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Cérémonie de remise de médailles de Justes parmi les Nations

vendredi 18 mai 2012

C’est une cérémonie très solennelle, empreinte de dignité et de respect et baignée d’une grande émotion qui s’est déroulée ce lundi 7 mai dans la salle d’honneur de la mairie à Chateauneuf sur Isère.

Vicky et
Entourés de Mme Vicky Green venue spécialement de Los Angelès avec son époux, ses deux fils et une petite fille, Roger et René François étaient réunis avec leur famille pour recevoir la « médaille des Justes parmi les nations » de l’état d’Israël, décernée à titre posthume à leurs parents Suzanne et Amédée, qui ont hébergé dans leur ferme de Bellevue, d’octobre 1942 à septembre 1944, deux jeunes filles juives Adèle et Vicky Goldstein, alors âgées respectivement de 16 et 14 ans.

Merci Suzanne, Merci Amédée.


Amédée et Suzanne FRANCOIS
Devant une foule nombreuse, le maire de la commune Philippe Patouillard a ouvert la cérémonie par ces mots « ...en se mettant de fait hors la loi, hors la règle ...,sans rien attendre en retour, dans l’anonymat, juste par devoir, juste par solidarité, juste par Humanité, simplement parce que la générosité du cœur passe au dessus de la raison...M. et Mme François sont un exemple pour nous tous. Merci Suzanne, merci Amédée ».
Robert Mizrahi, Président du Comité français pour l’Institut Yad Vashem pour le sud de la France, en présentant ce qu’est le mémorial Yad Vashem a alors expliqué à l’assistance que le titre de justes est décerné aux personnes non juives qui ont sauvé des Juifs sous l’occupation allemande entre 1940 et 1944, au péril de leur vie. Après une rapide rétrospective les évènements de l’époque, il a ensuite vivement remercié Nathalie François – Brun, fille de Roger, à l’origine des démarches qui depuis 4 ans ont conduit à cette cérémonie.
Il n’y a pas de mot qui puisse témoigner ma reconnaissance ainsi que celle de ma sœur Adèle décédée en 2007 . Avec beaucoup d’émotion, Vicky a exprimé toute sa gratitude, son affection à l’égard de Roger le « petit frère », de ses parents « Père François et Mère François comme nous les appelions... ; Vous nous avez sauvé la vie et vous avez risqué la vôtre... ».
Très ému, Roger a ensuite conté l’histoire de ce petit garçon de 7 ans à l’époque qui a vu arriver deux belles jeunes filles à la ferme de Bellevue et qui a su de suite « tout voir, tout entendre et ne rien dire ».

Au nom du peuple juif et de l’état d’Israël, M. Barnéa Hassid, Consul général d’Israël,a alors prononcé une allocution et a remis « la médaille des Justes parmi les Nations » à Roger et René François, tandis que Robert Mizrahi donnait lecture du diplôme d’honneur « leur nom rentre aujourd’hui dans l’histoire ».

Pour terminer, le préfet de la Drôme, M. Pierre-André Durand , après avoir évoqué ces années horribles de guerre a déclaré « Quand la règle devient illégitime, il est légitime de la transgresser ». _ Il a également remercié l’ensemble des personnes qui par leur présence et leur implication pour ces cérémonies entretiennent et transmettent le devoir de mémoire nécessaire auprès des générations nouvelles notamment.

Roger, au centre et René à droite entourés de gch à dte au 1er rang du Consul d'Israël, de M. Green le mari de Vicky, Vicky et Nathalie et au 2ème rang de M. le Maire de Chateauneuf, M. le Préfet de la Drôme, la petite fille et les deux fils de Vicky et du Président de Yad Vashem


