Articles et documents

Un témoignage hallucinant

dimanche 13 mai 2012

 

 

 

Sur trois petits cahiers, en cachette, Otto Fischl a consigné les deux années vécues avec sa famille dans la maison des Stacke. En français - la famille vivait à Paris depuis 1938 - il raconte le quotidien, les disputes du couple Stacke, la guerre vécue depuis la Charente et par les informations diffusées à la radio.

C'est Agnès Stacke qui a permis que ces cahiers soient publiés. Sans enlever une virgule. Un témoignage hallucinant, souvent drôle, de la guerre dans les mots d'un adolescent. Extraits.

9 décembre 1943. Ce matin, une vieille femme m'a vu, c'est jouer de malheur. Je projette de m'amuser avec des cubes et de faire des invasions. Quant à la véritable invasion, elle n'a pas l'air d'arriver.

10 février 1944. Les nouvelles sont nulles et c'est désespérant, rien et rien. C'est aujourd'hui qu'il faut donner le foin [aux Allemands, NDLR], mais Sa Majesté M. Stacke ne le donnera pas. Il a la tête dure, les autorités aussi, je crois qu'il ne va rien arriver de bon.

28 février 1944. Hitler est malade et je lui souhaite de crever comme un chien malgré les exhortations de la soeur qui dit qu'il ne faut pas dire ça, qu'il faut aimer même ses ennemis. C'est fort bien, mais Hitler n'est pas un ennemi ordinaire.

28 août 1944. J'ai peur de la mort, une horrible peur, je voudrais mourir sans le savoir, mais être fusillé, non. J'imagine toujours un mur, un peloton de soldats, un officier, Feuer !, 12 détonations, l'exécuté tombe, le coup de grâce dans l'oreille, brrr, j'en ai froid dans le dos. Enfin, j'espère que je l'éviterai. Nous avons tenu deux ans, nous tiendrons encore un ou deux mois avec l'aide de Dieu.

3 septembre 1944. C'est vrai Cognac est libérée avec les environs, la mairie a déjà le drapeau français. Nous, nous en avons mis trois: le tchèque, le français et l'américain. C'est idiot le français aurait suffi, mais ils sont si têtus. Attendons les événements. Quand sortirons-nous? L'après-midi, nos drapeaux ont été volés. Des partisans se promènent avec des brassards FFI. M. Stacke a été traité de «boche» et de «collaborateur». Pour se disculper, il a montré mes parents, n'est-ce pas trop tôt? Le soir, une nouvelle disant qu'une colonne allemande arrive, cela nous a refroidis.

12 septembre 1944. Un nouveau journal paraît, intitulé La Charente Libre. La plus grande nouvelle est que les Allemands ont essayé de débarquer en Charente-Maritime, l'invasion a échoué. Je prévois le moment où Hitler essayera de débarquer en Allemagne.

En Australie. Otto et Alex vivent depuis 1950 en Australie. À 80 ans passés, ils continuent de travailler dans l'entreprise de cuir familiale et entretiennent des liens réguliers avec les enfants Stacke.

 

source: http://www.charentelibre.fr/2012/05/11/un-temoignage-hallucinant,1094569.php du 11/05/2012

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Charente:le "sale boche" était un Juste

dimanche 13 mai 2012

 

 

Soupçonnée de collaboration, la famille Stacke cachait des Juifs à Salles-d'Angles pendant la Seconde Guerre mondiale. Les parents viennent d'être nommés Justes. Une «revanche» pour leurs enfants.

Émile Stacke tient beaucoup à cette photo montrant ses parents, Joseph et Agnès, heureux dans leur ferme de Salles-d'Angles. Photo F. B. 

