Comité Français pour Yad Vashem

Introduction

LE COMITÉ ET SON ACTUALITÉ

righteous


« Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés ».                                  Isaïe 56 – 5

Créé en 1953 par une loi du Parlement israélien, l’Institut Yad Vashem de Jérusalem fut nommé par référence à ce texte d’Isaïe.

Situé sur la colline du Souvenir, dans les hauteurs de la ville, Yad Vashem est à la fois un lieu de Mémoire, de Recherche, d’Enseignement et un complexe muséologique exceptionnel.

Contre l’oubli du crime dont les nazis voulaient effacer jusqu’aux traces, Yad Vashem rassemble les noms des victimes d'Auschwitz, Majdanek, Treblinka, Belzec, Sobibor, Chelmno et des innombrables autres lieux d'assassinat.

Son but est de perpétuer la mémoire individuelle et collective des victimes de la Shoah, d’honorer les Justes des Nations et de tout mettre en œuvre pour s’assurer que le Monde n’oubliera jamais.

C’est un lieu emprunt d’une forte charge émotionnelle ressentie par tous ceux, grands de ce monde ou visiteurs anonymes, qui y passent des heures d’une grande intensité.

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Décès d'une Juste : Henriette Pagès

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Henriette Pagès en 1945 (Arch. CFYV / DR).

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Paul Schaffer :
"Mme Pagès, Juste parmi les Nations,
était une étoile..."
(1)

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Le Comité Français pour Yad Vashem salue la mémoire d'une Juste, Henriette Pagès qui a 18 ans, prépara de nombreuses vraies-fausses cartes d'identité pour des juifs réfugiés à Prades, dans le Tarn. Cette Juste sauva activement la famille Epstein et plus particulièrement son amie Esther.

Avec la participation du Comité Français, des archives sonores ont été enregistrées par Radio France. Voici un condensé des souvenirs d'Henriette Pagès.

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Question :
"Pouvez-vous raconter l’histoire de la famille Epstein depuis le début de la guerre ?"

Réponse :
"Je pense que les premiers temps, ils étaient allés à Montpellier, et à Montpellier aussi il y a eu une rafle très importante…
Ils ont essayé de trouver un endroit plus calme, plus tranquille que Montpellier. Une amie lui a indiqué le département du Tarn. Alors là, par coïncidence, elle est arrivée dans mon village, c’était un tout petit village, Prades, il y a une dizaine de maisons, c’est tout et il avait justement une maison à louer.
Esther a demandé si elle pouvait louer cette maison, les propriétaires étaient sur Paris, alors on lui a dit que oui, qu’il n’y avait pas de problèmes.
J’avais 18 ans, Esther devait en avoir 21, son frère à peu près de mon âge, j’avais mon frère aussi qui avait une vingtaine d’années alors. Entre jeunes, nous avons sympathisé. Mais nous ne savions pas au début qu’ils étaient là pour des raisons personnelles... Et puis après quand même bien sûr, on a acquit une amitié et ils nous ont dit qu’ils étaient là parce que les juifs étaient traqués.

Mon père était maire, et moi je faisais le secrétariat de la mairie.
Elle voulu quand même reprendre ses études de dentiste mais on ne l’a voulait pas à Lyon comme elle était d’origine juive ! Alors, elle m’a dit :
- Henriette, fais moi une carte d’identité, envoie-moi ta carte d’identité.
C’est ce que j’ai fait. Voilà je lui ai envoyé une carte d’identité à mon nom, ma date de naissance et tout, et elle s’est inscrite à Lyon."

Q. : "Il est arrivé un problème à un moment ? Elle a été arrêtée ?"

R. : "Le 3 février 1944…
Il y a une rafle dans l’amphithéâtre de la faculté de Lyon, et sur 20 jeunes femmes qui ont été interrogées, elle a été la seule à pouvoir repartir avec mon nom « Henriette Pagès »."

Q. : "Votre père était maire du village ?"

R. : "Oui. Il était maire du village et forgeron.
Un jour, un de ses collègue du Puy Laurent qui faisait partie de la milice, vient juste quand le papa d’Esther rentre chez mes parents… Quand il a été parti, le collègue de mon père lui dit :
- "ça c’est un juif que tu as !"
Mon père :
- "eh bien, disons qu’est ce que cela peut te faire ça, essaye de le dénoncer… que je ne te revoie plus."
Il est parti et il ne les a jamais dénoncés. Cette fois-là, ça a été juste, oui, oui."

Q. : "Quand vous étiez secrétaire de mairie… vous faisiez des cartes d’identité pour les juifs ?"

R. : "Oui, je travaillais à la mairie comme secrétaire et je faisais de fausses cartes d’identité sans que mon père qui était maire, soit au courant. Voilà…
J’en faisais même des fois pour ceux qui ne voulaient pas partir au STO. Je changeais leur date de naissance. Je reconnais qu’à 18 ans, j’étais un peu farfelue… mais je n’avais pas peur de rendre service. Je connaissais beaucoup de jeunes dans le village… on avait le cœur à rendre service.
On a fait ça et je ne le regrette pas vraiment.
Alors toutes celles que j’ai faites pour les juifs ? Je ne les connaissais même pas. Les parents d’Esther me disaient :
- "vous savez Henriette, il faudrait faire une fausse carte",
alors je faisais une fausse carte.
Je cherchais, j’allais sur le monument aux morts, à Prades ou dans les environs, je cherchais des noms de ceux qui étaient décédés en 14/18 et je faisais de fausses cartes d’identité avec ces noms…"(2)
 

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La Juste Henriette Pagès en 2005 (Arch. CFYV / DR).

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NOTES :

(1) Télégramme de Paul Schaffer, Président du Comité Français pour Yad Vashem, à la famille de la défunte :
- "Mme Pagès, Juste parmi les Nations, était une étoile brillante éclairant les ténèbres des nuits de détresse".

(2) Premier corpus européen d'archives sonores sur les Justes. Retranscription par Corinne Melloul, Comité Français pour Yad Vashem.
 

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Publié par : JEA le 09/08/2010
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