source: http://www.chateauneufsurisere.fr/Ceremonie-de-remise-de-medailles 

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TEMOIGNAGES DES RESCAPES - LA STRATEGIE DU PERE KLINDA

mercredi 16 mai 2012

Pal KLINDA, un prêtre catholique reconnu Juste parmi les Nations le 20 juin 1995 par YAD VASHEM, avait 45 ans en mars 1944 lorsque les nazis envahirent le pays. Il était enseignant à l’Institut RANOLDER de Budapest (une Ecole Normale pour Instituteurs) que dirigeait sa sœur, Aranda KLINDA, une religieuse catholique de l’ordre des Miséricordieuses. En plus de ses heures de cours, le prêtre avait la responsabilité d’une école professionnelle intégrée à l’établissement, l’Institut KLARA, où un grand nombre de jeunes filles juives qui, pour des raisons de numerus clausus, n’avaient pas le droit d’intégrer l’enseignement supérieur, suivaient des cours de couture.

A l’entrée des troupes allemandes, le Père KLINDA qui avait connaissance du sort tragique que l’envahisseur réservait aux juifs, chercha à venir en aide à ses élèves. Bien qu’il se sache l’objet d’une étroite surveillance policière depuis qu’un journal hongrois l’avait publiquement « accusé » de sympathie pour les juifs, n’écoutant que sa conscience, au mépris des risques encourus, il mit en place, à la barbe des SS et des Croix Fléchées (les milices fascistes) une ingénieuse stratégie.

Il était propriétaire avec sa sœur d’un atelier de confection, le FOYER KATALIN, où depuis le début des hostilités on fabriquait des uniformes militaires. Usant de ses relations, il le fit reconnaître comme usine de guerre et le fit placer « Sous la Protection de la Nonciature Apostolique » par le Vatican, afin de lui assurer le statut d’extraterritorialité. Une fois ces formalités accomplies, les noms d’une soixantaine de femmes juives qui devaient intégrer le ghetto de Budapest en vue d’une prochaine déportation, furent retirés des listes du Ministère de la Guerre, pour être affectées, en tant que travailleuses forcées au FOYER KATALIN. Ce n’est pas par hasard que se trouvaient parmi elles plusieurs élèves de l’Institut KLARA.

Pour ne pas éveiller la méfiance des autorités, il fallait mettre en place une discipline militaire trompeuse. C’est alors que Gitta MALLASZ fut contactée par un ami, haut fonctionnaire au Ministère de la Guerre pour devenir Commandante de ce camp de travail improvisé, une fonction à laquelle ni son éducation ni son expérience ne l’avaient préparée. Gitta MALLASZ était née dans une famille de la haute bourgeoisie austro-hongroise, proche du parti nationaliste pronazi, autoritaire et antisémite, dirigé par l’Amiral HORTHY.

Douée pour le sport, les lettres et les arts, championne de natation, décoratrice renommée, parlant couramment six langues, elle avait alors trente-sept ans. Elle accepta sans hésitation cette charge périlleuse, en dépit de la réprobation de sa proche famille et se jeta sans merci dans la résistance clandestine, ne posant qu’une condition à son engagement : que ses deux grandes amies juives, Hanna DALLOS (professeur de dessin) et Lili STRAUSZ (professeur d’expression corporelle) fassent partie de l’équipe des «ouvrières »(*). Quant à Joseph KREUTZER, le mari de Lili, il avait été déjà été arrêté. Le FOYER KATALIN ouvrit ses portes le 28 juin 1944.

(*)Dix-huit mois plus tôt, Gitta, Hanna, Lili et son mari Joseph avaient transféré l’atelier de graphisme dans lequel ils étaient associés, à Budaliget, petit village de campagne où ils s’étaient retirés loin des tumultes de Budapest. Dans de longues discussions philosophiques, désespérés, ils passaient de longues soirées à se poser des questions sur les erreurs que l’homme a pu commettre pour en arriver à de telles violences ; ils s’interrogeaient sur le devenir de l’humanité au cours d’entretiens intimes où leurs sensibilités exacerbées par l’angoisse leur faisaient abandonner la logique pour l’intuition. Ils échangèrent ainsi d’étonnantes réflexions philosophiques qui les plongèrent dans une puissante expérience mystique commune.