La croix gammée est encore visible soixante-huit ans après sur la pierre blanche de la ferme familiale des Stacke à Salles-d'Angles. Une tache tenace sur l'honneur de cette famille d'émigrés tchèques soupçonnée de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 3 septembre 1944, alors que la Charente vient juste d'être «libérée», Joseph, le père, manque d'être arrêté par les Forces françaises de l'intérieur (FFI). La méprise est totale. Dans la maison, les Stacke cachaient depuis deux ans une famille juive, les Fischl. Otto, le fils aîné, raconte cette journée dans son journal intime publié en 2009: «Des partisans se promènent avec des brassards FFI. M. Stacke a été traité de "boche" et de "collaborateur". Pour se disculper, il a montré mes parents, n'est-ce pas trop tôt?»

L’homme dont il parle, c’est bien Joseph Stacke, l’émigré tchèque installé à Salles-d’Angles où il est mort en 1970 sans jamais avoir obtenu la nationalité française. Un homme souvent en colère qui a risqué sa vie et celle de sa famille pour sauver les Fischl. Cet antiquaire acariâtre et son épouse, Agnès, belle femme aux pommettes slaves, décédée en 1996, viennent d’être nommés «Justes parmi les nations». Les huit enfants Stacke, tous nés en Charente, dont quatre vivent encore dans la région, ont reçu mi-avril la nouvelle espérée depuis une éternité.Un courrier du comité Yad Vashem (2) qui apaise une douleur toujours vive.

Frédéric Berg

source:http://www.charentelibre.fr/2012/05/11/les-justes-faillirent-etre-fusilles,1094568.php du 11/05/2012

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Castillon-Savès. Ernestine, une Juste reconnue 67 ans après

vendredi 11 mai 2012

A g., Francis Deltorn. A côté du maire: JB Katz, sauvé par Ernestine, et Albert Seifer. /Photo DDM, S. L.

 

Ernestine Deltorn a reçu la médaille de Juste parmi les nations à titre posthume, hier, à Castillon-Savès. Un moment émouvant pour son fils Francis et pour JB, l'un des enfants cachés par Ernestine. Retour sur leur enfance en Tarn-et-Garonne.

Le village de Castillon-Savès a fêté la mère d'un des siens, hier matin. Francis Deltorn n'a pas oublié sa tendre Ernestine, même si elle est morte jeune. Pas plus que Jean-Bernard Katz, qu'il appelle JB maintenant, mais qu'il appelait Jean Bernard… ou Gauthier ou Legrand pendant les années noires de la seconde guerre mondiale. Si JB a pu dépasser l'âge de 11 ans et courir le monde pour sauver des enfants malades avec son association, c'est grâce à Ernestine qui a caché sa famille dans sa ferme, la déplaçant à chaque fois qu'une petite fille du village descendait du causse avec son panier rempli de fromages, signe que la gestapo arrivait. JB se souvient qu'à l'époque il a dû oublier jusqu'à son identité.

« Je savais que je n'étais pas comme les autres. D'abord parce que j'allais au catéchisme alors que je n'étais pas catholique. Et puis, je changeais de nom régulièrement. Tout le monde était complice. Il y avait surtout Ernestine qui ravitaillait aussi la famille Introligator, la nuit, dans le causse, et les Bornstein. C'était une bonne maman, une grande humaniste. Je me souviens d'une petite brune, un peu boulotte. C'est une femme qui avait un cœur plus gros qu'elle. » Une femme courageuse résume son fils Francis. « Elle était agent de liaison du maquis de la Grésigne et du maquis d'Ornano, pendant que mon père cherchait à s'évader des camps en Allemagne. Elle avait 25 ans à l'époque. Elle transportait les messages de la Résistance dans le tube de sa selle et les déposait à la pharmacie du rond-point, à Montauban. » Bientôt, sans doute, Ernestine aura la médaille de la Résistance.

Mais pour l'heure, c'est pour avoir sauvé des juifs qu'elle est honorée à titre posthume par Albert Seifer, le délégué régional du comité français pour Yad Vashem. Un enfant caché lui aussi. Dans un couvent, à Capdenac, par monseigneur Saliège. Encore un Juste parmi les nations.

