grenoble la zone d’occupation italienne, puis se replièrent à Almont (petit village de l’Oisans) qu’ils durent quitter dans l’urgence sous la menace d’une rafle imminente. C’était  en janvier 1944 alors que les déportations redoublaient d’intensité et que les déplacements devenaient de plus en plus périlleux .

Pour faciliter leur retraite, Sidoine CLEMENT vint  chercher leur plus jeune fils qui, avait alors 10 ans.

Bertrand raconte aujourd’hui :  

«  Dès cet instant, il fut convenu que je devais l’appeler « tonton » et le  tutoyer.

Nous sommes partis tous les deux en traîneau tiré par un cheval jusqu’à la gare du train départemental qui menait à Grenoble. Sur la porte de l’hôtel Terminus où nous avons passé la nuit, figurait l’inscription « Interdit aux Juifs », et  le hall était plein d’officiers allemands en uniforme. Je fis part de mes craintes à Tonton. «  Ne t’en fais pas me dit-il, je m’en occupe ». 

Le lendemain matin nous prenions le train pour Orange  où il récupéra son vélo. Il me fit grimper sur son porte-bagages et huit kilomètres plus loin, nous étions à «  La Fabrique »,  une ancienne magnanerie de Piolenc dans laquelle il avait installé ses ateliers et son habitation.  Ce couple sans enfant, était visiblement heureux de m’accueillir : je me sentis aussitôt chez moi. 

A mon arrivée Taty faisait du pain. Avec intelligence et délicatesse, pour me distraire du chagrin que j’avais d’avoir quitté mes parents, elle me fit enfourcher un vélo et m’envoya chez le boulanger chercher de la levure. Puis elle me montra un très grand pin planté devant la porte et me promit qu’à la Libération, nous serions tous réunis autour de lui et que nous accrocherions à son sommet un drapeau tricolore qu’elle confectionnerait avec des draps. J’étais ravi. 

Dans cette grande bâtisse apparemment sans histoires, je fis le soir même connaissance de deux familles anglaises, les AGUILAR et les OGILVIE auxquels les CLEMENT avaient prêté une partie de la maison. Nous allions le soir écouter la BBC avec eux. J’appris après la guerre que deux réfractaires au Service du Travail Obligatoire que mon oncle  surnommait « terres à four », étaient cachés dans les ateliers et que des objets de valeur appartenant à ma famille étaient murés dans la paroi d’un couloir.  Ces derniers furent scrupuleusement restitués plus tard. 

Les trois mois que j’ai passés à Piolenc (au cours desquels je ne sais pour quelle raison ma grand-mère fut elle aussi cachée quelques jours avec moi) m’ont laissé, envers et contre tout, le souvenir d’une période heureuse pendant laquelle j’ai vécu comme n’importe quel enfant venu en vacances dans sa famille.  Je me souviens de Madame CLEMENT mère, de Joseph le frère de Tonton, des voisins venus « tuer le cochon ». Tous ont su se taire et garder le secret de ma véritable identité. 

J’étais pourtant heureux trois mois plus tard de retrouver mes parents qui s’étaient entre temps réfugiés à Romans sur Isère. Tonton me conduisit à regret auprès d’eux, 

C’est à Romans où allait se dérouler la partie la plus critique de la course contre la mort à laquelle d’autres personnes secourables nous aidèrent à  échapper,  qu’à l’arrivée des Américains, nous avons recouvré la Liberté.

Très ému d’honorer aujourd’hui aux côtés de Jeanine ARONDEL et de Jacques BOYER, la mémoire d’Yvonne et  de Sidoine CLEMENT, cette tante et cet oncle que j’ai partagés quelques temps avec eux, mon regret est toutefois de ne pas avoir eu connaissance plus tôt de la Médaille des Justes  pour qu’ils aient pu connaître ainsi que mes parents avec lesquels ils sont toujours restés très liés , les minutes exceptionnelles que nous vivons aujourd’hui.