Gitta   Lili

Hanna et Joseph

 Quand un jour, soudain, Hanna entendit une voix. « Attention ! ce n’est plus moi qui parle ! ,» Dit-elle à Gitta. La voix [de leur Messager, ou de l’Ange, comme Hanna la nomma plus tard] répondait désormais par sa bouche aux questions des quatre amis sur les erreurs que l’homme a pu commettre pour en arriver à une telle barbarie et définissait le profil d’un monde nouveau. Gitta, pour ne rien perdre de cet étrange message noircissait les cahiers d’écolier qu’elle allait emporter plus tard avec elle dans sa fuite vers la France. Elle les traduisit et les publia sous le titre des Dialogues avec l’Ange qu’elle présenta dans Radiographie, une émission de Jacques Chancel, à la suite de laquelle cet ouvrage de littérature spirituelle, existant en quinze langues, qui répondait aux profonds désirs de spiritualité de notre société, eut un immense retentissement.

LA VIE AU FOYER KATALIN A PARTIR DU 28 JUIN 1944

Extraits des témoignages de deux rescapées, déposés au Mémorial de YAD VASHEM à Jérusalem

Susan KELVIN avait 15 ans en juin 1944. Elle avait été l’élève du Père KLINDA.

 «Depuis que les Allemands avaient envahi la Hongrie, dit-elle dans le témoignage figurant dans les Archives de Yad Vashem, une grande partie de la communauté juive de Budapest avait déjà été assassinée. Pour faciliter les départs des survivants, on les parquait dans le ghetto qu’avaient ouvert les nazis. Comme mes camarades de l’Institut KLARA, j’avais reçu début juin un télégramme m’enjoignant de gagner immédiatement le FOYER KATALIN avec ma famille et d’apporter une machine à coudre si nous en avions une. C’est le Père KLINDA qui nous a accueillies ma mère, ma tante et moi. « Surtout ne bougez pas d’ici ! Ne parlez à personne. Vous êtes là pour des mois » nous a-t-il dit avant de se retirer.

 

[…] Gitta MALLASZ dirigeait le camp. Bien qu’elle soit en uniforme, nous nous doutions qu’elle se pliait à un double jeu pour nous sauver et nous mesurions les risques qu’elle encourait elle-même.

 Affectées à l’atelier de confection, nous étions installées dans une très grande salle, par rangs de cinq. Nous fabriquions d’arrache-pied des chemises militaires que nous nous efforcions de réaliser avec la plus extrême minutie, les plus habiles formant leurs compagnes inexpérimentées. Les contrôles de fabrication étaient fréquents et nous savions qu’en cas d’insatisfaction des autorités militaires nous serions livrées au triste sort réservé aux nôtres par les nazis et que Gitta serait démasquée. De la qualité de notre travail dépendait notre salut et quand nous finissions notre journée avec la satisfaction du devoir accompli, nous chantions..

]…] Nous nous sentions en sécurité et les conditions matérielles étaient parfaitement correctes. Il y avait une fantastique atmosphère spirituelle dans l’usine et nous étions très soutenues psychologiquement par Gitta MALLASZ et surtout par Hanna DALLOSZ et Lili STRAUSZ. Nous nous étions aperçues que les trois amies se réunissaient souvent dans une cabane et, curieuses. nous essayions de les épier, cachées derrière les buissons. Un jour Lili s’en aperçut. « Vous voulez savoir ce qui se passe ? dit-elle, je vais essayer de vous l’explique ». Nous avons ainsi compris qu’elles étaient unies par des liens spirituels. Nous aurions tant voulu méditer avec elles mais nous n’y avons jamais été admises. »


Katalin VAMOS, aujourd’hui médecin à Budapest, avait six ans au moment des faits. Elle a confié ses souvenirs d’enfant aux archives de YAD VASHEM. Elle témoigne de son arrivée au Foyer KATALIN avec sa mère et sa sœur Véronique, de quatre ans son aînée, le 28 juin 1944,

« Je ne sais pas, dit-elle, comment ma mère a été mise en contact avec les organisateurs du FOYER KATALIN. Nous y sommes parvenues à pied le jour de son ouverture, le 28 juin 1944, en faisant de nombreux détours, nous efforçant de dissimuler l’étoile jaune cousue à nos vêtements. La première journée était très confuse. Un grand désespoir régnait parmi les femmes et les enfants. L’ordre et la discipline dans l’usine ont été établis en 24 heures.