Le nom du cardinal comme celui d'Ernestine ne seront jamais effacés de la colline du souvenir, à Jérusalem.


Ce qu'ils sont devenus

Francis Deltorn, 72 ans. Ex directeur adjoint de la clinique Pasteur à Toulouse, ex président national des arbitres de rugby (la FFR lui remettra le Coq d'or le 16 juin) et de Rugby Fair play, il a reçu la légion d'honneur samedi dernier et l'ordre national du Mérite en 2004. Son frère aîné a soufflé l'idée de créer le Samu au professeur Lazorthe et au professeur Louis Lareng.

Jean-Bernard Katz, 78 ans. Chirurgien dentiste à Paris, il a créé l'association Accueil et vie avant de l'intégrer à Médecins sans frontière pour sauver toujours plus d'enfants. A ce titre, il est colauréat du prix Nobel de la paix reçu en 1998.

La famille Introligator. Elle a émigré aux Etats-Unis. Francis n'a pas retrouvé les descendants.

M. Bornstein, 92 ans. Il vit à Paris.

Beatrice Dillies

source: http://www.ladepeche.fr/article/2012/05/09/1348991-castillon-saves-ernestine-une-juste-reconnue-67-ans-apres.html du 11/05/2012

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Ernestine, Juste parmi les Nations

mardi 8 mai 2012

Ernestine Deltorn Joseph Chia Katz né à Torchin (Ukraine) arrive en France en 1931 ; il est prothésiste dentaire. Son épouse Ada Kipen est dentiste. De leur union naissent deux enfants : Jean-Bernard en 1934, et Michel en 1940 (décédé en 1983).

Joseph Katz, engagé volontaire est affecté à Septfonds (Tarn-et-Garonne) où il fait fonction de dentiste. Sa femme et ses enfants le rejoignent à Septfonds.

Démobilisé il part à bicyclette à la recherche d’un logement familial.

A Cazals (Tarn-et-Garonne), Joseph Katz rencontre le maire auquel il arrache une dent douloureuse ; soulagé et reconnaissant, celui-ci le met en relation avec Ernestine Deltorn. Elle met à la disposition des Katz une maison familiale inhabitée.

Mr Jean Deltorn, époux d’Ernestine est en captivité depuis 1939.

Mr et Mme Katz et Ernestine Deltorn rejoignent le réseau de résistance » Jean-Marie «  En mai 1943 Ernestine est prévenue de la rafle de St Antonin ; elle cache ses protégés dans la maison inhabitée de ses beaux-parents, au lieu-dit « Régis » elle veille au ravitaillement de la famille Katz.

Au bout de quelques jours, la famille est conduite de nuit dans une ferme isolée dans la campagne de Monclar-de-Quercy, où la famille Katz restera jusqu’à la libération en Août 1944.

La famille Intraligator, cousine des Katz est cachée dans une ferme des Deltorn sur le Causse-de-Penne à Régis. La famille Intraligator est partie aux USA et Jean-Bernard Katz les a perdus de vue.

D’origine polonaise, Gedalie Bornstein et Rachel Apter habitent 83 rue du Temple. Paris (3ème) Ils sont commerçants et leur fils Max travaille avec eux.

Max Bornstein est mobilisé en juin 1940 à St Etienne. Libéré en février 1941, il ne peut rentrer en zone occupée. Il rejoint ses amis Katz à Cazals ; il est hébergé par Ernestine Deltorn. Au bout d’un an environ, afin d’échapper au S.T.O  (service du travail obligatoire) il s’enfuit de Cazals. Il rejoint Nice, puis Paris muni de faux papiers.

Ses parents, Gédalie et Rachel Bornstein, restés à Paris sont arrêtés et déportés à Auschwitz par le convoi N° 61 du 28-10-1943 ; ils y seront assassinés.

Ainsi, huit personnes au moins ont été sauvées par Ernestine Deltorn.

 

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