 

 

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Témoignage de leur fille Monique

samedi 23 février 2013

Monique,  leur plus jeune fille, née plus tard, en 1947,  écrit :

Avant que Bertrand Kahn prenne contact avec nous pour demander que nos parents soient reconnus comme Justes par Yad Vashem, nous savions qu’ils avaient aidé des familles juives réfugiées mais ils en parlaient rarement et comme incidemment.  Parfois maman, au détour d’un souvenir brusquement surgi, évoquait sa peur lorsqu’elle transportait des faux papiers à Grenoble. D’autres fois  c’était une carte postale, des vœux, des nouvelles émanant d’une famille juive, dont le nom et l’existence  nous étaient connus sans que nos parents fassent de commentaires particuliers.. Nous n’avions pas pris la mesure de leur engagement renvoyant à un passé déjà lointain. Nous étions  immergés dans le présent de nos propres vies.

J’imagine pourtant l’inquiétude que devait éprouver ce jeune couple qui, s’il avait été pris, aurait mis en danger non seulement ses deux jeunes enfants, mais aussi  Marguerite Mimero (1927-2001),  une pupille de l’Assistance Publique qu’ils avaient recueillie à leur foyer et qui faisait intégralement partie de notre fratrie.

C’est grâce à la Médaille des Justes qui vient de leur être récemment attribuée  que l’action de nos parents a été portée à la lumière. C’est grâce à Yad Vashem que nous verrons leurs noms gravés sur les Murs d’Honneur dans le Jardin des Justes parmi les Nations à Jérusalem et au Mémorial de Paris. 

En menant à bien les patientes démarches faites pour nous retrouver, Bertrand KAHN nous  a donné la dimension de leur passé et a généré notre désir d’exercer nous aussi notre devoir de mémoire en faisant connaître au travers de leur exemple,  la multitude de ceux qui, faute de témoignage, resteront anonymes mais qui comme eux , ont su s’opposer à l’inhumanité et à la nuit. Comment  ces « héros de l’ombre » ont-ils pu percevoir où était le Vrai et le Juste, à une époque de violence et d’endoctrinement, quand l’Etat et la Loi avaient pris le parti  de l’infamie ? Où ont-ils trouvé le courage de risquer leur vie et celles de leurs proches ? Comment ont-ils fait pour trouver, en dépit du danger,  une façon aussi efficace d’apporter leur aide et leur soutien ?

Pour nous, leurs enfants, ce qui vibrait dans le cœur de Pierre et de Marie restera un mystère. Nous pouvons simplement témoigner de ce que nous avons connu d’eux.

Marie était une femme très chaleureuse et très généreuse. Toute sa vie durant, on est venu auprès d’elle pour trouver rires, réconfort moral et matériel. Elle venait en aide d’un mouvement spontané, empathique. Les valeurs chrétiennes  faisaient sens pour elle, sans qu’elle soit pratiquante.  Une foi d’inspiration chrétienne, sans doute, peu soucieuse de dogmes.  Elle se montrait très tolérante, libre dans son approche des autres et de leur manière de vivre.

Pierre était un homme  plutôt réservé, doté d’autorité, de culture et de jugement  Il avait un sens aigu du devoir, des repères éthiques rigoureux. Il aimait analyser et confronter  ses réflexions avec celles d’autrui. Grand lecteur, certains livres de Renan et Rousseau portent ses annotations. Il avait le sens   de l’égalité  dans sa dimension éthique et politique,  et aussi de l’égalité profonde des hommes dans leur humaine condition. Il revendiquait le droit et la responsabilité de penser par lui-même, supportait mal les mots d’ordre, les croyances imposées. Il disait n’avoir pas besoin d’intermédiaire pour rencontrer Dieu. S’il était croyant, sa foi devait se rapprocher de celle évoquée dans La Profession de Foi du Vicaire Savoyard.

Des contacts avec les résistants existaient. On ignore s’ils se limitaient au soutien basique du réconfort, ravitaillement, informations. Mon frère aîné racontait l’arrivée des résistants dans l’appartement de mes parents, situé juste au dessus de l’école, les armes un peu imprudemment laissées dans le couloir, l’inquiétude de notre mère pour ses deux enfants qui pourraient avoir l’idée de faire comme les grands …

C’est avec  certaines de ces dispositions  de caractère, valeurs, culture, environnement que nos parents ont abordé  les personnes injustement persécutées et ont agi en suivant ce qui leur semblait naturel de faire. Espérons et travaillons pour que les générations qui nous remplaceront  soient munies de repères solides pour résister à ceux qui voudraient  les rendre flous voir les pervertir et les  anéantir. »  

 

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