Nous les plus jeunes vivions séparées des adultes que nous retrouvions le soir seulement dans les sous-sols de l’établissement car l’entrée aux ateliers nous était strictement interdite. Nous étions bien traitées, bien nourries et hospitalisées à l’extérieur lorsque nous étions malades. Nous étions de 15 à 20 enfants selon les périodes et des grandes personnes nous faisaient jouer dans un coin retiré du jardin ou dans le fond de la maison. Nous étions sages et obéissantes. Celles qui n’avaient pas leurs parents pleuraient, surtout la nuit. On nous faisait jouer à celle qui pouvait courir le plus silencieusement, sauter sans faire de bruit, faire semblant de chanter sans émettre de sons mais surtout on nous rappelait sans cesse qu’il ne fallait jamais dire que nous étions juives. Quant aux tout petits, ils avaient été éloignés dans un local distinct où des internées s’occupaient d’eux avec dévouement.

[…] Je me souviens de la commandante, Gitta Mallasz, sanglée dans sa tenue d’officier. Nous n’avions pas de contacts directs avec elle mais nous la croisions souvent lorsqu’elle accompagnait des délégations officielles qui venaient passer les ateliers en revue. Ces contrôles rendaient les adultes fébriles et nous les enfants nous devions nous mettre en rang, au garde-à-vous et garder le silence le plus complet jusqu’à ce qu’un de ces messieurs nous crie « Rompez ! ».

LE DANGER S’INTENSIFIE

GITTA RENFORCE LA PROTECTION et ORGANISE LA RESISTANCE

Octobre 1944, lorsqu’HITLER fait arrêter HORTY et porte au pouvoir Ferenc SZALASI, membre du parti des « Croix Fléchées », la situation du foyer devient précaire. Gitta MALLASZ en est consciente et poste en permanence une vigie pour surveiller l’entrée du parc. Elle fait aussi aménager une brèche dans les haies qui séparent le FOYER KATALIN d’une villa voisine inoccupée et conseille de s’évader à celles qui peuvent trouver une autre cachette.

A la fin du mois, des SS allemands s’installent dans la villa voisine qu’ils ont réquisitionnée.

Le 5 novembre 1944, les Croix Fléchées pénètrent dans l’usine. Quelques femmes parviennent à s’enfuir par les brèches, mais 72 d’entre elles sont emmenées par les miliciens. Gitta est violemment frappée. Prévenu, le père KLINDA réussit grâce à ses relations, à sauver les prisonnières. La vie reprend au FOYER KATALIN, où d’autres femmes sont recueillies pour relayer les fugitives et pour échapper au Ghetto. Mais Gitta qui a compris que ce n’est que partie remise, recherche fébrilement une solution.

Grâce à son enfance passée en Autriche, elle parle très bien le bavarois et se lie d’amitié avec un caporal de la Wehmacht de la maison d’à côté, grâce auquel elle peut offrir un dessin à leur journal officiel en échange d’une attestation (avec l’en-tête SS et Wehrmacht) qu’elle pourra montrer aux nazis hongrois s’ils reviennent. Elle entretient des relations apparemment amicales avec ses nouveaux voisins qui lorsqu’ils viennent prendre un verre de Tokay avec elle, passent par la brèche ménagée entre les deux jardins. Elle se plaint hypocritement à eux de la vulgarité des Croix Fléchées qui importunent ses ouvrières et réussit à les convaincre de les chasser au cas où ils viennent perturber leur travail.

