Boulas Jeanne

Boulas Roland

Année de nomination : 2010      Dossier n° 11973 -  Consulter le dossier de Jérusalem (en anglais)

Les Justes

Mme Jeanne Boulas (née Lejars)
Date de naissance : 10/01/1909
Date de décès : 23/04/2002
Profession : Sans profession
Particularité : Information non disponible

M. Roland Boulas
Date de naissance : 18/05/1909
Date de décès : 12/03/1983
Profession : Employé municipal (menuisier)
Particularité : Information non disponible

Localisation

Localite : Orléans
Département : Loiret
Région : Centre
Pays : France

Cérémonies de reconnaissance

Date : 1 décembre 2011
Lieu : Mairie d'Orléans (45000)

Remise de la médaille des Justes parmi les Nations par Pierre OSOWIECHI, délégué de Yad Vashem, Aux ayants droit de Roland et Jeanne BOULAS, honorés à titre posthume.

Personnes sauvées

Mme Tuba Debas (née Dorfman)

Lieu de mémoire

Aucun

L'histoire

Jeanne BOULAS En 1934, lorsque Tuba Dorfman vient au monde en Roumanie,  Bucarest est encore une ville libre et animée. Dans un foyer aimant où l’attendent deux grandes sœurs (Paulette 9 ans et Betty 7 ans),  son avenir s’ouvrirait sous d’heureux auspices si le pays, en  proie à une grave crise économique ne subissait la montée de la « Garde de Fer », mouvement nationaliste, antisémite, xénophobe et totalitaire qui allait porter au pouvoir le général Antonescu, allié d’Hitler dès la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941.

En 1938, sa mère saisit l’opportunité d’un voyage touristique pour quitter subrepticement  le pays  afin de rejoindre avec ses enfants, son mari Kopel, parti à Paris en éclaireur. Avec la fraîcheur  de l’enfance, Tuba évoque en quelques flashes sa découverte de l’Italie et de la France, la pension de Neuilly où elle et ses sœurs apprennent rapidement le français, les cours de danse, les rires et les chansons avec les parents…… Puis, c’est une brève étape en Belgique,  interrompue par l’arrivée des troupes ennemies qui rattrapent rapidement la famille revenue à Paris. Les ressources se sont épuisées et on tente d’échapper aux lois de Vichy. Cependant Tuba écrit : « Nous sommes très joyeuses. Du moment que nous sommes ensemble, rien ne peut nous arriver ».(*1)

Pourtant, en 1942, Kopel est pris dans une rafle : jamais on ne le reverra. Sa femme attend son quatrième enfant.  Au printemps 1943, tandis qu’elle accouche sous X de Claude, un garçon,  à l’hôpital de Saint- Maurice, elle a placé ses deux plus jeunes filles dans une œuvre de la rue Lamarck qui recueille les enfants de déportés. Un jour où Tuba rentre de l’école, Betty n’est plus là. La police est venue la chercher avant d’aller arrêter Paulette au domicile de la famille où elle était restée. Les deux sœurs partent ensemble vers l’enfer d’Auschwitz.

« La tristesse a totalement envahi ma vie. Rien ne fut plus pareil. Mon enfance a fui à jamais avec l’absence de Betty…….Elle aimait bien jouer avec moi. Elle faisait le pitre et moi je ne demandais que cela ! Elle  prenait le balai dans ses bras comme si c’était son amoureux.  Elle lui parlait, dansait avec lui, tournoyait dans la cuisine pendant que je riais aux éclats. »

C’est un bref instant de bonheur  pour Tuba lorsque sa  mère sort de l’hôpital et vient la chercher pour se rendre chez le père Devaux (*2). La petite fille a neuf ans.

« Maman me dit qu’elle ne peut pas me garder et qu’elle va me laisser chez un curé. Qu’il va s’occuper de moi. J’étais triste, mais je ne me suis pas révoltée, je  comprenais que c’était une question très grave de vie ou de mort…  Nous sommes entrées dans un presbytère, l’odeur était particulière et il régnait un calme inhabituel…. Je me serrais contre ma mère. Je savais qu’elle devait me laisser là et l’angoisse m’étreignait.

Un homme est apparu. Il me semblait très grand et corpulent, il était vêtu de noir. Il portait une grande barbe blanche et parlait avec douceur, sans élever la voix.  Je ne me rappelle pas ce qu’il a dit à ma mère. Je sais que subitement maman n’était plus là. Peut-être pensait-elle qu’il valait mieux partir vite pour m’éviter de m’arracher à elle ? Aussitôt le brouillard m’a entourée. Il me semblait que je  flottais au-dessus de nous et que j’observais de loin comme si j’étais un peu morte.

Le Père s’est penché vers moi. Il m’a regardée et il m’a dit : «  A partir d’aujourd’hui tu t’appelles Annie Menier. Jamais tu ne dois dire un autre nom. Jamais ton vrai nom ! Et pense Menier comme le chocolat ! Ce soir, tu vas dormir ici. Demain une dame va venir te chercher et tu vas prendre le train pour aller à Orléans. Ensuite une famille va s’occuper de toi. Ne pleure pas, tout va bien aller ». Il m’a entourée de ses bras et m’a embrassée sur la tête.

Le lendemain matin, une dame était près de moi. Elle parlait doucement. Je ne me rappelle pas de son visage. Nous sommes parties rapidement prendre le train pour Orléans. Dans le train je regardais le paysage sans voir. J’étais une autre, je n’avais plus le même nom. Je n’avais plus de famille. Je ne savais pas qui était cette femme près de moi ; je ne savais pas où j’allais. Je n’existais plus.

Puis elle m’a confiée à  une vieille dame aux cheveux blancs qui m’a dit que je devais partir avec elle.  Elle m’emmenait chez sa fille qui était malade. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans la famille BOULAS.

 Jeanne et Roland BOULAS habitaient avec leurs quatre enfants (Roland, Jacky, Josiane et Claudine) un logement de fonction, situé rue du Réservoir à Orléans,  mis à leur disposition par le Service des Eaux où travaillait le père de famille.  A l’arrivée de Tuba - désormais Annie - la mère et sa plus jeune fille avaient la scarlatine et la grand-mère, Marie Léjard, était venue prêter main forte.

Les BOULAS connaissaient parfaitement les risques qu’ils encouraient en répondant à l’appel du Père DEVAUX ; ils avaient organisé le secret autour de leur protégée et craignaient de ne pouvoir apprivoiser cette petite fille silencieuse, refermée sur elle-même, qui ne répondait jamais à aucune question. Petit à petit cependant, Annie se mêla aux jeux des enfants de la maisonnée, partit à l’école avec Josiane son aînée d’un an, prit confiance en ses hôtes et s’attacha à eux. 

 

Famille BOULAS Tuba à la fin de la guerre Tuba Debas Dorfman après la guerre