Quand le 1er décembre 1944, les Croix Fléchées font une seconde incursion, on assiste à l’incroyable spectacle des femmes juives, poursuivies par les nazis hongrois, se bousculant pour franchir la brèche de la haie sous la protection des SS qui les encouragent de la voix et du geste. Le temps que le colonel SS soit prévenu de la méprise et ordonne à ses hommes de rentrer chez eux, la plupart des femmes se sont échappées avec les enfants à l’exception de 14 d’entre elles trop malades ou trop effrayées et d’Hanna et Lili – et d’une toute jeune fille, Eva, qui a voulu rester avec Hanna et Lili - dont on pense qu’elles sont volontairement restées pour ne pas laisser soupçonner la complicité de Gitta, mais aussi pour que leur amie puisse un jour faire connaître les « Dialogues avec l’Ange » au monde en détresse.

Brutalement chargées dans des camions, les seize malheureuses sont parties pour Ravensbrück dont une seule (Eva Danos) est revenue pour raconter leur fin atroce lors de leur acheminement vers le camp de Burgau. « A l’approche des Alliés, elles furent entassées debout, nues, dans des wagons à bestiaux plombés où presque toutes moururent de faim ou de maladie au milieu de leurs excréments. Une fois par jour une SS ouvrait le wagon et les prisonnières jetaient les cadavres dehors. Lili mourut une heure après Hanna ; toutes deux avaient fait montre d’un courage extraordinaire tout au long de leur calvaire. La surveillante SS fit signer aux survivantes l’attestation qu’elles étaient mortes ‘de mort naturelle’. »  

Toutes les femmes et les enfants qui s’étaient enfuis par le jardin des SS ont survécu. Gitta, sauvée une fois encore par l’intervention du Père KLINDA, chercha désespérément ses amies avant d’apprendre qu’elle ne les reverrait jamais. Elle resta quinze ans en Hongrie sous le joug communiste pour faire survivre les neuf personnes de sa famille en disgrâce, car elle seule avait le droit de travailler. Elle put enfin quitter le pays en 1960, pour la France où elle allait faire sa vie –elle y a reçu par la suite la nationalité française - emportant « les Dialogues avec l’Ange » précieusement serrés contre elle comme seul viatique. Bien qu’elle ait arraché à la mort une bonne centaine de femmes et un grand nombre d’enfants qu’il est difficile de dénombrer exactement car les effectifs du FOYER KATALIN ont fluctué au cours de la période des déportations en Hongrie, elle pleura jusqu’à sa propre fin le 25 mai 1992, les seize femmes qu’elle n’avait pas réussi à sauver.

 

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Un témoignage hallucinant

dimanche 13 mai 2012

 

 

 

Sur trois petits cahiers, en cachette, Otto Fischl a consigné les deux années vécues avec sa famille dans la maison des Stacke. En français - la famille vivait à Paris depuis 1938 - il raconte le quotidien, les disputes du couple Stacke, la guerre vécue depuis la Charente et par les informations diffusées à la radio.

C'est Agnès Stacke qui a permis que ces cahiers soient publiés. Sans enlever une virgule. Un témoignage hallucinant, souvent drôle, de la guerre dans les mots d'un adolescent. Extraits.

9 décembre 1943. Ce matin, une vieille femme m'a vu, c'est jouer de malheur. Je projette de m'amuser avec des cubes et de faire des invasions. Quant à la véritable invasion, elle n'a pas l'air d'arriver.

10 février 1944. Les nouvelles sont nulles et c'est désespérant, rien et rien. C'est aujourd'hui qu'il faut donner le foin [aux Allemands, NDLR], mais Sa Majesté M. Stacke ne le donnera pas. Il a la tête dure, les autorités aussi, je crois qu'il ne va rien arriver de bon.

28 février 1944. Hitler est malade et je lui souhaite de crever comme un chien malgré les exhortations de la soeur qui dit qu'il ne faut pas dire ça, qu'il faut aimer même ses ennemis. C'est fort bien, mais Hitler n'est pas un ennemi ordinaire.

28 août 1944. J'ai peur de la mort, une horrible peur, je voudrais mourir sans le savoir, mais être fusillé, non. J'imagine toujours un mur, un peloton de soldats, un officier, Feuer !, 12 détonations, l'exécuté tombe, le coup de grâce dans l'oreille, brrr, j'en ai froid dans le dos. Enfin, j'espère que je l'éviterai. Nous avons tenu deux ans, nous tiendrons encore un ou deux mois avec l'aide de Dieu.

3 septembre 1944. C'est vrai Cognac est libérée avec les environs, la mairie a déjà le drapeau français. Nous, nous en avons mis trois: le tchèque, le français et l'américain. C'est idiot le français aurait suffi, mais ils sont si têtus. Attendons les événements. Quand sortirons-nous? L'après-midi, nos drapeaux ont été volés. Des partisans se promènent avec des brassards FFI. M. Stacke a été traité de «boche» et de «collaborateur». Pour se disculper, il a montré mes parents, n'est-ce pas trop tôt? Le soir, une nouvelle disant qu'une colonne allemande arrive, cela nous a refroidis.

12 septembre 1944. Un nouveau journal paraît, intitulé La Charente Libre. La plus grande nouvelle est que les Allemands ont essayé de débarquer en Charente-Maritime, l'invasion a échoué. Je prévois le moment où Hitler essayera de débarquer en Allemagne.

En Australie. Otto et Alex vivent depuis 1950 en Australie. À 80 ans passés, ils continuent de travailler dans l'entreprise de cuir familiale et entretiennent des liens réguliers avec les enfants Stacke.

 

source: http://www.charentelibre.fr/2012/05/11/un-temoignage-hallucinant,1094569.php du 11/05/2012

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Charente:le "sale boche" était un Juste

dimanche 13 mai 2012

 

 

Soupçonnée de collaboration, la famille Stacke cachait des Juifs à Salles-d'Angles pendant la Seconde Guerre mondiale. Les parents viennent d'être nommés Justes. Une «revanche» pour leurs enfants.

Émile Stacke tient beaucoup à cette photo montrant ses parents, Joseph et Agnès, heureux dans leur ferme de Salles-d'Angles. Photo F. B. 

La croix gammée est encore visible soixante-huit ans après sur la pierre blanche de la ferme familiale des Stacke à Salles-d'Angles. Une tache tenace sur l'honneur de cette famille d'émigrés tchèques soupçonnée de collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 3 septembre 1944, alors que la Charente vient juste d'être «libérée», Joseph, le père, manque d'être arrêté par les Forces françaises de l'intérieur (FFI). La méprise est totale. Dans la maison, les Stacke cachaient depuis deux ans une famille juive, les Fischl. Otto, le fils aîné, raconte cette journée dans son journal intime publié en 2009: «Des partisans se promènent avec des brassards FFI. M. Stacke a été traité de "boche" et de "collaborateur". Pour se disculper, il a montré mes parents, n'est-ce pas trop tôt?»

L’homme dont il parle, c’est bien Joseph Stacke, l’émigré tchèque installé à Salles-d’Angles où il est mort en 1970 sans jamais avoir obtenu la nationalité française. Un homme souvent en colère qui a risqué sa vie et celle de sa famille pour sauver les Fischl. Cet antiquaire acariâtre et son épouse, Agnès, belle femme aux pommettes slaves, décédée en 1996, viennent d’être nommés «Justes parmi les nations». Les huit enfants Stacke, tous nés en Charente, dont quatre vivent encore dans la région, ont reçu mi-avril la nouvelle espérée depuis une éternité.Un courrier du comité Yad Vashem (2) qui apaise une douleur toujours vive.

Frédéric Berg

source:http://www.charentelibre.fr/2012/05/11/les-justes-faillirent-etre-fusilles,1094568.php du 11/05/2012

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